En cette première moitié des années 1960, l'Hexagone n'est certainement pas le meilleur élève de la classe Europe. Il faut dire que le président de Gaulle se veut le chantre d'une France très indépendante et... très française. Paris finit par irriter ses alliés. "Avant le retour au pouvoir du général de Gaulle, nos partenaires s'étaient habitués à une France plus complaisante, témoigne Jean-Marc Boegner, alors représentant permanent de la France auprès des Communautés européennes. Ils prenaient mal leur parti d'avoir affaire à une France qui savait et ce...

En cette première moitié des années 1960, l'Hexagone n'est certainement pas le meilleur élève de la classe Europe. Il faut dire que le président de Gaulle se veut le chantre d'une France très indépendante et... très française. Paris finit par irriter ses alliés. "Avant le retour au pouvoir du général de Gaulle, nos partenaires s'étaient habitués à une France plus complaisante, témoigne Jean-Marc Boegner, alors représentant permanent de la France auprès des Communautés européennes. Ils prenaient mal leur parti d'avoir affaire à une France qui savait et ce qu'elle voulait et ce qu'elle ne voulait pas."Les tensions se cristallisent en juin 1965. Le président de la Commission, l'Allemand Walter Hallstein, présente alors ses propositions en vue de renouveler le cadre budgétaire des Communautés. Il entend augmenter les ressources propres de l'Europe. Parallèlement, il veut renforcer les pouvoirs des institutions communautaires, notamment en généralisant le vote à la majorité. Paris redoute que ces mesures portent atteinte à ses intérêts, notamment dans l'important domaine agricole. Les négociations entamées échouent. La faute à l'immobilisme de la Commission, selon Paris. La faute à l'intransigeance de la France, selon Bruxelles. En fait, le désaccord n'est pas seulement technique : de Gaulle rejette les contours supranationaux que pourrait prendre l'Europe. Et reproche à Hallstein de se comporter en véritable chef d'Etat.Dans la foulée, coup de tonnerre : le 1er juillet, le gouvernement français annonce son intention de ne plus participer aux réunions du Conseil et rappelle son représentant permanent. Paris décide d'utiliser la peur pour mettre la pression. Une méthode contraire à l'esprit des traités de Rome. Et une grande première dans l'histoire de la jeune Europe. Dans les mois qui suivent, les tensions sont vives, surtout entre la France et l'Allemagne. Paul-Henri Spaak tente, pour sa part, de jouer les médiateurs. Le ministre belge des Affaires étrangères devient ainsi l'un des artisans du "compromis de Luxembourg", signé en janvier 1966. Un véritable accord ? Pas vraiment. Le texte prévoit que lorsqu'une discussion portera sur des enjeux fondamentaux, les "Six" s'efforceront de décider à l'unanimité. Il précise : "Les six délégations constatent qu'une divergence subsiste sur ce qui devrait être fait au cas où la conciliation n'aboutirait pas complètement."En fait, il faut attendre le 11 mai 1966 pour qu'un terme définitif soit mis à la "crise de la chaise vide". Ce jour-là, France et Allemagne se mettent d'accord sur le financement de la politique agricole. Les deux grands se montrent à nouveau capables d'avancer ensemble. Dans l'intervalle, l'espoir de voir la construction européenne progresser rapidement s'est pourtant envolé. ˜Vincent Delcorps