Ce samedi représente jusqu'à présent la journée la plus sanglante depuis le coup d'État militaire avec 107 morts, dont plusieurs enfants. Les répressions du week-end ont été fermement condamnées par la communauté internationale qui pourtant ne parvient pas à infléchir l'armée. "La junte n'y prête pas vraiment attention ", déclare Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse au centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI). À le prouver, le discours du porte-parole de l'armée qui n'a évoqué les sanctions occidentales qu'après deux heures et demie de prise de parole. "Ce qui montre précisément qu'il n'y accorde aucune importance."

La spécialiste explique : "seules les positions politiques des pays de la région importent aux militaires birmans, surtout leurs partenaires économiques les plus proches, à la tête desquels, la Chine, mais aussi le Japon et la Corée du Sud. " Ces derniers ont averti qu'ils allaient repenser leur système de coopération avec la Birmanie.

Six ethnies dans le pays, opposées au pouvoir en place, exercent également un effet sur la junte. "Des ethnies comme les Karen, les Shan, les Kachins ont pris position contre la junte. Si ces ennemis attaquent le pouvoir militaire, ils vont multiplier les fronts et affaiblir l'action de l'armée" motive la chercheuse.

La coopération militaire avec la Russie

Alors qu'elle est suspectée de soutenir la junte birmane, la Russie se dit "préoccupée" par le nombre croissant des pertes civiles en Birmanie. "Nous avons des relations anciennes et assez constructives avec la Birmanie, ce qui ne signifie pas que nous approuvons les évènements tragiques en cours dans le pays", a exprimé le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.

En février dernier, Moscou s'était opposé, comme la Chine, à une résolution du Conseil des droits de l'homme de l'ONU condamnant l'action des militaires birmans, assurant ne voir en elle qu'une "affaire intérieure". Dans un entretien accordé à la télévision Dojd, un membre de la délégation russe, Pavel Gousev, exprimait son désaccord avec le mot "junte", l'armée respectant, selon lui, les dispositions de la Constitution. M. Gousev, qui est à la fois membre du conseil public auprès de l'armée russe et rédacteur en chef du quotidien Moskovski Komsomolets, a aussi estimé que les informations sur la répression militaire n'étaient "pas confirmées".

La rencontre entre le chef de la junte birmane, le général Min Aung Hlaing et le vice-ministre russe de la Défense Alexandre Fomine s'est tenue ce vendredi et samedi à Naypyidawen. Cette visite visait à répondre au général Min Aung Hlaing, qui avait assisté, en juin 2020, à Moscou, aux célébrations des 75 ans de la victoire soviétique sur le nazisme. Côté russe, M. Fomine a estimé que la Birmanie est "un allié fiable et un partenaire stratégique" en Asie du Sud-Est et dit souhaiter "approfondir" la coopération militaire entre les deux pays. Côté birman, ces déclarations d'amitié permettent aux généraux de sortir de leur partenariat exclusif avec la Chine, allié décrit comme "étouffant".

Les pays fournisseurs d'armes

Une déclaration issue de l'échange entre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et son homologue russe Serguei Lavrov, rend compte de leurs préoccupations au sujet de la situation en Birmanie. Ils appellent à trouver au plus vite une solution politique à la crise.

Avec plus de 700 millions d'euros d'armes vendues depuis 2008, l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm signale que la Chine et la Russie figurent parmi les plus importants fournisseurs d'armes de la Birmanie, suivis par l'Inde et l'Israël.

C'est dans un des pays transfrontaliers, l'Inde, qu'"entre 300 et 500" militaires issus des forces de sécurité birmanes se sont réfugiés après avoir désobéi aux ordres d'arrêter les manifestants ou de leur tirer dessus s'ils refusaient de se disperser. "Des désertions massives dans l'armée et la police pourraient sonner le glas de la junte au pouvoir", affirme La Libre Belgique.

L'accord commercial avec les États-Unis

L'administration Biden a annoncé lundi prendre de nouvelles sanctions à l'encontre de la Birmanie, avec la suspension immédiate de l'accord de 2013 sur le commerce et l'investissement jusqu'au retour d'un gouvernement "démocratiquement élu". Ce dernier "a été le fondement de la croissance économique et de la réforme de la Birmanie", a commenté la représentante américaine au commerce, Katherine Tai.

La semaine dernière, les États-Unis avaient sanctionné deux responsables des forces de sécurité birmanes et deux divisions de l'armée en réponse à la "violente répression" des manifestations pro-démocratie. Ces sanctions visaient notamment à empêcher les responsables birmans d'accéder au système financier international ou d'entretenir des relations commerciales avec les États-Unis.

