"Samedi on continue! Tout le Venezuela se retrouvera dans la rue. Nous ne resterons pas tranquilles une minute ni même une seconde tant que nous n'aurons pas retrouvé la liberté", a-t-il lancé devant des milliers de personnes massées sur une place de Caracas, moins d'une heure après son arrivée.

Juan Guaido, président autoproclamé reconnu par une cinquantaine de pays, avait quitté clandestinement le pays il y a une dizaine de jours pour se rendre en Colombie. Arrivé lundi à la mi-journée à l'aéroport de Caracas, il a été accueilli par ses partisans et par un comité d'ambassadeurs européens et latino-américains venus garantir sa sécurité, a expliqué le représentant de la France Romain Nadal.

"Nous connaissons les risques que nous courons, ça ne nous a jamais retenus : nous sommes ici, plus fort que jamais!" a lancé M. Guaido avant de sortir de l'aérogare en costume sombre et chemise blanche, tout sourire, debout sur le toit d'une voiture, tandis que la foule scandait son nom. "Guaido! Guaido" et "Si se puede", reprenant le fameux slogan des campagnes de Barack Obama "Oui c'est possible".

- "Réaction rapide" -

Au moment même où son avion se posait à Caracas, le vice-président américain Mike Pence promettait depuis Washington une "réaction rapide" en cas de "menaces, violences ou intimidations" contre l'opposant de 35 ans: "Les Etats-Unis attachent la plus grande importance au retour au Venezuela de Juan Guaido en toute sécurité", a-t-il averti sur Twitter.

Juan Guaido a galvanisé la foule qui l'attendait à Caracas en déclarant, bras levés au côté de son épouse: "Vous avez devant vous le président de la République du Venezuela!"

"Malgré les menaces des groupes armés, je vous le demande: avez-vous une once de peur? Nous voici, plus forts que jamais!" a-t-il répété en appelant à "rester mobilisés dans toutes les rues du Venezuela".

"Les fonctionnaires de l'immigration m'ont accueilli en disant, +Bienvenue président+", a-t-il affirmé. Mais "nous avons affaire à une dictature qui ne va pas céder volontairement le pouvoir, il faut continuer de faire pression".

Des rassemblements similaires se sont tenus dans les principales villes du pays, en congé pour cause de carnaval, sans aucun incident notable.

Juan Guaidó a par ailleurs renouvelé son appel aux forces armées, principal soutien du gouvernement, à le rejoindre.A ce jour environ, 700 militaires ont fait défection en Colombie et au Brésil, sans réussir à faire basculer l'armée qui compte 350.000 hommes.

"Nous allons insister pour que l'aide humanitaire arrive dans ce pays", a également promis le leader de l'opposition. C'est d'ailleurs pour forcer le passage de ces convois de vivres et de médicaments bloqués à la frontière colombienne, et dont manque cruellement le pays confronté aux pénuries et à une hyperinflation à huit chiffres, qu'il avait bravé son interdiction de quitter le pays.

Théoriquement, M. Guaido, en tant que président de l'Assemblée nationale, bénéficie de l'immunité parlementaire, mais il fait l'objet d'une enquête pour "usurpation" même s'il n'a pas été formellement accusé.

Depuis la Colombie, il s'est lancé dans une tournée qui l'a conduit au Brésil, au Paraguay, en Argentine et en Equateur. Il a été accueilli partout en chef d'Etat.

- Ultime erreur -

Juan Guaido avait annoncé la semaine dernière son intention de rentrer au pays "malgré les menaces". Dimanche soir, via les réseaux sociaux, il a mis en garde le régime de Nicolas Maduro contre toute "tentative de l'enlever", qui constituerait selon lui "son ultime erreur".

Jusqu'au dernier moment, les détails de son retour sont restés secrets: son entourage a révélé lundi que, depuis l'Equateur, il s'est envolé pour Bogota d'où il a pris un vol pour Panama, afin de rejoindre Caracas, destination desservie par très peu de vols sur le continent.

Son retour représente un dilemme pour le président socialiste en place, Nicolas Maduro, qui doit décider s'il l'arrête, au risque de provoquer la communauté internationale, ou s'il le laisse rentrer sans encombre et défier son autorité.

Le président Maduro a répété ces derniers jours qu'en tant que chef du Parlement, son rival devait "respecter la loi" et que s'il rentrait au pays, il devrait "rendre des comptes à la justice".

Depuis qu'il s'est proclamé le 23 janvier président par intérim en qualifiant d'"usurpateur" M. Maduro, dont la réélection serait selon ses adversaires entachée de fraudes, Juan Guaido s'est appuyé sur la rue et a convoqué plusieurs manifestations de soutien qui ont fait une quarantaine de morts et des centaines de blessés.