"Nous sommes dans un immense mensonge... Une manipulation monumentale à l'échelle de la planète, avec un agenda caché..." Dès les premières minutes de la vidéo Coronavirus : se soumettre ou se mettre debout, le ton est donné. Et il est résolument conspirationniste. L'auteur, un certain Jean-Jacques Crèvecoeur, conférencier et formateur en développement personnel - il commercialise des formations pour "prendre soin de sa vie" -, s'est déjà illustré ces dernières années sur les réseaux sociaux par des prises de position complotistes et antivaccination. Sur sa vidéo de près de trois-quarts d'heure, ce Belge de 59 ans, "exilé" au Québec depuis une quinzaine d'années, embrasse les théories du complot les plus répandues sur la crise sanitaire. Des thèses qui se propagent, aujourd'hui, bien au-delà des milieux d'extrême-droite américains et européens. Le choc collectif provoqué par la pandémie, l'isolement dû au confinement, les inquiétudes et incertitudes liées au déconfinement, les discours scientifiques contradictoires, la gestion politique chaotique de la crise et la défiance à l'égard des médias traditionnels rendent le terrain propice à l'émergence des intox les plus folles.
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"Nous sommes dans un immense mensonge... Une manipulation monumentale à l'échelle de la planète, avec un agenda caché..." Dès les premières minutes de la vidéo Coronavirus : se soumettre ou se mettre debout, le ton est donné. Et il est résolument conspirationniste. L'auteur, un certain Jean-Jacques Crèvecoeur, conférencier et formateur en développement personnel - il commercialise des formations pour "prendre soin de sa vie" -, s'est déjà illustré ces dernières années sur les réseaux sociaux par des prises de position complotistes et antivaccination. Sur sa vidéo de près de trois-quarts d'heure, ce Belge de 59 ans, "exilé" au Québec depuis une quinzaine d'années, embrasse les théories du complot les plus répandues sur la crise sanitaire. Des thèses qui se propagent, aujourd'hui, bien au-delà des milieux d'extrême-droite américains et européens. Le choc collectif provoqué par la pandémie, l'isolement dû au confinement, les inquiétudes et incertitudes liées au déconfinement, les discours scientifiques contradictoires, la gestion politique chaotique de la crise et la défiance à l'égard des médias traditionnels rendent le terrain propice à l'émergence des intox les plus folles.En substance, l'auteur de la vidéo prétend que les dirigeants de ce monde ont "orchestré une pseudo-pandémie". Que le confinement imposé depuis la mi-mars par nos gouvernements vise à nous isoler, à nous amollir et à "tester notre docilité". Que nous pourrons sortir du "camp de concentration" (sic) que sont nos domiciles "si nous sommes sages", si nous acceptons de nous faire inoculer un vaccin, qui sera "très onéreux", et qui a "déjà été fabriqué", selon ses "sources", qu'il ne nous divulgue jamais. Cette vaccination vise, avance-t-il, à nous injecter "des micropuces RFID" grâce auxquelles nous serons surveillés, notamment au passage des frontières. De même, la technologie 5G, installée très récemment dans certains pays, sert avant tout à nous suivre à la trace, à travers des objets connectés. Car l'intention des gouvernants et des élites est, selon lui, d'instaurer un régime totalitaire mondial...Pour convaincre son audience de sa crédibilité, le youtubeur belge part de quelques faits réels et concrets, tels les pouvoirs spéciaux accordés au gouvernement danois, qui lui permettraient de rendre un vaccin obligatoire. Il a aussi l'habileté de se présenter comme un "perpétuel sceptique" de par sa "formation scientifique", et "un observateur aguerri des manipulations mondiales depuis quarante ans". De plus, il s'auto-qualifie de "victime" : il affirme que le Palais royal, à Bruxelles, a voulu le recruter en 1994 en tant que "spécialiste de la manipulation" (quel aveu !) en vue d'influencer les médias belges, qu'il a décliné l'offre et qu'il est depuis lors la cible de harcèlements.Sa vidéo, la 33e d'une série intitulée Conversation du lundi (alors que ce sont de longs monologues), a bénéficié d'une audience phénoménale : plus de 830 000 vues (plus de "3 millions", tous supports confondus, selon lui), avant d'être supprimée des pages Facebook, "car elle ne respectait pas les conditions d'utilisation de YouTube", indique le média social. Comment expliquer un succès d'une telle ampleur ? "L'auteur apparaît comme le "messie"' de la fausse pandémie et nous invite à être des héros", constate le chercheur Olivier Klein, professeur de psychologie sociale à l'ULB, sur le site Conspiracy Watch. "Il nous offre du "lien social", un sentiment d'appartenance, à un moment où nombre d'entre nous sont isolés et fragilisés par la crise. Sa vidéo nous permet de répondre à notre malaise d'une façon active, efficace et à peu de frais : il suffit de la partager".Publiées dans la foulée, les dernières "conversations" du youtubeur, les n°34 et n°35, appellent à la "résistance non violente" contre ce qu'il appelle les "mesures liberticides" que préparerait le pouvoir - fichage et puçage des individus, applis à télécharger... - et les "violences policières (amendes...), sanitaires (confinement...) et économiques". La vidéo n°34, Le devoir de désobéir, a fait, en moins de deux semaines, près de 700 000 vues. L'auteur n'hésite pas à s'y qualifier de "lanceur d'alerte" qui, comme d'autres investigateurs francophones, "prend des risques" pour que nous ayons accès à une information qui donne une "autre perspective" que celle des médias. Dans sa vidéo, il cible surtout Bill Gates, qui, selon lui, est à la manoeuvre