LE PANTALON

Toujours mal vu dans les lycées de jeunes filles, où on le trouve " obscène ", le pantalon féminin fait désormais partie du quotidien. Mais bien qu'Yves Saint Laurent en ait fait une pièce centrale de son premier défilé de prêt-à-porter, deux ans auparavant, en 1968 c'est son côté pratique qui séduit des femmes de plus en plus actives professionnellement, davantage qu'une quelconque élégance.
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Toujours mal vu dans les lycées de jeunes filles, où on le trouve " obscène ", le pantalon féminin fait désormais partie du quotidien. Mais bien qu'Yves Saint Laurent en ait fait une pièce centrale de son premier défilé de prêt-à-porter, deux ans auparavant, en 1968 c'est son côté pratique qui séduit des femmes de plus en plus actives professionnellement, davantage qu'une quelconque élégance.Née en Angleterre, elle est le reflet d'une envie de liberté, en ce compris sexuelle. La pilule est passée par là, et avec elle l'invitation à " jouir sans entraves ". De plus en plus courte, la mini rompt avec la mode des fifties et même du début des années 1960, qui fait encore office de marqueur social (et aime jouer les mères-la-pudeur).A côté de la haute couture réservée à une élite et de la petite couturière habillant les bourgeoises de province, le prêt-à-porter et sa distribution de masse marquent une rupture sans précédent. Accessible à tous et toutes, la mode n'est plus un signe d'appartenance sociale mais un choix, avant tout générationnel. Désormais, les baby-boomers ne veulent plus se vêtir comme leurs parents.Inspiré par le vestiaire masculin, et plus particulièrement par le vêtement de travail ou l'uniforme, Yves Saint Laurent signe lui aussi une petite révolution. Deux ans après le smoking, il dessine la saharienne. Depuis, l'un comme l'autre reviennent régulièrement sur la scène mode, où ils ont acquis le statut d'icônes.Féministe et intellectuelle, la rousse flamboyante amène une autre vision de la mode, affranchissant la femme des conventions jusqu'alors en vigueur. Maille, rayures, coutures à l'envers, absence d'ourlet... autant de signes distinctifs de la maison qui porte son nom. En 1973, cinq ans à peine après la création de celleci, elle est adoubée par le milieu, qui l'élit vice-présidente de la Fédération de la couture et du prêt-à-porter.Vinyle souple, pièces de métal articulées, blouses transparentes... Autant de matières que Courrèges, Pierre Cardin et Paco Rabanne font entrer pour la première fois dans les garde-robes, suscitant par là autant l'admiration que le dédain. Reste que ce trio inventif, et ses nombreuses expérimentations, est indissociable de la mode des sixties et continuera longtemps à inspirer la création.Jetant le porte-jarretelles aux orties, les jeunes femmes s'emparent de ce collant révolutionnaire en Nylon. Tout un symbole de modernité, surtout à l'heure où les jupes n'en finissent plus de raccourcir, dévoilant des gambettes qu'il faut bien habiller... ou pas.Symbole de mixité, le denim a traversé l'Atlantique et avec lui son lot de fantasmes, entre emblème des rockeurs, étendard hippie et tenue de combat des manifestants contre la guerre du Vietnam. Préfigurant le mouvement baba cool et les pattes d'ef des années 1970, il grimpe aux barricades et martèle aussi le pavé de la vieille Europe, devenant l'uniforme international de la contestation.S'il existe dès le Moyen Age, où on le produit alors à partir de laine, la fin des années 1960 voit apparaître des déclinaisons synthétiques du jersey, dessinant une silhouette à la sensualité jusqu'ici inégalée. Proposant de longues robes fluides à grands motifs, les maisons Pucci ou Leonard, particulièrement, en font leur marque de fabrique. Le flower power n'est pas loin.