Les Etats-Unis ont bombardé une base aérienne en Syrie en riposte à une attaque chimique présumée imputée au "dictateur Bachar al-Assad", le président américain exhortant les "nations civilisées" à faire cesser le carnage.

Les principaux alliés de M. Assad, Moscou et Téhéran, ont vivement condamné cette première opération militaire des Etats-Unis contre le régime syrien. La Russie a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU.

En milieu de nuit, 59 missiles de croisière Tomahawk ont été tirés par deux navires américains en Méditerranée vers la base aérienne d'Al-Chaayrate, située dans le centre de la Syrie, selon le Pentagone.

Cette "agression flagrante" a fait "six morts, des blessés et d'importants dégâts matériels", a indiqué l'armée syrienne, sans préciser si les victimes étaient des militaires ou des civils.

Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, l'aéroport "a été presque totalement détruit: les avions, le tarmac, le dépôt de fuel et le bâtiment de la défense aérienne ont été pulvérisés".

Dans une adresse solennelle à la télévision depuis sa résidence en Floride, Donald Trump a expliqué que ces frappes étaient "associées au programme" d'armes chimiques de Damas et "directement liées" aux évènements "horribles" de mardi.

Ce jour-là, un raid imputé à l'armée syrienne contre la localité de Khan Cheikhoun (nord-ouest) a fait au moins 86 morts, dont 27 enfants, et provoqué une indignation internationale. Les images de victimes agonisantes ont choqué le monde.

Les services de renseignement américains ont établi que les avions ayant mené cette attaque étaient partis de la base d'al-Chaayrate, connue comme un lieu de stockage d'armes chimiques avant 2013, selon le Pentagone.

4 choses que l'on sait

- 59 missiles -

La base de al-Chaayrate, dans la province centrale de Homs, a frappée vers 00h40 GMT par 59 missiles Tomahawk tirés par les navires américains USS Porter et USS Ross, qui se trouvaient en Méditerranée orientale.

Selon le Pentagone, les services de renseignement américains ont établi que les avions qui ont mené l'attaque chimique contre la localité de Khan Cheikhoun étaient partis de cette base.

La base était connue comme un lieu de stockage d'armes chimiques avant 2013 et le démantèlement de l'arsenal chimique syrien, a indiqué le capitaine de vaisseau Jeff Davis, un porte-parole du Pentagone.

- Avions, hangars, radar -

Les premières évaluations du bombardement montre qu'il a "gravement endommagé ou détruit des avions" et des infrastructures de la base, "diminuant la capacité du gouvernement syrien à mener des frappes"

Les missiles Tomahawk visaient notamment "des hangars aériens renforcés", des stockages de pétrole, de munitions, des défenses anti-aériennes, des radars.

Mais la piste elle-même n'a pas été visée, a déclaré le capitaine Davis, contrairement aux indications fournies dans un premier temps par un responsable américain.

Le général H.R McMaster, le conseiller à la sécurité nationale du président Trump, a affirmé de son côté que les Américains avaient évité de frapper un endroit "où nous pensons qu'il y a du gaz sarin stocké".

"Nous ne voulions pas créer un danger pour des civils ou pour quiconque", a-t-il dit.

- Les Russes prévenus -

Le capitaine Davis a affirmé que "toutes les précautions avaient été prises pour exécuter la frappe avec un minimum de risques" pour le personnel présent sur la base et notamment les Russes qui s'y trouvaient.

La frappe "n'était pas faite pour viser des gens", a-t-il dit.

Selon lui, les Russes ont été prévenus à l'avance de la frappe via la ligne de communication spéciale mise en place par les militaires américains et russes depuis l'automne 2015 pour éviter tout incident aérien entre leurs avions respectifs dans le ciel syrien.

Il y a eu de "multiples conversations" avec les Russes jeudi via la ligne spéciale, a-t-il dit. Le porte-parole a indiqué que les militaires américains connaissaient "l'endroit précis" de la base utilisé par les militaires russes, a-t-il précisé.

La télévision syrienne de son côté a évoqué "des pertes" dans le personnel syrien de la base.