dans cette crise sanitaire : il aurait "pris les commandes" de l'Organisation mondiale de la santé, "OMS qui donne ses instructions aux Etats pour imposer des mesures de confinement qui sont une aberration", toujours selon ses mystérieuses sources.De février à avril, les fake news les plus répandues sur la toile sont précisément celles qui établissent un lien entre le fondateur de Microsoft et le Covid-19. Des posts Facebook et des vidéos YouTube relayés par des militants antivaccins et des milieux d'extrême droite assurent que Bill Gates veut imposer une campagne de vaccination universelle, assortie d'un puçage : implantée sous la peau, la nanopuce permettrait de traquer nos déplacements et d'installer ainsi un mécanisme de surveillance mondiale. Cette thèse complotiste se greffe, comme tant d'autres, sur des faits réels : la Gates Foundation investit massivement dans les vaccins et soutient le développement de patchs dotés de microaiguilles qui permettraient de savoir, dans les pays sous-équipés sur le plan sanitaire, qui a été vacciné. Mais cette technologie ne permet pas de géolocaliser les vaccinés.Bill Gates est aussi accusé par les conspirationnistes de financer le développement de vaccins afin de faire baisser le nombres d'humains sur la planète. Ces vaccins seraient utilisés pour "tuer" ou "stériliser" la population ! Cette thèse déforme des propos tenus par le milliardaire américain en 2010-2011. Il estimait alors que la réduction de la mortalité infantile suite au développement de la vaccination pouvait freiner de 10 à 15 % la croissance démographique dans le monde. Mais rien n'y fait : Bill Gates est suspect aux yeux de beaucoup d'internautes pour avoir prédit, dans une conférence TED d'avril 2015, que le plus grand péril pour l'humanité serait non pas une guerre nucléaire, comme dans le passé, mais "un virus hautement contagieux".Après la théorie du "corona-Gates", les thèses complotistes les plus partagées ces derniers temps concernent la 5G, source inépuisable de débats et controverses (des antennes relais ont été vandalisées récemment au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Belgique...). Selon certains groupes très actifs sur les réseaux sociaux, le déploiement des réseaux télécom 5G affaiblirait notre système immunitaire et permettrait ainsi au virus de se propager. Des études scientifiques infirment cette thèse. Une rumeur, infondée elle aussi, affirme même que les ondes radio 5G ont déclenché l'épidémie.Selon une autre théorie du complot, le battage autour de la crise sanitaire, qualifiée de "pseudo-pandémie", vise à empêcher toute manifestation et à préparer le déploiement de l'armée dans les rues, prélude à l'instauration d'un gouvernement totalitaire mondial. Selon certaines croyances conspirationnistes, le coronavirus est l'arme de destruction massive des Illuminati, cette prétendue société secrète dont le "plan secret" serait l'instauration d'un "nouvel ordre mondial".Le mystère sur l'origine du Covid-19 a lui aussi favorisé la propagation de rumeurs sur les réseaux sociaux. En cause : le blocage des informations par les officiels chinois dans les six premiers jours de l'épidémie et le refus d'une enquête indépendante, tandis que la diplomatie chinoise n'a pas ménagé ses efforts pour que l'on ne parle plus du "coronavirus de Wuhan". Aux Etats-Unis, les milieux d'extrême droite évoquent le scénario d'une arme biologique qui aurait échappé à son inventeur. La thèse d'une fabrication du virus en laboratoire est toutefois rejetée par les scientifiques occidentaux : il est prouvé qu'il n'a pas été transformé par la main de l'homme.En revanche, y a-t-il eu contamination accidentelle d'un individu lors d'une manipulation en laboratoire ? L'hypothèse a été reprise par le très respectable Washington Post, qui a publié des mises en garde américaines envoyées à deux reprises, dès 2018, au laboratoire P4 (pathogène de niveau 4) de l'Institut de virologie de Wuhan, dont les recherches sur le coronavirus des chauve-souris étaient considérées comme risquées. Mais jusqu'ici, les services de renseignement américains n'ont pu confirmer cette théorie. En guise de réplique, le gouvernement chinois, via un tweet d'un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a accusé des militaires américains présents en Chine d'avoir introduit le coronavirus dans le pays.Aux Etats-Unis, où des rassemblements de mouvements patriotes et nationalistes blancs ne cessent de réclamer la fin du confinement, les Démocrates sont accusés de vouloir maintenir la quarantaine à seule fin d'aggraver la crise économique. Leur objectif, selon ces extrémistes et des Républicains : que Donald Trump perde la présidentielle de novembre 2020. De même, le mouvement conspirationniste d'extrême droite QAnon diffuse la théorie du complot selon laquelle le Covid-19 est une arme biologique créée pour nuire aux chances de réélection de Trump.Outre les théories du complot, les prophéties apocalyptiques ont, elles aussi, le vent en poupe en ces temps de convulsions déstabilisantes. La pandémie du Covid-19 viendrait, selon certains, confirmer les interprétations de la prophétie chrétienne de Malachie, selon lesquelles François serait le tout dernier pape de l'histoire ; et celles de la prophétie de saint Vincent Ferrier, selon lesquelles l'heure du Jugement dernier est prévue dans le courant de l'année 2020, le souverain pontife argentin ne devant régner que pendant six ans et demi. Pas de chance pour les diffuseurs de ces prophéties : une fois de plus, la date de la fin du monde est déjà dépassée, puisque Jorge Bergoglio a été élu il y a sept ans et quelques semaines, le 13 mars 2013.