Elle termine tout de même troisième, seule femme à participer à cette course parisienne. Quelques semaines plus tôt, elle avalait 42 kilomètres sur la Tamise, en cinq heures. Mais son principal objectif se trouve entre la France et l'Angleterre. " Une belle et jeune nageuse (sic), venue d'Australie, se propose de battre cette année le record [du Britannique Matthew] Webb lui-même en traversant la Manche à la nage ", écrit le quotidien Le Courrier de Tlemcen, le 25 août 1905.
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Elle termine tout de même troisième, seule femme à participer à cette course parisienne. Quelques semaines plus tôt, elle avalait 42 kilomètres sur la Tamise, en cinq heures. Mais son principal objectif se trouve entre la France et l'Angleterre. " Une belle et jeune nageuse (sic), venue d'Australie, se propose de battre cette année le record [du Britannique Matthew] Webb lui-même en traversant la Manche à la nage ", écrit le quotidien Le Courrier de Tlemcen, le 25 août 1905. Ce jour-là, elle plonge dans une eau à 11°. Mais une " brusque saute de vent soulevant des vagues courtes " déjoue le plan de " la gracieuse Australienne " (sic, bis) de 19 ans (1). Annette Kellerman recommencera deux autres fois, et échouera tout autant. Son nom restera tout de même dans l'histoire, non pas parce que ses mensurations étaient celles se rapprochant le plus de la Vénus de Milo - un très sérieux professeur de Harvard avait procédé à des milliers de relevés. Pas davantage parce que celle que les médias australiens avaient surnommée " la sirène " ne savait, enfant, pas faire usage de ses jambes - atteinte de polio, à 6 ans, elle devait porter des bretelles d'acier pour redresser son corps et s'était mise à la natation sur les conseils de son médecin. Peut-être davantage car elle fut la première à pratiquer de la nage synchronisée - en 1908, un spectacle dans un cube de verre laisse la presse américaine admirative face à l'élégance de cette " jolie Miss Kellerman " (sic, ter) (2). Aussi car elle fut la première actrice, en 1916, à apparaître nue à l'écran - dans le film La Fille des dieux, drapée de sa longue chevelure façon Botticelli. Annette Kellerman a surtout inventé le maillot de bain. Pas encore le bikini (lui, il affolera les bords de mer dès 1946), mais la combinaison une pièce, moulante, légère, plus pratique pour nager que ces robes et pantalons dans lesquels les femmes, à l'aube du xxe siècle, étaient priées de barboter. Elle l'avait bricolé à partir de sous-vêtements. Sans manches, tellement de chairs visibles qu'elle fut arrêtée pour " indécence publique " sur une plage de Boston, en 1907. Puis sur d'autres, jusqu'à ce qu'un juge tranche en sa faveur (elle avait plaidé l'argument sportif) et en celles de toutes les baigneuses, autorisant ces dames à porter cette tenue aquatique, à condition de se couvrir d'une robe juste avant d'entrer dans l'eau. Et de se rhabiller illico en ressortant. Cause toujours. Elles ont fini par faire tomber les couches vestimentaires, ces effrontées. Malgré les censeurs qui arpentaient le sable, armés de leur mètre ruban pour vérifier que la distance réglementaire entre le tissu et le genou était bien respectée. Une arrestation se jouait au centimètre près. Pendant ce temps-là, " la femme physiquement la plus parfaite du monde " (sic, quater) (3) commercialisait ses maillots, qui finirent par porter son nom et entrer dans le langage courant. Et puis elle ouvrit des magasins de diététique et des spas, rédigea des livres sur la santé et le bien-être, fut l'héroïne d'un biopic ( La Première sirène, 1952) et fit disperser ses cendres au large de la Grande Barrière de corail, au lendemain du 6 novembre 1975.