Interpellé à la sortie de ses bureaux. Alexeï Navalny, opposant numéro un du Kremlin, espérait sans doute passer son lundi après-midi ailleurs que derrière les barreaux d'une cellule.

Ce 2 juin, la Russie fête son indépendance acquise en 1990. Mais ce jour férié donnait aussi à M. Navalny l'occasion de défiler dans les rues moscovites. Il avait appelé à une manifestation monstre dans l'ensemble du pays, contre la corruption qui gangrène la Russie. 150 villes étaient concernées par le mouvement. À Moscou, le rassemblement commençait à 11h GMT (13 heures en Belgique). Si son épouse a appelé les manifestants, sur Twitter via le compte officiel de son mari, à rester mobilisés et que "{leurs} projets n'ont pas changé", le leader de la révolte, lui, ne sera pas de la partie, coincé dans sa geôle.

Ailleurs, à l'est du pays, décalage horaire oblige, des milliers de personnes s'étaient déjà rassemblées dans les rues ce matin. Les médias locaux dénombraient notamment 3.000 manifestants à Novossibirsk, en Sibérie, et selon Le Monde, plusieurs arrestations avaient déjà eu lieu. De son côté, la manifestation moscovite, amputée de son leader, a subi une vague d'interpellations. Le quotidien français, avec l'AFP, en dénombre plusieurs centaines.

Il faut dire que le charismatique fer de lance de la lutte anti-corruption russe n'en est pas à son coup d'essai. Le 26 mars dernier, il avait rassemblé une foule immense. L'ampleur du cortège, qui rappelait les manifestations massives de 2011, avait pris de court le pouvoir et impressionné le peuple russe. Alexeï Navalny, lui, avait passé les quinze jours suivants à l'ombre.

La manifestation de ce lundi, d'abord autorisée par le Kremlin, a subi un premier bouleversement hier. Selon les dires de M. Navalny, tous les prestataires prévus pour sonoriser la manifestation se sont désistés à la dernière minute. Pris au dépourvu, l'ancien juriste de 41 ans a alors appelé ses partisans à changer d'itinéraire et à rallier l'avenue Tvserkaïa, artère proche du Kremlin. Le parquet de Russie a qualifié la manoeuvre de "provocation".

LES JEUNES DERRIÈRE LUI

L'opposant au régime de Vladimir Poutine n'a pas que des amis. Jets d'oeufs ou de tomates sont monnaie courante lors de ses déplacements. Le 27 avril, il a même reçu un jet d'antiseptique mélangé à de l'acide, l'obligeant à se faire opérer de l'oeil. Parmi les élites russes, certains ont également pris en grippe celui qui tentera de briguer la présidence russe en 2018. C'est le cas du milliardaire Alicher Ousmanov, mis en cause dans un film d'enquête vu plus de 22 millions de fois. Alexeï Navalny accuse le cinquième homme le plus riche de Russie de corruption auprès du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev. Honni par le Kremlin, l'opposant en paie le prix. À la télévision d'État, Alexeï Navalny n'est pas le bienvenu.

Si l'espace médiatique officiel russe semble clos pour l'ancien juriste, il a su développer des techniques pour recruter et faire parler de lui. Via les réseaux sociaux, il s'active. Notamment grâce à YouTube puisqu'il y tient un talk-show hebdomadaire. Le monopole politique et médiatique n'est plus simplement l'apanage de Vladimir Poutine. La principale audience du leader d'opposition : la jeunesse.

M. Navalny attire à lui une génération inquiète pour ses perspectives d'avenir. Le blogueur capte leur mécontentement face à la corruption et l'immobilisme. Le Temps, quotidien suisse, en veut pour preuve l'ouverture du QG de campagne du candidat à Iochkar-Ola, la capitale de la République des Maris. La grande majorité du public venu saluer la présence de Navalny a moins de 30 ans. Et tous admettent avoir découvert l'opposant au régime via les réseaux sociaux. Ses enquêtes - sur Ousmanov ou sur Chouvalov, le vice-premier ministre russe - séduisent. Face à cela, un jeune étudiant de 17 ans déclare au Temps : "Apre?s avoir vu ces enque?tes, impossible de regarder davantage la te?le?vision. Le fosse? entre ce qu'ils racontent et la re?alite? est choquant. Je suis de?gou?te? par ce torrent de mensonges." Son discours anti-immigration, principalement envers les musulmans d'Asie Centrale, plaît aussi à l'assemblée.

