Venu "constater la situation sur place", le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a entamé vendredi une visite d'une journée dans ce port du nord de la France, où pour la première fois cette semaine un conducteur de camion est mort dans un accident consécutif à un barrage dressé par des migrants sur l'autoroute.

Avec un message clair: il n'y aura pas d'installation d'un nouveau centre d'accueil d'urgence à Calais.

"Nous ne voulons pas de centre ici car à chaque fois qu'on a construit un centre, il y a eu appel d'air", a justifié le ministre qui doit rencontrer élus, police et représentants du monde économique et associatif.

"C'est bien, mais moi il ne va pas me rencontrer", soupire Djamal, assis à même le sol d'un terrain vague où une grosse centaine d'Afghans, de Soudanais et d'Erythréens se pressent pour la distribution de repas organisée par les associations.

Cet Afghan de 24 ans, passé par six pays avant d'arriver en France, raconte son quotidien avec une rage sourde. "Il n'y a pas de robinet et on ne peut pas boire, ni se laver. On n'a pas d'endroit pour dormir. La nuit, je dors sans tente, sur la +montagne+", dit-il en montrant dans son dos une énorme décharge de gravats.

Au coeur de la zone industrielle, près de la rocade portuaire, une camionnette distribue des barquettes de riz, une autre sert de point d'eau mobile. Autour d'une autre du même type, une dizaine d'hommes se débarbouillent, torse nu, ou improvisent une lessive.

Mais la grande crainte, ici, ce sont les forces de l'ordre. "La police nous envoyait du gaz, je suis tombé par terre", explique Jan, Afghan de 16 ans, montrant son bandage à la main.

Le Défenseur des droits, institution indépendante française, a dénoncé ces conditions "inhumaines" et des atteintes aux droits "inédites", exigeant jeudi l'installation de points d'eau, d'un dispositif d'accueil et d'un guichet d'asile.

'Sans solution'

Dans la foulée d'une plainte par les associations, "la police semble s'être calmée" depuis la semaine dernière, estime Loan, de l'association l'Auberge des migrants, qui ironise: "c'est relatif: disons qu'ils sont moins frappés qu'avant".

Car l'Etat campe sur une ligne ferme, assumant de laisser les migrants "sans solution" à Calais jusqu'à ce que "l'habitude de venir soit désamorcée", au grand dam des associations.

"Ce ne sont pas des maladies, des saletés, ce sont des hommes et des femmes, qui ont eu un parcours très difficile en fuyant leur pays pour des raisons que l'on connaît tous", s'indigne Hicham Aly, salarié du Secours catholique.

Mais pour l'Etat, le problème se pose en des termes simples: "on a vu que lorsqu'on laissait faire, on commençait avec quelques centaines de personnes et on finissait avec plusieurs milliers de personnes qu'on ne savait plus gérer", a assuré M. Collomb.

La crainte est de voir pousser un nouveau bidonville, alors que 7.000 personnes environ avaient été évacuées lors du démantèlement de la "Jungle", lancé voici tout juste huit mois, le 24 octobre 2016.

D'autant que les pouvoirs publics surveillent déjà étroitement la situation à la frontière franco-italienne et dans la capitale.

Ainsi, à Paris, le centre humanitaire sature: un campement d'"un millier de personnes" s'est reconstitué dans le nord de la capitale, selon la maire Anne Hidalgo, qui a tiré la sonnette d'alarme pour l'été.

Car aux traversées de la Méditerranée pourraient s'ajouter les migrants déboutés par d'autres pays, notamment des Afghans venus d'Allemagne.

L'argument de l'appel d'air laisse les associatifs sceptiques. "A Calais, il y a des barbelés, des murs et ils viennent quand même", rappelle sous un nom d'emprunt Valérie, bénévole au Secours catholique. "La +Jungle+, ce n'était pas bien, mais au moins ils étaient ensemble...".

Venu "constater la situation sur place", le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a entamé vendredi une visite d'une journée dans ce port du nord de la France, où pour la première fois cette semaine un conducteur de camion est mort dans un accident consécutif à un barrage dressé par des migrants sur l'autoroute.Avec un message clair: il n'y aura pas d'installation d'un nouveau centre d'accueil d'urgence à Calais. "Nous ne voulons pas de centre ici car à chaque fois qu'on a construit un centre, il y a eu appel d'air", a justifié le ministre qui doit rencontrer élus, police et représentants du monde économique et associatif."C'est bien, mais moi il ne va pas me rencontrer", soupire Djamal, assis à même le sol d'un terrain vague où une grosse centaine d'Afghans, de Soudanais et d'Erythréens se pressent pour la distribution de repas organisée par les associations.Cet Afghan de 24 ans, passé par six pays avant d'arriver en France, raconte son quotidien avec une rage sourde. "Il n'y a pas de robinet et on ne peut pas boire, ni se laver. On n'a pas d'endroit pour dormir. La nuit, je dors sans tente, sur la +montagne+", dit-il en montrant dans son dos une énorme décharge de gravats. Au coeur de la zone industrielle, près de la rocade portuaire, une camionnette distribue des barquettes de riz, une autre sert de point d'eau mobile. Autour d'une autre du même type, une dizaine d'hommes se débarbouillent, torse nu, ou improvisent une lessive.Mais la grande crainte, ici, ce sont les forces de l'ordre. "La police nous envoyait du gaz, je suis tombé par terre", explique Jan, Afghan de 16 ans, montrant son bandage à la main.Le Défenseur des droits, institution indépendante française, a dénoncé ces conditions "inhumaines" et des atteintes aux droits "inédites", exigeant jeudi l'installation de points d'eau, d'un dispositif d'accueil et d'un guichet d'asile.Dans la foulée d'une plainte par les associations, "la police semble s'être calmée" depuis la semaine dernière, estime Loan, de l'association l'Auberge des migrants, qui ironise: "c'est relatif: disons qu'ils sont moins frappés qu'avant".Car l'Etat campe sur une ligne ferme, assumant de laisser les migrants "sans solution" à Calais jusqu'à ce que "l'habitude de venir soit désamorcée", au grand dam des associations."Ce ne sont pas des maladies, des saletés, ce sont des hommes et des femmes, qui ont eu un parcours très difficile en fuyant leur pays pour des raisons que l'on connaît tous", s'indigne Hicham Aly, salarié du Secours catholique.Mais pour l'Etat, le problème se pose en des termes simples: "on a vu que lorsqu'on laissait faire, on commençait avec quelques centaines de personnes et on finissait avec plusieurs milliers de personnes qu'on ne savait plus gérer", a assuré M. Collomb.La crainte est de voir pousser un nouveau bidonville, alors que 7.000 personnes environ avaient été évacuées lors du démantèlement de la "Jungle", lancé voici tout juste huit mois, le 24 octobre 2016.D'autant que les pouvoirs publics surveillent déjà étroitement la situation à la frontière franco-italienne et dans la capitale.Ainsi, à Paris, le centre humanitaire sature: un campement d'"un millier de personnes" s'est reconstitué dans le nord de la capitale, selon la maire Anne Hidalgo, qui a tiré la sonnette d'alarme pour l'été.Car aux traversées de la Méditerranée pourraient s'ajouter les migrants déboutés par d'autres pays, notamment des Afghans venus d'Allemagne.L'argument de l'appel d'air laisse les associatifs sceptiques. "A Calais, il y a des barbelés, des murs et ils viennent quand même", rappelle sous un nom d'emprunt Valérie, bénévole au Secours catholique. "La +Jungle+, ce n'était pas bien, mais au moins ils étaient ensemble...".