Dimanche, le Bélarus a détourné vers Minsk un avion de ligne afin d'arrêter un passager, le jeune militant d'opposition Roman Protassevitch. Un chasseur bélarusse MiG-29 a intercepté le vol Ryanair FR4978 reliant Athènes à Vilnius. L'ancien rédacteur en chef de l'influent média d'opposition bélarusse Nexta, 26 ans, a été interpellé dimanche après-midi à la suite de cet atterrissage d'urgence à l'aéroport de Minsk.
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Dimanche, le Bélarus a détourné vers Minsk un avion de ligne afin d'arrêter un passager, le jeune militant d'opposition Roman Protassevitch. Un chasseur bélarusse MiG-29 a intercepté le vol Ryanair FR4978 reliant Athènes à Vilnius. L'ancien rédacteur en chef de l'influent média d'opposition bélarusse Nexta, 26 ans, a été interpellé dimanche après-midi à la suite de cet atterrissage d'urgence à l'aéroport de Minsk. L'appareil a ensuite finalement rejoint la Lituanie avec plusieurs heures de retard sur l'horaire prévu, sans M. Protassevitch.La compagne du militant bélarusse Roman Protassevitch a aussi été arrêtée avec lui à bord de l'avion Ryanair contraint par les autorités de ce pays d'atterrir à Minsk, a annoncé lundi l'université où elle suit ses cours. Sofia Sapéga est étudiante en droit à l'Université européenne des sciences humaines (EHU) fondée à Minsk en 1992, mais contrainte par les autorités bélarusses de transférer ses activités en Lituanie voisine, depuis 2004. Vytaute Smaizyte, porte-parole du ministre lituanien des Affaires étrangères Vytautas Landsbergis, a confirmé à l'AFP que la compagne de Roman Protassevitch avait été arrêtée. Un acte rapidement condamné par les différentes autorités internationales. Les Etats-Unis ont demandé la libération de l'opposant bélarusse arrêté, avant une réunion du Conseil européen lundi qui discutera de "possibles sanctions". Les Etats-Unis "condamnent fermement le détournement forcé d'un vol entre deux Etats membres de l'UE, et l'exfiltration puis l'arrestation qui ont suivi du journaliste Roman Protassevitch à Minsk. Nous exigeons sa libération immédiate", a déclaré le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, dans un communiqué.Pays voisins du Bélarus, la Pologne a parlé d'"acte de terrorisme d'Etat" et la Lituanie, qui a accordé le statut de réfugié à Roman Protassevitch, a dénoncé un "acte abject". La Lituanie et la Lettonie ont par ailleurs appelé les vols internationaux à ne plus passer par l'espace aérien bélarusse.La Belgique réclame la libération immédiate de l'opposant. Le Premier ministre Alexander De Croo plaide pour que les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, qui se réunissent ce lundi soir en sommet à Bruxelles, prennent des sanctions à l'égard du Bélarus.L'ambassadeur du Bélarus en Belgique a été convoqué, a annoncé lundi à la mi-journée la ministre des Affaires étrangères Sopie Wilmès, alors que les condamnations pleuvent concernant le détournement d'un avion de ligne par les autorités de Minsk pour arrêter un opposant au régime d'Alexandre Loukachenko. "Les actes injustifiables et inacceptables commis ces dernières heures ne resteront pas sans conséquences. M. Protassevitch doit être libéré immédiatement. Notre soutien aux aspirations démocratiques des Biélorusses a aussi été rappelé", a commenté la cheffe de la diplomatie belge.Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE doivent examiner lundi soir de nouvelles sanctions contre le régime autoritaire de Minsk en réaction à ce détournement. Une centaine de responsables bélarusses, dont le président Alexandre Loukachenko, sont déjà sous sanctions européennes en raison des atteintes aux droits de l'Homme dans cette ex-république soviétique.Le service diplomatique européen a convoqué l'ambassadeur du Bélarus auprès de l'UE pour lui faire part de la condamnation des institutions européennes et des Etats membres de ce déroutage "inadmissible".Les ambassadeurs de l'Otan vont aussi se réunir mardi, a annoncé un responsable de l'Alliance. "Les Alliés sont en train de se consulter sur l'atterrissage forcé de l'avion de Ryanair par le Bélarus et les ambassadeurs vont en discuter demain", a indiqué cette source à l'AFP.Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg avait dénoncé dimanche "un incident sérieux et dangereux" et réclamé "une enquête internationale", après l'interception de cet avion qui faisait la liaison entre la Grèce et la Lituanie, deux pays membres de l'Otan et de l'UE.La France a suggéré lundi une "interdiction de l'espace aérien" du Bélarus après le détournement de cet avions. "Il pourrait y avoir aussi d'autres mesures (...) Je pense à une mesure qui doit se discuter au niveau européen et international, c'est l'interdiction de l'espace aérien biélorusse, qui est une mesure de sanctions", a déclaré le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Clément Beaune sur la radio RMC. "Je souhaite qu'on le regarde le plus rapidement possible et je pense que ce serait une des mesures raisonnables pour nous protéger", a-t-il dit. "On a mis en danger la vie de ressortissants européens, au-delà de cet opposant", a-t-il ajouté en rappelant que l'avion ralliait deux capitales européennes, Athènes et Vilnius, et transportait de nombreux ressortissants de l'UE, dont neuf Français."Ca fait aussi des recettes en moins pour le régime biélorusse parce que tout survol d'un espace aérien ce sont une partie de taxes aériennes qui reviennent" au pays concerné, a-t-il relevé. "C'est un acte de piraterie d'Etat qui ne peut pas rester impuni", a insisté le secrétaire d'Etat. Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, a lui aussi dénoncé lundi comme un acte de "piraterie" étatique le détournement par les autorités bélarusses de cet avion de la compagnie irlandaise Ryanair. Des agents des services de sécurité bélarusses (KGB) sont soupçonnés de s'être trouvés dans l'avion de Ryanair détourné par les autorités bélarusses, a affirmé lundi le patron de la compagnie aérienne irlandaise, Michael O'Leary.Comme le gouvernement irlandais, M. O'Leary a dénoncé un acte de "piraterie" soutenu par le Bélarus. "Il apparaît que l'intention des autorités était de faire sortir un journaliste et la personne qui voyageait avec lui", a-t-il expliqué sur la radio irlandaise Newstalk. "Nous pensons que des agents du KGB ont été débarqués à l'aéroport également", a-t-il ajouté, évoquant un incident "très effrayant" pour les passagers et l'équipage. "Je pense que c'est la première fois que cela arrive à une compagnie aérienne européenne".L'Organisation de l'aviation civile internationale, organisme rattaché à l'ONU, a avancé que l'atterrissage forcé "pourrait être une violation de la Convention de Chicago", qui protège la souveraineté de l'espace aérien des nations. Dans un communiqué, l'EHU a appelé également à la libération immédiate de Sofia Sapéga, affirmant qu'elle avait été arrêtée dimanche à Minsk, pour des motifs "sans fondement et inventées", alors qu'elle avait pris l'avion pour défendre sa thèse de maîtrise. À la suite d'une opération "menée par les autorités bélarusses, l'étudiante a été arrêtée", selon l'EHU qui a appelé à une "assistance consulaire immédiate". Sofia Sapéga est citoyenne russe, précise le communiqué. "Une alerte à la bombe" Le Bélarus a assuré lundi avoir agi dans la légalité en interceptant un vol commercial après une alerte à la bombe, rejetant les accusations des Européens qui suspectent Minsk d'avoir détourné l'avion pour arrêter un opposant à bord. "Il n'y a aucun doute que les actions de nos organes compétents étaient en conformité avec les règles internationales", a indiqué le ministère des Affaires étrangères sur son site, rejetant les "accusations sans fondement" de pays européens, accusés de politiser l'incident. "C'est du point de vue de la sécurité (...) qu'il faut regarder cet incident", a-t-il indiqué, en référence à l'alerte à la bombe qui a conduit à l'atterrissage à Minsk dimanche du vol Ryanair reliant la Grèce à la Lituanie, deux pays de l'UE. La télévision publique bélarusse a assuré que l'avion s'était posé à Minsk en raison d'une "alerte à la bombe" qui s'est avérée être fausse et que M. Protassevitch n'a "suscité l'intérêt des forces de l'ordre" qu'au moment où les passagers ont "repassé le contrôle aux frontières et les douanes".La chaîne Telegram "Pool Pervogo", qui fait office de compte non-officiel de la présidence bélarusse, a de son côté publié un message afin de "dissiper tous les mythes et spéculations".Défendant là aussi avec insistance la version de l'alerte à la bombe, la chaîne a souligné que l'appareil se trouvait à ce moment là dans l'espace aérien bélarusse et que "conformément aux normes, le contrôleur de vol doit proposer à l'équipage l'aéroport le plus proche au moment de la réception du message, soit l'aéroport de Minsk"."Alors, quelles critiques peut-il y avoir à l'encontre du Bélarus, qui a appris l'existence d'une alerte à la bombe dans son espace aérien?", poursuit-elle."Le fait que se trouvait un extrémiste parmi les passagers n'est pas la faute de ceux qui ont pris la décision de fournir une aide aux passagers de l'appareil", ajoute-t-elle.Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a jugé lundi "raisonnable" l'approche du Bélarus face aux critiques après l'interception d'un vol commercial de Ryanair qui a conduit à l'arrestation d'un opposant, passager à bord.Le ministère bélarusse des Affaires étrangères a fait part lundi de sa "volonté (...) de suivre toutes les règles internationales, de garantir une transparence totale, y compris d'accueillir, si nécessaire, des experts internationaux", a déclaré M. Lavrov. "C'est une approche tout à fait raisonnable", a-t-il souligné, lors d'une conférence de presse avec son homologue grec Nikos Dendias à Sotchi, dans le sud de la Russie.A l'été et à l'automne derniers, le président bélarusse avait été confronté à un mouvement de contestation historique ayant rassemblé pendant plusieurs semaines des dizaines de milliers de personnes à Minsk et dans d'autres villes.Mais la protestation s'est progressivement essoufflée face à des arrestations massives, des violences policières ayant fait au moins quatre morts, un harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes.En novembre, les services de sécurité bélarusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient inscrit les noms de M. Protassevitch, et du fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des "individus impliqués dans des activités terroristes". Fondé en 2015, Nexta ("Quelqu'un" en bélarusse) est un média qui a joué un rôle clé dans la récente vague de contestation de la réélection en 2020 du président Loukachenko, qui occupe ces fonctions depuis 1994.