Le Premier ministre Boris Johnson a été vilipendé, y compris par sa propre soeur Rachel, pour des propos incendiaires à la Chambre des Communes mercredi.

Il avait accusé les membres de l'opposition de "sabotage", de "trahison" et de "capitulation" face à l'Union européenne. "Ce Parlement agit par pur égoïsme et lâcheté politique, les députés de l'opposition ne veulent pas s'effacer et laisser le peuple se prononcer", avait-il lancé, usant d'une rhétorique populiste assumée.

Appelé à "modérer son langage" par la successeure de Jo Cox, une députée travailliste anti-Brexit assassinée à quelques jours du référendum de juin 2016, Boris Johnson a choqué les députés en affirmant que "la meilleure façon d'honorer la mémoire de Jo Cox est en réalité de rassembler ce pays en mettant en oeuvre le Brexit!"

Réfutant toute responsabilité dans la montée des tensions, M. Johnson a aussi qualifié de "foutaises" le témoignage de la députée travailliste Paula Sherriff, qui dénonçait ses propos "incendiaires" et disait avoir reçu des menaces de mort.

Jeudi, il a néanmoins appelé les "esprits à se calmer", tout en refusant de s'excuser.

L'Eglise appelle au calme

Pour le président de la Chambre des communes John Bercow, c'est la "pire atmosphère" jamais vue au Parlement "en 22 ans".

Même l'Eglise d'Angleterre s'en est mêlée, les 118 évêques et archevêques anglicans condamnant un langage "inacceptable".

Mais loin de jouer les conciliateurs, Dominic Cummings, conseiller spécial de Boris Johnson et grand artisan de la victoire du "Leave" lors du référendum, a remis de l'huile sur le feu jeudi soir.

A l'occasion du lancement d'un livre à Londres, M. Cummings a déclaré qu'il n'était "pas surpris que certaines personnes soient furieuses" que le Brexit ne soit toujours pas mis en oeuvre, trouvant "très bizarre" que les députés se plaignent des réactions de colère, preuve selon lui, qu'ils sont "déconnectés" du peuple.

Pour le camp pro-Leave, le plus grand danger serait de renoncer au Brexit.

Un ministre, resté anonyme, a déclaré au quotidien The Times que si un second référendum sur le Brexit était organisé et renversait le résultat du premier, le pays risquait un "violent soulèvement populaire", du type du mouvement des Gilets jaunes en France.

Dans les deux camps, les députés et leurs entourages disent craindre, eux, un nouveau drame similaire à l'assassinat de Jo Cox.

Ellie Cooper, fille de la députée travailliste Yvette Cooper, a confié sur Twitter son "effroi" lorsqu'elle lit les commentaires sur les réseaux sociaux traitant sa mère de "menteuse" et de "traîtresse". La jeune femme a aussi expliqué que sa maison avait été équipée de "panic buttons" (boutons d'alarme) et de portes blindées.

Evoquant l'assassinat de Jo Cox, elle a dit "craindre chaque jour que la même chose arrive à (sa) mère".

"Langage "passionnel"

Une députée travailliste, Jess Phillips, a elle révélé jeudi qu'un homme avait été arrêté en essayant de fracturer la porte de sa permanence dans la circonscription de Birmingham Yardley (centre de l'Angleterre), aux cris de "fasciste".

Tandis que des élections anticipées pourraient être organisées prochainement, Boris Johnson espérant ainsi se redonner une majorité au Parlement et l'opposition s'y préparant, l'atmosphère d'une future campagne s'annonce d'ores et déjà électrique.

"Pour séduire davantage l'électorat, le gouvernement semble déterminé à attiser les antagonismes en utilisant un langage extrêmement passionnel qui ne peut que susciter la peur et la colère et alimenter les griefs contre le Parlement et la loi", a dénoncé jeudi soir l'ex-Premier ministre conservateur John Major, anti-Brexit. Adversaire déclaré de Boris Johnson, il s'exprimait devant le centre de réflexion Center for European Reform (CER).

"Tant que nous n'avons pas résolu la question du Brexit, des élections ne résoudront rien", a estimé M. Major. "Cela ne ferait que nourrir le sentiment actuel de désillusion et de désunion. Loin de guérir la nation, cela attiserait des blessures ouvertes".