Assimi Goïta, 38 ans, à Bamako, Mahamat Idriss Déby, 37 ans, à N'Djamena et maintenant Mamady Doum-bouya, la quarantaine, à Conakry: s'il est imprudent de professer que l'Afrique renoue avec les régimes autoritaires dirigés par de jeunes militaires, le constat peut être dressé que la combinaison entre l'absence d'ancrage démocratique et la mauvaise gouvernance offre un cadre propice à les voir sortir de leurs casernes.
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Assimi Goïta, 38 ans, à Bamako, Mahamat Idriss Déby, 37 ans, à N'Djamena et maintenant Mamady Doum-bouya, la quarantaine, à Conakry: s'il est imprudent de professer que l'Afrique renoue avec les régimes autoritaires dirigés par de jeunes militaires, le constat peut être dressé que la combinaison entre l'absence d'ancrage démocratique et la mauvaise gouvernance offre un cadre propice à les voir sortir de leurs casernes. Le 5 septembre, le chef du groupement des forces spéciales de Guinée, le colonel Mamady Doumbouya, a déposé sans coup férir le président Alpha Condé en pénétrant dans le palais Sékhoutouréya de Conakry. Après quelques heures de confusion, le choc des images du chef de l'Etat avachi dans un canapé et du chef des putschistes proclamant le changement à la télévision a confirmé le coup à la Brutus. C'est Alpha Condé qui, voyant en lui un fidèle, avait nommé Mamady Doumbouya à la tête de ce nouveau corps d'armée créé en 2018. Comme en d'autres lieux et circonstances, c'est le dépositaire du pouvoir civil qui a tendu le bâton pour se faire battre. Premier président démocratiquement élu du pays en 2010, après les dictatures sanguinaires de Sékou Touré (1958-1984) et de Lansana Conté (1984-2008), Alpha Condé, l'ancien opposant qui se voyait en "Mandela de la Guinée", a fini par prendre un peu trop goût au pouvoir. Au point de s'y accrocher quand la limite des deux mandats consécutifs fixée par la Constitution s'est profilée. Un tripatouillage de celle-ci plus tard, il s'est fait réélire une troisième fois le 18 octobre 2020 et un peu plus honnir par une partie croissante de la population. D'autant qu'il en a profité pour concentrer encore davantage de pouvoirs aux dépens d'un Premier ministre fantoche. "La gouvernance du président Alpha Condé et surtout son insistance à faire un troisième mandat qui constituait une violation de l'esprit et de la lettre de la Constitution guinéenne ont créé les conditions pour susciter plus de tensions et de violences, notamment autour des élections, et pour ouvrir la possibilité de toutes sortes d'aventures, y compris un coup d'Etat, analyse Gilles Olakounlé Yabi, président du think tank citoyen Wathi, basé à Dakar au Sénégal. Quand les militaires prennent le pouvoir, c'est toujours parce que les acteurs politiques leur en donnent l'occasion ou leur en fournissent le prétexte." Dans le cas guinéen, il ne faut pas en déduire pour autant que les auteurs du coup d'Etat l'ont nécessairement fait pour défendre des valeurs démocratiques ou par opposition au troisième mandat du président Condé, nuance toutefois le chercheur. "Ce serait une erreur d'analyse. Il est aussi possible que l'on soit face à des militaires opportunistes qui ont trouvé l'occasion de renverser le président et qui se positionnent pour jouer un rôle politique à moyen terme dans le pays. Il est trop tôt pour se prononcer dans un sens ou dans un autre." Le 6 septembre, Mamady Doumbouya, le chef de la junte, a promis "une transition inclusive et apaisée". Mais on connaît l'intérêt immédiat de ses engagements circonstanciels: éviter ou tempérer d'éventuelles sanctions et apaiser tant que faire se peut les bailleurs de fonds. A l'actif des putschistes de Conakry, on peut toutefois pointer la retenue dans la démonstration militaire et l'accueil relativement bienveillant d'une partie de la population. "Il faut remarquer qu'il n'y a pas eu d'effusion de sang lors de ce coup d'Etat, analyse Gilles Olakounlé Yabi. On peut donc penser que la transition sera pacifique. Mais sa nature pacifique ne veut pas nécessairement dire qu'elle conduira au type de rupture politique que beaucoup de Guinéens espèrent, à savoir l'entame d'une véritable trajectoire de démocratisation. Le début de la transition va nous donner des indications sur les intentions des militaires, et, en particulier, sur leur désir d'associer des responsables politiques mais aussi des acteurs de la société civile dans le gouvernement et dans les institutions de transition." Assimi Goïta, auteur au Mali d'un premier putsch en août 2020 contre le président Ibrahim Boubacar Keïta et d'un second en mai 2021 contre le président provisoire Bah N'Daw, a aussi promis une transition douce et la tenue d'élections "crédibles, justes et transparentes" avant le 27 février 2022. Mais cela ne l'a pas empêché de se faire désigner chef de l'Etat par la Cour constitutionnelle et d'être investi le 7 juin 2021. En revanche, il a nommé Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, le leader du Mouvement du 5 juin - Rassemblement des forces patriotiques qui avait été à la pointe de la contestation populaire contre le président Keïta, entretenant l'espoir de la restauration à terme d'un pouvoir civil dans son plein exercice. Au Tchad, Mahamat Idriss Déby, qui, après la mort au combat de son père Idriss Déby en avril 2021, s'est emparé du pouvoir en prenant des largesses avec la Constitution, s'est, lui aussi, engagé à respecter "une transition inclusive et apaisée" mais il a dissous le Parlement, le gouvernement et pourrait repousser de dix-huit mois, comme il y est "autorisé" à une reprise, le délai imparti pour l'organisation d'élections qui seront bien sûr "libres et transparentes".