- Une "réponse proportionnée" -

Le porte-parole américain a laissé entendre que la frappe n'avait pas vocation à être répétée.

"Il s'agissait d'une réponse proportionnée" à l'attaque de Khan Cheikhoun, destinée à "dissuader le régime d'utiliser des armes chimiques

Dans une adresse solennelle à la télévision depuis sa résidence en Floride, Donald Trump a affirmé que ces opérations étaient "dans l'intérêt vital de la sécurité nationale" des Etats-Unis.

Le visage grave, le président républicain a affirmé que l'Amérique était "synonyme de justice", appelant les "nations civilisées" à mettre fin au bain de sang en Syrie, ravagée par une guerre qui a fait 320.000 morts depuis mars 2011, jeté des millions de réfugiés sur les routes et provoqué la pire crise humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale.

- 'Civils innocents' -

M. Trump a accusé "le dictateur syrien Bachar al-Assad (d'avoir) lancé une horrible attaque avec des armes chimiques contre des civils innocents en utilisant un agent neurotoxique mortel".

De son côté, la télévision syrienne a qualifié les frappes d'"agression", une source militaire syrienne évoquant des "pertes".

La coalition de l'opposition politique syrienne, au contraire, s'en est félicitée.

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson, lui aussi en Floride, a justifié l'intervention militaire lorsque des pays "franchissent la ligne", accusant la Russie, alliée de la Syrie, d'avoir manqué à ses responsabilités. D'après le Pentagone, Washington avait prévenu Moscou à l'avance.

Le président Trump menaçait depuis mercredi de passer à l'action pour cette attaque "odieuse", un "affront à l'humanité".

En arrivant jeudi en Floride pour recevoir son homologue chinois Xi Jinping, qu'il a personnellement informé, M. Trump avait encore dénoncé une "honte pour l'humanité" et réclamé que "quelque chose se passe".

La Russie met en garde les Etats-Unis

Les membres du Conseil de sécurité des Nations unies ne sont pas parvenus à se mettre d'accord jeudi sur la réponse à apporter à l'attaque chimique présumée en Syrie, juste avant que les Etats-Unis ne frappent le pays.

En marge de la réunion à huis clos du Conseil de sécurité, la Russie avait pourtant mis en garde les Etats-Unis contre une éventuelle intervention militaire contre son allié syrien, affirmant qu'il pourrait y avoir "des conséquences négatives", selon l'ambassadeur russe. "S'il y a des actions militaires toute la responsabilité sera sur les épaules de ceux qui auront initié une telle entreprise tragique et douteuse", a déclaré l'ambassadeur russe Vladimir Safronkov à la sortie de cette réunion. M. Safronkov a dit avoir été "franc" durant la réunion, affirmant devant le Conseil: "Nous devons penser aux conséquences négatives".

"Regardez l'Irak, regardez la Libye", a-t-il dit en référence aux interventions de puissances occidentales dans ces pays qui ont conduit à des années de chaos.

Mais cet avertissement n'a pas été entendu. Trois projets de résolution ont été discutés par le Conseil de sécurité mais aucun n'a été approuvé. Des diplomates ont estimé qu'il y aurait probablement un vote vendredi.

La Russie a quoiqu'il en soit dénoncé vendredi les frappes américaines contre la Syrie comme une "agression contre un Etat souverain", les alliés de Washington applaudissant pour leur part cette première opération militaire américaine contre le régime de Damas.

Le président russe Vladimir Poutine considère les frappes américaines contre la Syrie comme une "agression contre un Etat souverain", a déclaré le Kremlin, principal allié du régime de Bachar al-Assad. "Cette action de Washington cause un préjudice considérable aux relations russo-américaines, qui sont déjà dans un état lamentable", a ajouté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Moscou a annoncé la suspension de l'accord avec Washington sur la prévention d'incidents aériens en Syrie, et réclamé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU.

Moscou a déjà utilisé son veto à sept reprises pour bloquer toute action du Conseil de sécurité visant son allié syrien.

