Lundi, l'amas de débris et les marques de suie noire laissées par le feu en bas d'un grand escalier de l'Université polytechnique (PolyU) attestaient de l'intensité des affrontements. Les étudiants ont incendié la principale entrée du campus après avoir repoussé un assaut de la police.

Le mot "liberté" en anglais ("freedom") était tagué en lettres cursives sur le sol du campus.

Un habit noir, similaire à ceux portés par les manifestants les plus radicaux, était abandonné sur un chemin, probablement par un protestataire ne désirant pas être identifié dans sa fuite.

L'occupation avait commencé dans les meilleures dispositions: excellente organisation, nourriture et eau en abondance, tapis de yoga pour dormir, personnel médical bénévole, et motivation au zénith.

Mais la confiance est en chute libre avec le siège désormais total qui empêche tout ravitaillement, la peur d'être arrêté et les menaces croissantes d'assaut de la police anti-émeute.

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Des dizaines de personnes ont réussi dans la soirée à s'échapper de l'université, descendant en rappel depuis une passerelle, avant d'être récupérées sur une route en contrebas par des personnes à moto.

A l'intérieur, d'autres protestataires étaient affalés sur des chaises, épuisés par deux jours de bataille. D'autres pleuraient, consolés par des amis.

"On ne peut plus sortir de l'université sans être arrêté, à présent", se désespère un jeune homme de 19 ans, qui ne souhaite pas donner son nom.

En pleurs

"Je n'ai rien fait prouvant que je suis impliqué dans l'émeute", ajoute-t-il. "On a surtout peur qu'ils utilisent l'extrême violence contre nous".

D'autres manifestants passaient des coups de téléphone à leur famille, à des amis ou à des avocats grâce au peu de batterie qu'il leur reste.

Un jeune homme assis seul dans une cantine de l'établissement éclatait en sanglots devant son repas.

Hong Kong, ex-colonie britannique rendue à la Chine en 1997 et désormais territoire autonome chinois, est secoué depuis juin par une grave crise politique.

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Le mouvement a débuté avec le rejet d'un projet de loi, retiré depuis, visant à autoriser les extraditions vers la Chine continentale, où la justice n'est pas indépendante.

Mais les manifestants ont désormais d'autres exigences, notamment le suffrage universel pour toutes les élections hongkongaises et une enquête sur le comportement de la police.

Le campus de la PolyU, avec ses élégants bâtiments de briques rouges, a connu ces dernières heures certains des affrontements les plus violents de la crise qui a débuté en juin.

A l'entrée de l'université, des feux sporadiques étaient encore maintenus allumés tout au long de la journée de lundi par les protestataires voulant constituer une barrière défensive.

Mais l'enjeu est grand pour ceux restés à l'intérieur.

"Extrême violence"

La police a qualifié le campus de "zone d'émeute" et a réitéré lundi sa menace d'arrêter quiconque présent sans raison valable. La participation à une émeute est passible de 10 ans de prison.

Un commandant de la police, Cheuk Hau-yip, a exhorté les manifestants à se rendre, avertissant que la police utiliserait désormais des balles réelles si elle était à nouveau attaquée avec des armes dangereuses comme des cocktails Molotov ou des flèches.

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"Ne franchissez pas la ligne rouge", a-t-il martelé lors d'une conférence de presse.

Des protestataires ont volé des arcs de compétition sportive de l'université et fabriqué des catapultes pour lancer des briques. La police a déclaré dimanche qu'un de ses officiers avait été touché au mollet par une flèche.

Inquiètes, des familles d'étudiants assiégés se sont réunies lundi soir sur une passerelle piétonne proche de la PolyU pour une veillée. Certaines personnes tenaient des affiches avec le message "Sauvez les enfants", à distance d'un cordon serré de policiers anti-émeutes.

Toutes craignent désormais un assaut des forces de l'ordre. "Ils veulent utiliser cette occasion pour attraper tous les protestataires les plus radicaux", déclare à l'AFP l'une d'entre elles, qui se fait appeler Isaac.

"J'ai bien peur que si on perd cette bataille, on perd toute la révolution".