L'étudiant américain, en vacances à Pyongyang, se serait livré à un larcin potache : dans son hôtel, il aurait subtilisé un drapeau de propagande nord-coréen. Le genre de butin qu'on ramène chez soi en ricanant, qu'on affiche dans son salon pour alimenter les conversations.
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L'étudiant américain, en vacances à Pyongyang, se serait livré à un larcin potache : dans son hôtel, il aurait subtilisé un drapeau de propagande nord-coréen. Le genre de butin qu'on ramène chez soi en ricanant, qu'on affiche dans son salon pour alimenter les conversations.Sauf qu'on ne plaisante pas avec les fanions à la gloire des grands leaders, en Corée du Nord, en particulier quand le blagueur est un ressortissant d'un pays avec lequel le royaume ermite entretient des relations fort peu diplomatiques. On connaît la suite : arrêté, emprisonné et plus que probablement torturé, Otto Warmbier a été rendu à sa famille à l'état de légume. Aujourd'hui, il est mort. De botulisme, soi-disant. L'affaire glace les sangs. Tout ça pour un drapeau. Tout ça sans que qui que ce soit fasse entendre raison à un Etat d'une irrationalité surréaliste. Tout ça alors que se développe en Corée du Nord un tourisme " à sensations fortes ", profondément morbide mais dûment encadré et surveillé. Avec le recul, l'épisode culte de Strip-tease " Une délégation de très haut niveau " n'est plus si drôle. Diffusé sur la RTBF en 2000, il mettait en scène une bande de pieds nickelés du Parlement belge : les néerlandophones Michiel Maertens (Agalev), Ferdy Willems (VU), Vincent Van Quickenborne (VU-ID) et les francophones Georges Dallemagne (PSC), Patrick Moriau (PS) et Alain Destexhe (PRL). A leur proue, Willy Burgeon, potentat socialiste binchois aux sympathies assumées pour le régime. Le reportage lui vaudra une sévère rétrogradation politique. C'est qu'on l'y voit d'une déférence absolue pour les règlements édictés par les " guides ", obséquieux avec les officiels et surtout, extatique devant le système éducatif local. Les écoliers de 5 ans rencontrés, dotés d'un sens de la discipline tout bonnement effrayant et pourvus d'une gestuelle adulte laissant planer le doute sur leur éventuelle robotisation, y récitent des litanies de louanges à destination des chefs d'Etat. Ce Strip-tease est un des canons du genre : misérables, ses protagonistes se font docilement mener par le bout du nez par des responsables nord-coréens qui ne les emmènent que dans des lieux validés par le pouvoir. Patrick Moriau a l'air, si pas séduit par le voyage, du moins dubitatif par rapport à l'image qu'on se fait de l'héroïque nation coréenne en Occident. Willy Burgeon l'affirme sans sourciller : notre presse est une presse de propagande, injuste. Ces deux-là s'amusent comme des petits fous à chanter l'Internationale avec leurs accompagnateurs. Alain Destexhe, qui n'est pas encore le troll professionnel qu'on connaît aujourd'hui, sauve quelque peu la mise avec ses sarcasmes : dans un des nombreux apartés qu'il fait avec la caméra, il s'exclame qu'il y a " un nombre de conneries au mètre carré important dans cette délégation ". De son côté, Georges Dallemagne a beau mendier à répétition la visite d'un marché : il ne trouvera aucun interlocuteur qui acceptera sa requête. C'est une Corée de carton-pâte qui s'étale sous leurs yeux, peuplée d'autochtones défilant au pas dans une fête forcée perpétuelle en l'honneur de ses fiers dirigeants. A l'époque, le reportage nous avait fait hurler de rire et quelques-unes de ses punchlines étaient entrées - pour ne plus en sortir - dans notre langage courant. Sauf que ce n'est pas une opérette qu'a montée l'intendance nord-coréenne, mais une véritable tragédie. Malaise. Strip-tease, "Une délégation de très haut niveau", disponible en DVD (Twin Pics) mais aussi sur Dailymotion.