Clarifier la stratégie

A l'été 2013, le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama, avait renoncé à frapper le régime syrien après une attaque aux armes chimiques près de Damas qui avait fait plus de 1.400 morts. A l'époque, le magnat de l'immobilier Donald Trump avait exhorté sur Twitter M. Obama à ne pas intervenir en Syrie.

Jeudi, Rex Tillerson a en outre plaidé pour le départ du président Assad.

"Avec les actes qu'il a perpétrés, il semblerait qu'il n'ait aucun rôle pour gouverner le peuple syrien", a tonné le chef de la diplomatie américaine. Jeudi dernier pourtant, lui et l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley avaient semblé s'accommoder du maintien au pouvoir du chef de l'Etat syrien.

L'ancienne secrétaire d'Etat démocrate Hillary Clinton, qui avait milité pour une approche plus musclée de l'administration Obama contre Damas, s'est dite favorable aux frappes pour "détruire" les bases aériennes syriennes.

L'intervention a été bien accueillie par nombre d'élus républicains et démocrates, mais beaucoup ont pressé le président de consulter le Congrès et de clarifier sa stratégie.

Perçu comme un isolationniste et hostile à l'interventionnisme de l'Amérique au Moyen-Orient, Donald Trump avait reconnu mercredi que l'attaque chimique avait eu "un énorme impact" sur lui et que son "attitude vis-à-vis de la Syrie et d'Assad avait nettement changé".

L'indignation internationale a pris de l'ampleur après des images d'enfants pris de convulsions sous leur masque à oxygène, de personnes gisant dans les rues et saisies de spasmes, de la mousse sortant de la bouche. Le caractère chimique de l'attaque semblait se préciser, même si les circonstances restent controversées.

La Turquie, où de nombreux blessés ont été évacués, a évoqué une exposition des victimes à un "agent chimique". Des médecins et des ONG comme Médecins sans frontières (MSF) ont également parlé d'"agents neurotoxiques", en particulier le gaz sarin.

- Gaz invisible -

Ce gaz est inodore et invisible. Même s'il n'est pas inhalé, son simple contact avec la peau bloque la transmission de l'influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire.

Le régime syrien a été accusé d'avoir utilisé du gaz sarin le 21 août 2013 dans l'attaque de localités aux mains des rebelles en périphérie de Damas, qui avait fait au moins 1.429 morts, dont 426 enfants, selon les Etats-Unis.

Mais le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem a réaffirmé que l'armée de son pays "n'a pas utilisé et n'utilisera jamais" d'armes chimiques contre son peuple, "pas même contre les terroristes", expression du régime pour désigner rebelles et jihadistes.

D'après lui, l'aviation a frappé mardi "un entrepôt de munitions appartenant" à des jihadistes et "contenant des substances chimiques". Une explication déjà avancée par l'armée russe mais jugée "fantaisiste" par des experts militaires.

Les réactions à travers le monde

- L'Iran, autre allié du régime syrien, a lui aussi "vigoureusement" condamné les frappes américaines. Cette attaque ne fera qu'"aider les groupes terroristes qui sont en déclin et compliquer encore la situation en Syrie et dans la région", a affirmé Bahram Ghassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

- Le président Bachar al-Assad porte "l'entière responsabilité" des frappes américaines, ont estimé la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande dans un communiqué commun, assurant que Washington les avait informés au préalable de son action.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a estimé que ces frappes étaient un "signal" qui doit conduire Russes et Iraniens à comprendre qu'ils ne peuvent plus soutenir "à bout de bras" le régime de Bachar al-Assad. Son homologue allemand Sigmar Gabriel a estimé que les frappes étaient "compréhensibles", tout en appelant à une solution politique sous l'égide de l'ONU.

- Londres a de son côté annoncé "soutenir pleinement l'action des Etats-Unis". Ces frappes sont "une réponse appropriée à l'attaque barbare à l'arme chimique perpétrée par le régime syrien", a estimé un porte-parole de Downing Street.