La pression de la communauté internationale

Dans un communiqué publié dimanche, les chefs d'état-major des armées de douze pays démocratiques condamnent l'"usage de la force létale contre des gens non armés par les militaires de la Birmanie et les services de sécurité qui leur sont associés". Y en font partie le Canada, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a condamné lundi les violences "absolument inacceptables" en Birmanie, et appelé la communauté internationale à une plus grande unité pour fléchir la junte. Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir, à nouveau, mercredi pour discuter de la répression qui se durcit en Birmanie. (Avec l'AFP)

Valentina Jaimes

Ce samedi représente jusqu'à présent la journée la plus sanglante depuis le coup d'État militaire avec 107 morts, dont plusieurs enfants. Les répressions du week-end ont été fermement condamnées par la communauté internationale qui pourtant ne parvient pas à infléchir l'armée. "La junte n'y prête pas vraiment attention ", déclare Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse au centre Asie de l'Institut français des relations internationales (IFRI). À le prouver, le discours du porte-parole de l'armée qui n'a évoqué les sanctions occidentales qu'après deux heures et demie de prise de parole. "Ce qui montre précisément qu'il n'y accorde aucune importance."La spécialiste explique : "seules les positions politiques des pays de la région importent aux militaires birmans, surtout leurs partenaires économiques les plus proches, à la tête desquels, la Chine, mais aussi le Japon et la Corée du Sud. " Ces derniers ont averti qu'ils allaient repenser leur système de coopération avec la Birmanie. Six ethnies dans le pays, opposées au pouvoir en place, exercent également un effet sur la junte. "Des ethnies comme les Karen, les Shan, les Kachins ont pris position contre la junte. Si ces ennemis attaquent le pouvoir militaire, ils vont multiplier les fronts et affaiblir l'action de l'armée" motive la chercheuse. La coopération militaire avec la RussieAlors qu'elle est suspectée de soutenir la junte birmane, la Russie se dit "préoccupée" par le nombre croissant des pertes civiles en Birmanie. "Nous avons des relations anciennes et assez constructives avec la Birmanie, ce qui ne signifie pas que nous approuvons les évènements tragiques en cours dans le pays", a exprimé le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.En février dernier, Moscou s'était opposé, comme la Chine, à une résolution du Conseil des droits de l'homme de l'ONU condamnant l'action des militaires birmans, assurant ne voir en elle qu'une "affaire intérieure". Dans un entretien accordé à la télévision Dojd, un membre de la délégation russe, Pavel Gousev, exprimait son désaccord avec le mot "junte", l'armée respectant, selon lui, les dispositions de la Constitution. M. Gousev, qui est à la fois membre du conseil public auprès de l'armée russe et rédacteur en chef du quotidien Moskovski Komsomolets, a aussi estimé que les informations sur la répression militaire n'étaient "pas confirmées". La rencontre entre le chef de la junte birmane, le général Min Aung Hlaing et le vice-ministre russe de la Défense Alexandre Fomine s'est tenue ce vendredi et samedi à Naypyidawen. Cette visite visait à répondre au général Min Aung Hlaing, qui avait assisté, en juin 2020, à Moscou, aux célébrations des 75 ans de la victoire soviétique sur le nazisme. Côté russe, M. Fomine a estimé que la Birmanie est "un allié fiable et un partenaire stratégique" en Asie du Sud-Est et dit souhaiter "approfondir" la coopération militaire entre les deux pays. Côté birman, ces déclarations d'amitié permettent aux généraux de sortir de leur partenariat exclusif avec la Chine, allié décrit comme "étouffant". Les pays fournisseurs d'armes Une déclaration issue de l'échange entre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et son homologue russe Serguei Lavrov, rend compte de leurs préoccupations au sujet de la situation en Birmanie. Ils appellent à trouver au plus vite une solution politique à la crise.Avec plus de 700 millions d'euros d'armes vendues depuis 2008, l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm signale que la Chine et la Russie figurent parmi les plus importants fournisseurs d'armes de la Birmanie, suivis par l'Inde et l'Israël. C'est dans un des pays transfrontaliers, l'Inde, qu'"entre 300 et 500" militaires issus des forces de sécurité birmanes se sont réfugiés après avoir désobéi aux ordres d'arrêter les manifestants ou de leur tirer dessus s'ils refusaient de se disperser. "Des désertions massives dans l'armée et la police pourraient sonner le glas de la junte au pouvoir", affirme La Libre Belgique.L'accord commercial avec les États-UnisL'administration Biden a annoncé lundi prendre de nouvelles sanctions à l'encontre de la Birmanie, avec la suspension immédiate de l'accord de 2013 sur le commerce et l'investissement jusqu'au retour d'un gouvernement "démocratiquement élu". Ce dernier "a été le fondement de la croissance économique et de la réforme de la Birmanie", a commenté la représentante américaine au commerce, Katherine Tai.La semaine dernière, les États-Unis avaient sanctionné deux responsables des forces de sécurité birmanes et deux divisions de l'armée en réponse à la "violente répression" des manifestations pro-démocratie. Ces sanctions visaient notamment à empêcher les responsables birmans d'accéder au système financier international ou d'entretenir des relations commerciales avec les États-Unis.La pression de la communauté internationaleDans un communiqué publié dimanche, les chefs d'état-major des armées de douze pays démocratiques condamnent l'"usage de la force létale contre des gens non armés par les militaires de la Birmanie et les services de sécurité qui leur sont associés". Y en font partie le Canada, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et les États-Unis.Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a condamné lundi les violences "absolument inacceptables" en Birmanie, et appelé la communauté internationale à une plus grande unité pour fléchir la junte. Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir, à nouveau, mercredi pour discuter de la répression qui se durcit en Birmanie. (Avec l'AFP)Valentina Jaimes