Il n'y a pas eu de surprise. Le procès de l'ancien président Donald Trump, accusé d'incitation à l'insurrection, s'est achevé sur un acquittement dont la trame était cousue de fil blanc, même si sept sénateurs républicains se sont finalement joints aux cinquante représentants démocrates résolus à reconnaître l'ancien président coupable. Donald Trump, sur lequel pesait une menace de ne pas pouvoir se présenter en 2024, voit son influence sur le Parti républicain renforcée. La recherche de son adoubement par les sénateurs conservateurs désirant se représenter en 2022 s'annonce généralisée. Les manoeuvres ont déjà commencé en ce sens.
...

Il n'y a pas eu de surprise. Le procès de l'ancien président Donald Trump, accusé d'incitation à l'insurrection, s'est achevé sur un acquittement dont la trame était cousue de fil blanc, même si sept sénateurs républicains se sont finalement joints aux cinquante représentants démocrates résolus à reconnaître l'ancien président coupable. Donald Trump, sur lequel pesait une menace de ne pas pouvoir se présenter en 2024, voit son influence sur le Parti républicain renforcée. La recherche de son adoubement par les sénateurs conservateurs désirant se représenter en 2022 s'annonce généralisée. Les manoeuvres ont déjà commencé en ce sens.Sur les sept sénateurs ayant eu le courage de se dresser contre lui, deux, Pat Toomey et Richard Burr, ne se représenteront pas en 2022 tandis que trois autres, Bill Cassidy, Ben Sasse et Susan Collins, viennent d'être réélus pour six ans, une éternité en politique. Il ne se trouve donc que deux sénateurs républicains, Lisa Murkowski et Mitt Romney, opposés de longue date à Trump, à avoir pris des risques en brisant la ligne du parti. Le discours des quarante-trois autres au cours de cette semaine de procès a brillé par une constante : le déni. La posture du sénateur de Floride Marco Rubio a été emblématique de la soumission au maître. Lui que l'on dit exposé dans son fief à une possible candidature d'Ivanka Trump lors des élections de mi-mandat en 2022, s'est répandu devant les micros des télévisions nationales pendant la semaine du procès pour en souligner "l'inutilité" et railler les démocrates qui ont préféré, selon lui, reléguer la lutte contre la pandémie au rang de "seconde priorité". Devrait-il se rebeller, Marco Rubio n'aurait, comme bon nombre de ses collègues, aucune chance de conserver son siège, alors que l'ancien président demeure immensément populaire parmi des électeurs conservateurs toujours aussi remontés contre les institutions : 40 % d'entre eux estiment que face à la dégradation du climat politique et à la menace de disparition de leur identité, la violence constitue une option légitime.Le grand gagnant de ce procès est donc sans nul doute l'ancien président lui-même. Malgré les menaces qu'il a fait peser sur la stabilité des institutions qu'il était censé défendre, le Parti républicain lui est resté profondément loyal. Il conserve en outre la possibilité de se présenter en 2024, option qu'il actionnera sans nul doute si sa santé le lui permet. Entre-temps, il n'hésitera pas à contrecarrer les projets électoraux des politiciens républicains tentés de s'éloigner de ses vues. Il n'empêche, comme le rappelait l'historien Douglas Brinkley, "la procédure de destitution est un processus politique, et le résultat qui en a débouché est un résultat politique". Le véritable danger pour Donald Trump pourrait émaner des multiples procès qui seront peut-être intentés contre lui, au premier rang desquels figure celui portant sur l'entretien téléphonique qu'il a eu avec le secrétaire d'Etat de Géorgie Brad Raffensperger où il exhortait celui-ci à "trouver dix milles votes" pour faire basculer le scrutin local en sa faveur alors que sa défaite était depuis longtemps actée.Alors que quelques dizaines d'ex-responsables républicains, sans réel poids, se sont réunis par vidéoconférence la semaine dernière pour envisager la création d'une nouvelle formation de centre-droit qui pourrait porter le nom de "Parti de l'intégrité", l'ancienne gouverneure de Caroline du Sud Nikki Haley a été la première responsable politique de poids de l'équipe de Donald Trump à sortir du bois pour se distancier de lui. Elle a estimé qu'il était allé "beaucoup trop loin" et "que (nous) n'aurions pas dû le suivre". Elle se profile donc déjà comme une solide prétendante à une candidature conservatrice en 2024, dans ce qui pourrait être un duel inédit de femmes originaires d'Inde, face à la vice-présidente Kamala Harris, pour la présidence des Etats-Unis. Au vu de la force toujours vive du mouvement Make America Great Again qu'un candidat conservateur aux prochaines présidentielles ne pourra pas snober, rien n'indique toutefois à ce stade que cette perspective pourrait se matérialiser.Alors que des personnalités démocrates membres de l'équipe des procureurs se sont révélées lors de ce deuxième procès en destitution contre Donald Trump, notamment la déléguée des îles Vierges à la Chambre des représentants Stacey Plaskett et le député du Maryland Jamie Raskin, la voie est désormais ouverte au président Biden pour solliciter le Sénat sur ses projets. Débarrassés du dossier Trump, les sénateurs vont pouvoir statuer sur les grandes réformes promises par l'ancien vice-président d'Obama, et, d'abord, sur son plan de relance de 1 900 milliards de dollars destiné à soutenir l'économie américaine et à financer le combat contre le coronavirus. "Même si le vote final n'a pas abouti à une condamnation, le fond de l'accusation n'est pas contesté", a rappelé au sujet de son prédécesseur le nouveau locataire de la Maison-Blanche, après qu'il se soit tenu en retrait des hostilités tout au long du procès. Un sentiment qui n'est pas partagé, loin de là, par la classe politique républicaine alors que Joe Biden souhaiterait compter sur le soutien d'au moins quelques-uns de ses éléments pour faire passer un ensemble de lois tirées de son programme qui concernent, comme il le se plaît à le rappeler, "tous les Américains".