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Réalisateur américain honoré par un Oscar du meilleur documentaire en 2018 pour Icare, qui traitait de la question du dopage en Russie, Bryan Fogel propose, avec The Dissident, qui sort le 30 juin en salle, un remarquable récit sur l'assassinat de l'opposant Jamal Khashoggi par un commando saoudien en octobre 2018. Décryptage des coulisses d'une aventure qui ne fait pas que des heureux puisque la plupart des plateformes de streaming n'ont pas souhaité distribuer l'oeuvre, sans doute par peur de représailles saoudiennes. Quelle a été votre motivation à vous emparer de cette histoire? Mon objectif était d'abord de réaliser un thriller cinématographique qui allie la description des faits, l'information et le divertissement. Ensuite, j'ai été inspiré par le récit de cette histoire parce qu'il me semblait nécessaire d'en parler et de mettre les faits en lumière. Le cinéma est un incroyable média pour provoquer des changements et faire réagir. L'assassinat de Jamal Khashoggi n'a pas du tout donné lieu à l'exercice de la justice. J'y ai vu une raison supplémentaire de raconter son parcours et de braquer les projecteurs sur des zones d'ombre de l'histoire contemporaine, que l'on peut appréhender différemment avec le cinéma. Quand Khasshogi, qui était journaliste, est-il devenu un opposant pour les Saoudiens et quand ceux-ci ont-ils décidé de le tuer? Il a été tué en octobre 2018. A ce moment-là, il vivait en exil aux Etats-Unis depuis à peu près un an. Son travail consistait à révéler la vérité sur le pouvoir saoudien en commentant les initiatives prises par le prince héritier Mohammed ben Salmane, en indiquant ce qui lui apparaissait problématique et en dénonçant la transformation en trompe-l'oeil du pays qu'il engageait. Ses écrits l'ont réellement mis en difficulté. Le film pointe les raisons pour lesquelles MBS a vu dans les activités de Khashoggi une menace existentielle. Vous avez interviewé les enquêteurs turcs, la CIA. Pensez-vous qu'une part d'ombre subsiste sur cet assassinat? Je pense que le film explore réellement en profondeur l'opération. Je ne pense pas avoir omis d'éléments importants de cette histoire. Avez-vous eu des réactions du gouvernement saoudien? J'attends leur feed-back. Mais je ne m'en préoccupe pas. Je n'essaie pas d'engager un dialogue avec des meurtriers. Pour des raisons de rivalité politique, les Turcs avaient intérêt à révéler ce qui s'est passé au consulat saoudien. Estimez-vous que cela vous a aidé dans vos investigations? Je ne me sens pas concerné par la politique de la Turquie et par ses motivations. Ce n'est pas de nature à influer sur la vérité et sur la conclusion de cette affaire. Les faits sont les faits. De mon point de vue, ils sont indiscutables. Selon vous, Mohammed ben Salmane est-il directement responsable de l'assassinat de Jamal Khashoggi? Je ne pense pas qu'il y ait le moindre doute là-dessus. En vertu de toutes les analyses sur le régime saoudien, il ne peut y avoir d'autre conclusion que celle qu'un meurtre commis à un tel niveau n'a pu être perpétré qu'avec l'approbation expresse des dirigeants de ce pays. La communauté des services de renseignement et les enquêteurs turcs sont arrivés à la même conclusion.