Par la libération de la parole qu'elle a provoquée, l'affaire Weinstein, du nom du producteur de cinéma américain accusé de harcèlement et de viol, a modifié le rapport de force entre agresseurs et victimes. Et son retentissement pose les jalons, si tant est que la classe politique lui confère les outils législatifs, d'une vision enfin égalitaire des relations entre les femmes et les hommes. D'ores et déjà, par l'effet combiné des réseaux sociaux et de la démultiplication des récits qui disent la même réalité de prédation, la honte et la peur ont changé de camp. Ce glissement de la peur se décline comme le fil rouge de l'année.
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Par la libération de la parole qu'elle a provoquée, l'affaire Weinstein, du nom du producteur de cinéma américain accusé de harcèlement et de viol, a modifié le rapport de force entre agresseurs et victimes. Et son retentissement pose les jalons, si tant est que la classe politique lui confère les outils législatifs, d'une vision enfin égalitaire des relations entre les femmes et les hommes. D'ores et déjà, par l'effet combiné des réseaux sociaux et de la démultiplication des récits qui disent la même réalité de prédation, la honte et la peur ont changé de camp. Ce glissement de la peur se décline comme le fil rouge de l'année. Grâce à la révélation des affaires Publifin, à Liège, et du Samusocial, à Bruxelles, des potentats qui se croyaient intouchables en leur fief, Stéphane Moreau, Yvan Mayeur..., ont été rappelés au respect d'une éthique devenue inaliénable ou ont été forcés à une piteuse retraite. Ils avaient organisé ou couvert des dysfonctionnements qui, soutenus par une omerta comme Harvey Weinstein a pu en imposer un temps, permettaient des enrichissements personnels. Les lanceurs d'alerte, journalistes enquêteurs et politiques partisans de la transparence n'en retirent, eux, que la satisfaction d'avoir servi la démocratie. La peur que les islamistes de Daech avaient semée en 2015 et 2016 jusque dans les rues de Paris et de Bruxelles est toujours prégnante. Elle s'est même banalisée. Mais elle s'est aussi retournée contre ses instigateurs, disparus avec leur éphémère califat, faits prisonniers, traqués ou prêts à de nouvelles violences mais forcément affaiblis. Une improbable convergence d'intérêts entre une coalition occidentalo-sunnite et une alliance russo-chiite a mis fin à leur emprise en Syrie et en Irak. La peur - de l'Europe, de la mondialisation, des migrants - que ses adversaires les plus extrémistes instrumentalisaient pour attirer l'électeur laissé-pour-compte, Emmanuel Macron l'a transformée en une promesse d'insertion, pas toute rose mais volontariste, dans la modernité. Un pari réussi parce qu'une majorité de Français a montré son attachement à l'euro, la réalisation la plus réussie d'une Union européenne qui n'en a pas tant à vanter. Pareille audace en regard de la morosité post-crises des migrants, de la dette et du Brexit ne s'est malheureusement pas répétée à l'est de l'Union européenne. Populisme et nationalisme, y compris celui à visage avenant de la Catalogne, ont en effet encore été en 2017 les deux principales réponses de confort au défi de la globalisation. Même investi président de l'hyperpuissance mondiale, Donald Trump n'a d'ailleurs pas renoncé à la première. A l'opposé de la tendance dominante de 2017, il a donc attisé plus qu'il n'a apaisé les peurs au plan intérieur (démantèlement de l'Obamacare, traque des migrants) comme à l'international par son opposition au multilatéralisme (réchauffement climatique, Corée du Nord, Iran, Proche-Orient). Malgré une stabilité politique retrouvée au fédéral, la Belgique n'a pas davantage réussi à conjurer ses craintes de fracture communautaire (l'hypothèque N-VA sur la fin du nucléaire), de paralysie (l'échec du projet de stade national) ou de déclassement (l'inadéquation entre les ambitions de Bruxelles et sa gestion). Les rares éclaircies dans la grisaille belge sont donc venues de la sphère culturelle large à travers ses séries télé, ses rappeurs, ses stylistes, ses écrivains, ses chercheurs ou ses footballeurs. Il faudra bien un jour que les politiques belges estiment à sa juste valeur l'apport de ses artistes au rayonnement de la Belgique. De Paris à Moscou, il se vérifiera encore en 2018.