Tous les médias internationaux se sont déplacés à Gdansk pour couvrir l'événement. Sous les yeux des journalistes, les 912 délégués prient à genoux. Dans cette très catholique Pologne, c'est par une messe que s'ouvre le premier congrès de Solidarnosc. Ensuite, place au travail. Réforme de l'économie, amélioration du ravitaillement, élections libres, autogestion des entreprises : sur les principales revendications, le consensus est large.
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Tous les médias internationaux se sont déplacés à Gdansk pour couvrir l'événement. Sous les yeux des journalistes, les 912 délégués prient à genoux. Dans cette très catholique Pologne, c'est par une messe que s'ouvre le premier congrès de Solidarnosc. Ensuite, place au travail. Réforme de l'économie, amélioration du ravitaillement, élections libres, autogestion des entreprises : sur les principales revendications, le consensus est large. Douze mois plus tôt, c'est par une grève que Solidarnosc est né. A l'été 1980, le ras-le-bol est profond en Pologne. Structures politiques autoritaires se conjuguent avec une économie qui tourne au ralenti. En juillet 1980, le gouvernement décide d'augmenter le prix de la viande de 80 %. La grogne monte particulièrement sur les chantiers navals de Gdansk, où 17 000 ouvriers débraient au mois d'août. Petit à petit, la colère s'organise. En face, le gouvernement a perdu de sa superbe : il ne peut pas, comme une décennie plus tôt, se permettre de liquider les dissidents. Sous la direction d'un électricien - un certain Lech Walesa -, les grévistes négocient les accords de Gdansk, qui autorisent l'existence de syndicats libres et ouvrent la voie à la création de Solidarnosc. Outil de défense des travailleurs, le syndicat se transforme vite en instrument d'opposition au régime. Cette mutation lui permet de séduire des militants de tous bords. Anticommunistes, populistes de gauche et modérés : tous rejoignent un mouvement qui reçoit aussi le soutien de l'Eglise. En peu de temps, ce ne sont pas moins de 10 millions de Polonais qui se réclament de Solidarnosc. De l'étranger aussi, les soutiens - politiques autant que financiers - affluent. En Occident, beaucoup voient dans l'action de Solidarnosc la possibilité d'une ouverture à l'Est... Mais le bras de fer avec le pouvoir politique devient inévitable. Pour Moscou, le congrès de septembre 1981 n'est rien moins qu'une " orgie antisocialiste et antisoviétique ". L'URSS invite les dirigeants polonais à stopper cette propagande. En octobre 1982, le gouvernement polonais met le syndicat hors la loi. Pour Solidarnosc, commence alors l'ère de l'illégalité. Elle n'enlève rien au rayonnement du mouvement : en 1983, Walesa reçoit le prix Nobel de la paix. Le mouvement continue à bénéficier de larges soutiens à l'intérieur (les intellectuels, l'Eglise...) comme à l'extérieur (les mouvements syndicaux internationaux, la CIA...) du pays. En avril 1989, alors que l'URSS se délite, Solidarnosc est à nouveau autorisé. Mieux : devenu mouvement politique, le syndicat se présente aux élections de juin et cartonne littéralement. Dans la foulée, il prend le pouvoir, obtenant les postes de Premier ministre (pour Mazowiecki) et de président (pour Walesa). Les dernières années sont moins chantantes. En 1995, Walesa est battu aux présidentielles. Peu après, le mouvement abandonne ses activités politiques pour se recentrer sur son combat syndical. En 2006, Walesa finit même par quitter Solidarnosc.