- La Turquie s'est également félicitée de ces frappes américaines, qu'elle a jugées "positives", selon le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus. "Le régime de (Bachar al-)Assad doit être puni entièrement sur le plan international", a-t-il ajouté dans des déclarations à la chaîne Fox TV.

- Autre allié de poids des Etats-Unis dans la région, l'Arabie saoudite a salué la décision "courageuse du président (Donald) Trump" et assuré qu'elle "soutenait pleinement" les frappes américaines, selon un responsable au ministère des Affaires étrangères.

- Israël a immédiatement apporté son soutien "total" aux frappes américaines, espérant que "ce message de détermination" sera entendu également "à Téhéran, Pyongyang et ailleurs", selon le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

- La Chine a appelé à "éviter toute nouvelle détérioration de la situation" en Syrie, tout en condamnant "l'usage d'armes chimiques, par n'importe quel pays".

Cette réaction mesurée est intervenue au moment même où l'agence officielle Chine nouvelle annonçait que le président Trump, qui a ordonné les frappes en Syrie lors d'un sommet en Floride avec son homologue chinois Xi Jinping, avait accepté de se rendre en visite en Chine en 2017.

- Le Japon soutient la "détermination" des Etats-Unis, a également annoncé son Premier ministre Shinzo Abe, jugeant que l'action américaine avait "eu pour but d'éviter une aggravation de la situation".

- L'Autriche, un pays neutre, a indiqué "comprendre les motivations américaines", selon son ministre des Affaires étrangères Sebastian Kurz, tout en souhaitant un recours à l'Onu.

- Le Premier ministre tchèque Bohuslav Sobothis a estimé sur Twitter que "l'usage d'armes chimiques est un crime inacceptable. Espérons que la réaction rapide du président Trump aidera à prévenir de nouvelles attaques chimiques en Syrie".

Les puissants moyens américains autour de la Syrie

Au total, le commandement des forces américaines au Moyen-Orient compte au moins 35.000 militaires, selon une estimation citée par le centre d'études américain Heritage.

- Navires lance-missiles -

Contre le régime de Bachar al-Assad, les Etats-Unis peuvent compter sur les navires de la VIe flotte, basée à Naples (Italie), capables notamment de tirer des missiles Tomahawk sur des objectifs terrestres situés à plus de 1.000 kilomètres.

C'est une soixantaine de ces missiles qui ont frappé jeudi la base aérienne de Shayrat sur ordre du président Donald Trump.

Les destroyers USS Porter et USS Ross, tous deux équipés de ces missiles de croisière, se trouvent en Méditerranée orientale, selon un responsable de la marine américaine.

En septembre 2014, les navires américains avaient tiré 47 missiles Tomahawk lors de la première nuit des frappes américaines contre le groupe Etat islamique (EI) dans le pays.

Le navire de transport amphibie USS Mesa Verde se trouve également en Méditerranée orientale.

Les navires de la Ve flotte basée à Bahreïn, dans le Golfe, renforcent en outre la présence militaire navale américaine au Moyen-Orient, dans le Golfe ou la Mer Rouge.

Le porte-avions George H. W. Bush se trouve actuellement dans le Golfe, en mission d'appui aux opérations contre le groupe EI.

- Bases aériennes -

Les Etats-Unis utilisent plusieurs bases aériennes au Moyen-Orient, dont la plus proche de la Syrie est celle d'Incirlik, dans le sud de la Turquie, à une centaine de kilomètres de la frontière.

Ils utilisent également une base en Jordanie, et disposent de bases aériennes importantes au Koweït, au Qatar et dans les Emirats Arabes Unis.

Les Etats-Unis ont déployé dans la région la fine fleur de leur aviation, avions de combat F-15, F-16, F-22, avions ravitailleurs KC-135, avions radars Awacs ou bombardiers stratégiques B-52.

L'avion furtif F-22 Raptor a connu son baptême du feu en Syrie en septembre 2014.

Extrêmement difficile à détecter, cet avion au prix unitaire astronomique de 360 millions de dollars est capable de voler à une vitesse dépassant Mach 2 et de larguer ses bombes guidées par laser à 25 kilomètres de sa cible.