UN PROFIL BORDERLINE

Ce QG de campagne ouvert à Iochkar-Ola n'est qu'un local parmi d'autres. Il en a déjà ouvert 44, du nord au sud du pays. Pour se présenter à l'élection présidentielle, 300 000 promesses de signatures sont requises, dans toutes les régions. Il en aurait, selon ses dires, déjà plus de 500 000 et en espère jusqu'à un million.

Navalny n'est pas à son premier défi électoral. Le premier, en 2013, avait fait l'effet d'une bombe. Briguant le poste de maire de Moscou, il avait échoué de peu au second tour des municipales. Face au maire sortant, Sergueï Sobianine, il avait recueilli plus de 27% des voix. Mais ses débuts en politique remontent bien avant cette candidature. Et ils sont plus sombres. Il est notamment viré en 2007 du parti libéral d'opposition Iabloko pour des prises de position nationalistes. Lui dit qu'il "a quitté" le parti. En 2008, il prend part aux "Marches russes", un rassemblement aux relents racistes qui mêle les franges les plus dures de la mouvance nationaliste russe.

Depuis lors, le libéral dit s'être éloigné de ces milieux. C'est aujourd'hui en adversaire unique de Vladimir Poutine qu'il envisage les présidentielles de 2018. Son projet risque de ne pas être validé à cause de plusieurs procès et condamnations pour "détournement de fonds", lorsqu'il était chef d'entreprise.

Candidat ou non, 2018 semble être un obstacle encore trop grand pour le dernier survivant de l'opposition russe. Vladimir Poutine est toujours crédité d'au moins 80% d'opinion favorable dans la population russe. Mais l'abstention, à l'image des législatives françaises, gangrène les élections russes - avec 52% aux dernières législatives. La nouvelle génération, fer de lance du mouvement de Navalny pourra massivement voter aux présidentielles de 2024. Il lui faudra alors saisir sa chance.

