La carrière politique d'Andrew Cuomo, gouverneur démocrate de l'Etat de New York, traverse une zone de turbulences, dont il pourrait ne pas se relever. Depuis février, huit femmes ont dénoncé des gestes et propos inappropriés de sa part. Six femmes l'ont accusé dans un premier temps. La sixième est l'une de ses employées, qui a émis les accusations les plus graves à ce jour, l'accusant d'avoir mis la main sous son chemisier fin 2020, dans sa résidence officielle. Deux autres femmes se sont ajoutées quelques jours plus tard. Une ancienne journaliste l'a accusé de gestes inappropriés, notamment en 2012 et 2014, visant selon elle à l'humilier. Et une autre ex-employée du gouverneur a raconté au New York Magazine combien il l'avait mise mal à l'aise.
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La carrière politique d'Andrew Cuomo, gouverneur démocrate de l'Etat de New York, traverse une zone de turbulences, dont il pourrait ne pas se relever. Depuis février, huit femmes ont dénoncé des gestes et propos inappropriés de sa part. Six femmes l'ont accusé dans un premier temps. La sixième est l'une de ses employées, qui a émis les accusations les plus graves à ce jour, l'accusant d'avoir mis la main sous son chemisier fin 2020, dans sa résidence officielle. Deux autres femmes se sont ajoutées quelques jours plus tard. Une ancienne journaliste l'a accusé de gestes inappropriés, notamment en 2012 et 2014, visant selon elle à l'humilier. Et une autre ex-employée du gouverneur a raconté au New York Magazine combien il l'avait mise mal à l'aise.Le principal intéressé dénonce de "fausses allégations" et refuse de céder aux nombreux appels à la démission. Il a demandé d'attendre les résultats des enquêtes ouvertes après ces révélations, mais l'affaire a d'ores et déjà terni son avenir politique. Car c'est l'image entière d'Andrew Cuomo qui a vacillé. Le gouverneur de 63 ans passait jusqu'ici, pour beaucoup, pour un héros de la lutte contre la pandémie de Covid, lorsque New York a été frappé violemment par la première vague. Certains le voyaient même briguer la Maison Blanche. Deux semaines et quelques accusations ont suffi pour mettre à mal son statut, lui qui dirige l'Etat de New York depuis une décennie. Avant d'accéder à ce poste, il a été secrétaire d'Etat au Logement sous Bill Clinton, avant de devenir procureur général de l'Etat de New York. Fidèle à sa réputation d'homme tenace, il s'est défendu avec vigueur, laissant entendre qu'il était une nouvelle victime de la "cancel culture" qui fait rage notamment aux Etats-Unis. Ce mouvement pousse au retrait de la sphère publique d'oeuvres ou de personnalités jugées coupables d'abus ou discriminations contre les minorités sexuelles ou ethniques. "Les personnalités politiques prennent des positions pour toutes sortes de raisons, y compris par opportunisme politique ou pour céder aux pressions. Mais les gens savent faire la différence entre le jeu politique, la cancel culture et la vérité", s'est-il défendu.Il faut dire que l'homme n'a pas pour habitude que les choses se passent hors de son contrôle. Il est réputé pour garder une main ferme sur son propre récit politique. Un exemple parmi d'autres : l'an dernier, il a écrit un livre dans lequel il se félicite de sa gestion de la crise du Covid, modestement intitulé "Leadership Lessons from the Covid-19 Pandemic". Mais il semble cette fois de plus en plus impuissant face aux révélations successives. Moins médiatisé, un autre scandale pourrait s'avérer plus périlleux pour lui sur le plan juridique, concernant les décès Covid en maisons de repos. C'est là que sa chute s'est lentement amorcée, avec la révélation, admise en partie par sa principale assistante devant les législateurs de l'État, que son administration avait amputé le nombre de décès de plusieurs milliers afin d'éviter une enquête fédérale. Une décision qui aurait été prise pour éviter que Donald Trump ne s'en mêle, mais qui ressemble aussi à une tentative de dissimulation. Cette crise a déclenché une enquête fédérale qui pourrait le hanter politiquement pendant des mois, voire des années.Malgré un torrent d'appels en ce sens venus notamment de poids lourds de son propre camp, Andrew Cuomo refuse de faire un pas de côté. Les appels à la démission ont alors redoublé: le puissant chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, élu de l'Etat de New York, a à son tour estimé qu'il avait "perdu la confiance de ses partenaires de gouvernement et des New Yorkais." D'influents élus démocrates new-yorkais de la Chambre des représentants réclament également son départ, dont la star de l'aile gauche, Alexandria Ocasio-Cortez, et le vétéran représentant de Manhattan, Jerry Nadler.Joe Biden a quant à lui esquivé les questions de journalistes lui demandant si le gouverneur devait démissionner. "L'enquête est en cours et il nous faut voir ce qu'elle apportera", a déclaré le président à sa descente de l'hélicoptère présidentiel Marine One.La cheffe démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a invité Cuomo à se demander s'il était toujours en mesure d'occuper son poste, sans aller jusqu'à réclamer sa démission. Les femmes qui ont dénoncé le gouverneur "doivent être prises au sérieux", "leurs accusations sont crédibles et graves", a également déclaré Pelosi sur la chaîne ABC. "Le gouverneur aime New York, il doit sonder son coeur pour voir s'il peut encore diriger l'Etat avec efficacité", a-t-elle ajouté.Le gouverneur Cuomo, dont le troisième mandat n'expire qu'en 2022, donne l'impression qu'il fera tout pour conserver son poste, contrairement à d'autres hommes de pouvoir qui ont jeté l'éponge après des accusations de harcèlement ou d'agressions sexuelles, avant les résultats d'éventuelles enquêtes. Une réalité à laquelle Donald Trump est une exception particulièrement notoire.Peut-il tenir face à une pression qui s'accentue d'heure en heure? Les élus démocrates du parlement de New York, majoritaires, sont de plus en plus nombreux à réclamer sa démission. Ils ont obtenu l'ouverture d'une enquête sur toutes les allégations par une commission parlementaire, première étape à une éventuelle procédure en destitution. Cette enquête vient s'ajouter à celle déjà lancée par la procureure de l'Etat, Letitia James. La situation est devenue quasiment intenable pour Cuomo, mais il garde le cap et continue à assurer pouvoir continuer à gouverner en attendant. S'il devait continuer à s'accrocher, seule une procédure de destitution semble pouvoir l'obliger à partir contre son gré. Une procédure qui n'a plus eu lieu depuis 1913 dans l'Etat de New York, résolument démocrate. Le cas d'Andrew Cuomo pourrait faire beaucoup de tort au sein du parti.