Les drones Reaper et Predator sillonnent sans relâche le ciel d'Irak et de Syrie, surveillant la situation au sol, ou menant des attaques avec des missiles Hellfire.

- Conseillers militaires -

Sur le terrain en Syrie, les Etats-Unis ont déployé dans le nord-est du pays près de 900 conseillers militaires, hommes des forces spéciales et artilleurs.

Des canons des Marines aident l'alliance arabo-kurde à mener l'offensive sur Raqa, la capitale de facto de l'EI en Syrie.

Ils ont aménagé une piste d'atterrissage à Kobane, près de la frontière turque, pour pouvoir accueillir des avions cargo militaires C-17, capables d'emmener sur place des véhicules blindés.

Dans l'Irak voisin, les Américains ont déployé plus de 5.000 militaires pour des tâches de formation, de conseil ou d'assistance.

Des canons américains et des hélicoptères d'attaque Apache sont aussi ponctuellement employés pour soutenir les troupes irakiennes.

Les Etats-Unis ont bombardé une base aérienne en Syrie en riposte à une attaque chimique présumée imputée au "dictateur Bachar al-Assad", le président américain exhortant les "nations civilisées" à faire cesser le carnage.Les principaux alliés de M. Assad, Moscou et Téhéran, ont vivement condamné cette première opération militaire des Etats-Unis contre le régime syrien. La Russie a demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU. En milieu de nuit, 59 missiles de croisière Tomahawk ont été tirés par deux navires américains en Méditerranée vers la base aérienne d'Al-Chaayrate, située dans le centre de la Syrie, selon le Pentagone.Cette "agression flagrante" a fait "six morts, des blessés et d'importants dégâts matériels", a indiqué l'armée syrienne, sans préciser si les victimes étaient des militaires ou des civils.Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, l'aéroport "a été presque totalement détruit: les avions, le tarmac, le dépôt de fuel et le bâtiment de la défense aérienne ont été pulvérisés".Dans une adresse solennelle à la télévision depuis sa résidence en Floride, Donald Trump a expliqué que ces frappes étaient "associées au programme" d'armes chimiques de Damas et "directement liées" aux évènements "horribles" de mardi.Ce jour-là, un raid imputé à l'armée syrienne contre la localité de Khan Cheikhoun (nord-ouest) a fait au moins 86 morts, dont 27 enfants, et provoqué une indignation internationale. Les images de victimes agonisantes ont choqué le monde.Les services de renseignement américains ont établi que les avions ayant mené cette attaque étaient partis de la base d'al-Chaayrate, connue comme un lieu de stockage d'armes chimiques avant 2013, selon le Pentagone.Dans une adresse solennelle à la télévision depuis sa résidence en Floride, Donald Trump a affirmé que ces opérations étaient "dans l'intérêt vital de la sécurité nationale" des Etats-Unis.Le visage grave, le président républicain a affirmé que l'Amérique était "synonyme de justice", appelant les "nations civilisées" à mettre fin au bain de sang en Syrie, ravagée par une guerre qui a fait 320.000 morts depuis mars 2011, jeté des millions de réfugiés sur les routes et provoqué la pire crise humanitaire depuis la Seconde guerre mondiale.- 'Civils innocents' -M. Trump a accusé "le dictateur syrien Bachar al-Assad (d'avoir) lancé une horrible attaque avec des armes chimiques contre des civils innocents en utilisant un agent neurotoxique mortel".De son côté, la télévision syrienne a qualifié les frappes d'"agression", une source militaire syrienne évoquant des "pertes".La coalition de l'opposition politique syrienne, au contraire, s'en est félicitée.Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson, lui aussi en Floride, a justifié l'intervention militaire lorsque des pays "franchissent la ligne", accusant la Russie, alliée de la Syrie, d'avoir manqué à ses responsabilités. D'après le Pentagone, Washington avait prévenu Moscou à l'avance.Le président Trump menaçait depuis mercredi de passer à l'action pour cette attaque "odieuse", un "affront à l'humanité".En arrivant jeudi en Floride pour recevoir son homologue chinois Xi Jinping, qu'il a personnellement informé, M. Trump avait encore dénoncé une "honte pour l'humanité" et réclamé que "quelque chose se passe".La Russie met en garde les Etats-UnisLes membres du Conseil de sécurité des Nations unies ne sont pas parvenus à se mettre d'accord jeudi sur la réponse à apporter à l'attaque chimique présumée en Syrie, juste avant que les Etats-Unis ne frappent le pays.En marge de la réunion à huis clos du Conseil de sécurité, la Russie avait pourtant mis en garde les Etats-Unis contre une éventuelle intervention militaire contre son allié syrien, affirmant qu'il pourrait y avoir "des conséquences négatives", selon l'ambassadeur russe. "S'il y a des actions militaires toute la responsabilité sera sur les épaules de ceux qui auront initié une telle entreprise tragique et douteuse", a déclaré l'ambassadeur russe Vladimir Safronkov à la sortie de cette réunion. M. Safronkov a dit avoir été "franc" durant la réunion, affirmant devant le Conseil: "Nous devons penser aux conséquences négatives"."Regardez l'Irak, regardez la Libye", a-t-il dit en référence aux interventions de puissances occidentales dans ces pays qui ont conduit à des années de chaos. Mais cet avertissement n'a pas été entendu. Trois projets de résolution ont été discutés par le Conseil de sécurité mais aucun n'a été approuvé. Des diplomates ont estimé qu'il y aurait probablement un vote vendredi.La Russie a quoiqu'il en soit dénoncé vendredi les frappes américaines contre la Syrie comme une "agression contre un Etat souverain", les alliés de Washington applaudissant pour leur part cette première opération militaire américaine contre le régime de Damas.Le président russe Vladimir Poutine considère les frappes américaines contre la Syrie comme une "agression contre un Etat souverain", a déclaré le Kremlin, principal allié du régime de Bachar al-Assad. "Cette action de Washington cause un préjudice considérable aux relations russo-américaines, qui sont déjà dans un état lamentable", a ajouté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Moscou a annoncé la suspension de l'accord avec Washington sur la prévention d'incidents aériens en Syrie, et réclamé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU.Moscou a déjà utilisé son veto à sept reprises pour bloquer toute action du Conseil de sécurité visant son allié syrien. Clarifier la stratégie A l'été 2013, le prédécesseur de Donald Trump, Barack Obama, avait renoncé à frapper le régime syrien après une attaque aux armes chimiques près de Damas qui avait fait plus de 1.400 morts. A l'époque, le magnat de l'immobilier Donald Trump avait exhorté sur Twitter M. Obama à ne pas intervenir en Syrie.Jeudi, Rex Tillerson a en outre plaidé pour le départ du président Assad."Avec les actes qu'il a perpétrés, il semblerait qu'il n'ait aucun rôle pour gouverner le peuple syrien", a tonné le chef de la diplomatie américaine. Jeudi dernier pourtant, lui et l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley avaient semblé s'accommoder du maintien au pouvoir du chef de l'Etat syrien.L'ancienne secrétaire d'Etat démocrate Hillary Clinton, qui avait milité pour une approche plus musclée de l'administration Obama contre Damas, s'est dite favorable aux frappes pour "détruire" les bases aériennes syriennes.L'intervention a été bien accueillie par nombre d'élus républicains et démocrates, mais beaucoup ont pressé le président de consulter le Congrès et de clarifier sa stratégie.Perçu comme un isolationniste et hostile à l'interventionnisme de l'Amérique au Moyen-Orient, Donald Trump avait reconnu mercredi que l'attaque chimique avait eu "un énorme impact" sur lui et que son "attitude vis-à-vis de la Syrie et d'Assad avait nettement changé".L'indignation internationale a pris de l'ampleur après des images d'enfants pris de convulsions sous leur masque à oxygène, de personnes gisant dans les rues et saisies de spasmes, de la mousse sortant de la bouche. Le caractère chimique de l'attaque semblait se préciser, même si les circonstances restent controversées.La Turquie, où de nombreux blessés ont été évacués, a évoqué une exposition des victimes à un "agent chimique". Des médecins et des ONG comme Médecins sans frontières (MSF) ont également parlé d'"agents neurotoxiques", en particulier le gaz sarin.