Interpellé à la sortie de ses bureaux. Alexeï Navalny, opposant numéro un du Kremlin, espérait sans doute passer son lundi après-midi ailleurs que derrière les barreaux d'une cellule. Ce 2 juin, la Russie fête son indépendance acquise en 1990. Mais ce jour férié donnait aussi à M. Navalny l'occasion de défiler dans les rues moscovites. Il avait appelé à une manifestation monstre dans l'ensemble du pays, contre la corruption qui gangrène la Russie. 150 villes étaient concernées par le mouvement. À Moscou, le rassemblement commençait à 11h GMT (13 heures en Belgique). Si son épouse a appelé les manifestants, sur Twitter via le compte officiel de son mari, à rester mobilisés et que "{leurs} projets n'ont pas changé", le leader de la révolte, lui, ne sera pas de la partie, coincé dans sa geôle.Ailleurs, à l'est du pays, décalage horaire oblige, des milliers de personnes s'étaient déjà rassemblées dans les rues ce matin. Les médias locaux dénombraient notamment 3.000 manifestants à Novossibirsk, en Sibérie, et selon Le Monde, plusieurs arrestations avaient déjà eu lieu. De son côté, la manifestation moscovite, amputée de son leader, a subi une vague d'interpellations. Le quotidien français, avec l'AFP, en dénombre plusieurs centaines. Il faut dire que le charismatique fer de lance de la lutte anti-corruption russe n'en est pas à son coup d'essai. Le 26 mars dernier, il avait rassemblé une foule immense. L'ampleur du cortège, qui rappelait les manifestations massives de 2011, avait pris de court le pouvoir et impressionné le peuple russe. Alexeï Navalny, lui, avait passé les quinze jours suivants à l'ombre.La manifestation de ce lundi, d'abord autorisée par le Kremlin, a subi un premier bouleversement hier. Selon les dires de M. Navalny, tous les prestataires prévus pour sonoriser la manifestation se sont désistés à la dernière minute. Pris au dépourvu, l'ancien juriste de 41 ans a alors appelé ses partisans à changer d'itinéraire et à rallier l'avenue Tvserkaïa, artère proche du Kremlin. Le parquet de Russie a qualifié la manoeuvre de "provocation". L'opposant au régime de Vladimir Poutine n'a pas que des amis. Jets d'oeufs ou de tomates sont monnaie courante lors de ses déplacements. Le 27 avril, il a même reçu un jet d'antiseptique mélangé à de l'acide, l'obligeant à se faire opérer de l'oeil. Parmi les élites russes, certains ont également pris en grippe celui qui tentera de briguer la présidence russe en 2018. C'est le cas du milliardaire Alicher Ousmanov, mis en cause dans un film d'enquête vu plus de 22 millions de fois. Alexeï Navalny accuse le cinquième homme le plus riche de Russie de corruption auprès du Premier ministre russe, Dmitri Medvedev. Honni par le Kremlin, l'opposant en paie le prix. À la télévision d'État, Alexeï Navalny n'est pas le bienvenu.Si l'espace médiatique officiel russe semble clos pour l'ancien juriste, il a su développer des techniques pour recruter et faire parler de lui. Via les réseaux sociaux, il s'active. Notamment grâce à YouTube puisqu'il y tient un talk-show hebdomadaire. Le monopole politique et médiatique n'est plus simplement l'apanage de Vladimir Poutine. La principale audience du leader d'opposition : la jeunesse. M. Navalny attire à lui une génération inquiète pour ses perspectives d'avenir. Le blogueur capte leur mécontentement face à la corruption et l'immobilisme. Le Temps, quotidien suisse, en veut pour preuve l'ouverture du QG de campagne du candidat à Iochkar-Ola, la capitale de la République des Maris. La grande majorité du public venu saluer la présence de Navalny a moins de 30 ans. Et tous admettent avoir découvert l'opposant au régime via les réseaux sociaux. Ses enquêtes - sur Ousmanov ou sur Chouvalov, le vice-premier ministre russe - séduisent. Face à cela, un jeune étudiant de 17 ans déclare au Temps : "Apre?s avoir vu ces enque?tes, impossible de regarder davantage la te?le?vision. Le fosse? entre ce qu'ils racontent et la re?alite? est choquant. Je suis de?gou?te? par ce torrent de mensonges." Son discours anti-immigration, principalement envers les musulmans d'Asie Centrale, plaît aussi à l'assemblée.Ce QG de campagne ouvert à Iochkar-Ola n'est qu'un local parmi d'autres. Il en a déjà ouvert 44, du nord au sud du pays. Pour se présenter à l'élection présidentielle, 300 000 promesses de signatures sont requises, dans toutes les régions. Il en aurait, selon ses dires, déjà plus de 500 000 et en espère jusqu'à un million.Navalny n'est pas à son premier défi électoral. Le premier, en 2013, avait fait l'effet d'une bombe. Briguant le poste de maire de Moscou, il avait échoué de peu au second tour des municipales. Face au maire sortant, Sergueï Sobianine, il avait recueilli plus de 27% des voix. Mais ses débuts en politique remontent bien avant cette candidature. Et ils sont plus sombres. Il est notamment viré en 2007 du parti libéral d'opposition Iabloko pour des prises de position nationalistes. Lui dit qu'il "a quitté" le parti. En 2008, il prend part aux "Marches russes", un rassemblement aux relents racistes qui mêle les franges les plus dures de la mouvance nationaliste russe.Depuis lors, le libéral dit s'être éloigné de ces milieux. C'est aujourd'hui en adversaire unique de Vladimir Poutine qu'il envisage les présidentielles de 2018. Son projet risque de ne pas être validé à cause de plusieurs procès et condamnations pour "détournement de fonds", lorsqu'il était chef d'entreprise.Candidat ou non, 2018 semble être un obstacle encore trop grand pour le dernier survivant de l'opposition russe. Vladimir Poutine est toujours crédité d'au moins 80% d'opinion favorable dans la population russe. Mais l'abstention, à l'image des législatives françaises, gangrène les élections russes - avec 52% aux dernières législatives. La nouvelle génération, fer de lance du mouvement de Navalny pourra massivement voter aux présidentielles de 2024. Il lui faudra alors saisir sa chance.