- Gaz invisible -Ce gaz est inodore et invisible. Même s'il n'est pas inhalé, son simple contact avec la peau bloque la transmission de l'influx nerveux et entraîne la mort par arrêt cardio-respiratoire.Le régime syrien a été accusé d'avoir utilisé du gaz sarin le 21 août 2013 dans l'attaque de localités aux mains des rebelles en périphérie de Damas, qui avait fait au moins 1.429 morts, dont 426 enfants, selon les Etats-Unis.Mais le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem a réaffirmé que l'armée de son pays "n'a pas utilisé et n'utilisera jamais" d'armes chimiques contre son peuple, "pas même contre les terroristes", expression du régime pour désigner rebelles et jihadistes.D'après lui, l'aviation a frappé mardi "un entrepôt de munitions appartenant" à des jihadistes et "contenant des substances chimiques". Une explication déjà avancée par l'armée russe mais jugée "fantaisiste" par des experts militaires.Les réactions à travers le monde - L'Iran, autre allié du régime syrien, a lui aussi "vigoureusement" condamné les frappes américaines. Cette attaque ne fera qu'"aider les groupes terroristes qui sont en déclin et compliquer encore la situation en Syrie et dans la région", a affirmé Bahram Ghassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.- Le président Bachar al-Assad porte "l'entière responsabilité" des frappes américaines, ont estimé la chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande dans un communiqué commun, assurant que Washington les avait informés au préalable de son action.Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a estimé que ces frappes étaient un "signal" qui doit conduire Russes et Iraniens à comprendre qu'ils ne peuvent plus soutenir "à bout de bras" le régime de Bachar al-Assad. Son homologue allemand Sigmar Gabriel a estimé que les frappes étaient "compréhensibles", tout en appelant à une solution politique sous l'égide de l'ONU.- Londres a de son côté annoncé "soutenir pleinement l'action des Etats-Unis". Ces frappes sont "une réponse appropriée à l'attaque barbare à l'arme chimique perpétrée par le régime syrien", a estimé un porte-parole de Downing Street.- La Turquie s'est également félicitée de ces frappes américaines, qu'elle a jugées "positives", selon le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus. "Le régime de (Bachar al-)Assad doit être puni entièrement sur le plan international", a-t-il ajouté dans des déclarations à la chaîne Fox TV.- Autre allié de poids des Etats-Unis dans la région, l'Arabie saoudite a salué la décision "courageuse du président (Donald) Trump" et assuré qu'elle "soutenait pleinement" les frappes américaines, selon un responsable au ministère des Affaires étrangères.- Israël a immédiatement apporté son soutien "total" aux frappes américaines, espérant que "ce message de détermination" sera entendu également "à Téhéran, Pyongyang et ailleurs", selon le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu. - La Chine a appelé à "éviter toute nouvelle détérioration de la situation" en Syrie, tout en condamnant "l'usage d'armes chimiques, par n'importe quel pays".Cette réaction mesurée est intervenue au moment même où l'agence officielle Chine nouvelle annonçait que le président Trump, qui a ordonné les frappes en Syrie lors d'un sommet en Floride avec son homologue chinois Xi Jinping, avait accepté de se rendre en visite en Chine en 2017.- Le Japon soutient la "détermination" des Etats-Unis, a également annoncé son Premier ministre Shinzo Abe, jugeant que l'action américaine avait "eu pour but d'éviter une aggravation de la situation".- L'Autriche, un pays neutre, a indiqué "comprendre les motivations américaines", selon son ministre des Affaires étrangères Sebastian Kurz, tout en souhaitant un recours à l'Onu.- Le Premier ministre tchèque Bohuslav Sobothis a estimé sur Twitter que "l'usage d'armes chimiques est un crime inacceptable. Espérons que la réaction rapide du président Trump aidera à prévenir de nouvelles attaques chimiques en Syrie".