Le père de Mathilde, Patrick d'Udekem d'Acoz, est un personnage haut en couleur et bien de son temps, puisqu'au début des années soixante, dans la province de Luxembourg où il a élu domicile, il fait construire un dancing. Le Los Angeles rassemble toute la jeunesse en quête de la fièvre yéyé du samedi soir. Adamo et Dick Rivers font les beaux jours de l'endroit, qui accueille également des groupes aussi en vogue que the Spotnicks et les Surfs. Plus sérieusement, il est aussi un homme d'affaires avisé et un exploitant forestier expérimenté. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce qui compte par-dessus tout pour lui, c'est le bonheur de sa famille.
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Le père de Mathilde, Patrick d'Udekem d'Acoz, est un personnage haut en couleur et bien de son temps, puisqu'au début des années soixante, dans la province de Luxembourg où il a élu domicile, il fait construire un dancing. Le Los Angeles rassemble toute la jeunesse en quête de la fièvre yéyé du samedi soir. Adamo et Dick Rivers font les beaux jours de l'endroit, qui accueille également des groupes aussi en vogue que the Spotnicks et les Surfs. Plus sérieusement, il est aussi un homme d'affaires avisé et un exploitant forestier expérimenté. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce qui compte par-dessus tout pour lui, c'est le bonheur de sa famille.Originaire de Flandre-Occidentale, et plus précisément de Poperinge, Patrick d'Udekem d'Acoz a choisi de s'installer tout près de la frontière luxembourgeoise, au château de Losange, dans le village de Villers-la-Bonne Eau, dont il est par ailleurs le dernier bourgmestre avant la fusion des communes, en 1977. Il est ensuite conseiller communal de Bastogne et conseiller provincial sous l'étiquette libérale dont il est un militant de longue date.La demeure familiale remonte au Moyen Âge, quand Losange appartient à la puissante abbaye de Stavelot. Un demi-millénaire plus tard, on la retrouve dans les mains de la famille de Vaulx. Vu les dettes que la famille accumule, elle est reprise par le clan Trappé, propriétaire de la forge du Pont d'Oye. En 1832, un neveu par alliance des Trappé acquiert le domaine, qui reste dans les mains de la famille des van den Steen de Jehay jusqu'à son rachat, en 1958, par le comte Patrick d'Udekem d'Acoz. La légende veut qu'en ses murs, Umberto, futur roi d'Italie, ait rencontré la princesse Marie-José. Logique, quand on sait que la comtesse Maria van den Steen était une proche de la reine Élisabeth, dont, comme infirmière, elle avait partagé le quotidien durant la Première Guerre mondiale.Le journaliste Éric Burgraff a plongé dans les lointaines racines de la famille et livré le fruit de ses recherches au quotidien Le Soir. Il écrit avec justesse, en 1999 : "Des chevaliers! Tout au long de l'Ancien Régime, les d'Udekem étaient de ces faiseurs de légendes que sont les chevaliers. Ils tirent, semble-t-il, leur nom d'un fief dépendant de la seigneurie de Bierbeek : Undinckem. Il faut toutefois attendre 1468 pour disposer d'une généalogie ininterrompue de la famille. C'est de cette époque en effet que date un acte passé par le chevalier Georges d'Udekem lors de l'acquisition de la seigneurie de Guertechim.La famille s'illustre alors sur de nombreux champs de bataille. Les d'Udekem faisaient partie de ces chevaliers qui mettaient leur épée à la disposition des princes qui pouvaient leur assurer à la fois honneur et profit. Au xviie siècle, ils deviennent par mariage seigneurs de Gentinnes et de Limelette. Charles-Ghislain, militaire lui aussi, fut, en 1716, créé baron de Gentinnes par Charles VI. Un siècle plus tard, Jacques d'Udekem, dernier seigneur d'Acoz, était lui fait baron par le roi Guillaume Ier.Les d'Udekem actuels descendent en fait de Maximilien-François. L'un de ses lointains héritiers, le baron Albert d'Udekem, obtiendra en 1886 l'autorisation d'ajouter "d'Acoz" à son patronyme. Acoz était une ancienne seigneurie familiale proche de Gerpinnes.C'est également Albert qui transportera sa petite famille du Brabant vers la Flandre-Orientale.Maximilien, fils aîné d'Albert, donnera notamment naissance à Charles (ancien mayeur de Proven) lui-même père d'Henry, Raoul et Patrick d'Udekem d'Acoz. Henri est châtelain de Couthove (près de Poperinge dont il fut le bourgmestre CVP). Il est aussi président du conseil provincial de Flandre-Occidentale. Raoul habite aujourd'hui à Herne avec son épouse et ses enfants."Patrick d'Udekem d'Acoz épousera en 1971 Anne Komorowska. La mère de Mathilde est la fille du comte Léon-Michel Komorowski et de la princesse Sophia Sapieha-Kodenska. Elle délaisse la Pologne pour la région du Kivu, au Congo, avec sa famille qui fuit le régime communiste polonais, en 1957. Après des études d'infirmière, elle exerce son métier dans un hôpital bruxellois, pour ensuite se consacrer à l'éducation de ses cinq enfants : Mathilde, née à Uccle le 20 janvier 1973 ; Marie-Alix, née le 5 septembre 1974 et décédée tragiquement en compagnie de sa grand-mère en 1997 dans un accident de voiture ; Élisabeth, qui voit le jour le 17 janvier 1977 et épouse, en 2006, le marquis Alfonso Pallavicini; Hélène, qui vient au monde le 22 septembre 1979 et épouse, en 2011, Nicolas Janssen, le fils de Daniel Janssen, l'un des héritiers de l'empire Solvay ; et, enfin, le petit dernier, Charles-Henri, qui naît le 14 mai 1985.Mathilde coule des jours heureux durant son enfance au château de Losange. Élève sage, elle intègre ensuite l'institut de la Vierge fidèle, place Jamblinne de Meux, à Bruxelles, comme la plupart des jeunes filles de grande famille de l'époque. On n'en sait guère plus sur la jeune fille d'alors, qui ne défraie nullement la presse people, celle-ci ignorant même jusqu'à son existence. Tout au plus apprendon qu'elle fait des études de logopède à l'institut Marie Haps, école réputée en ce domaine à Bruxelles.Ses études terminées, volontaire dans plusieurs associations caritatives, Mathilde se rend en Amérique latine ainsi qu'en Inde. Poussée par ses parents, qui sont membres de l'ordre de Malte, elle fait plusieurs fois le pèlerinage de Lourdes, avec les malades que l'Ordre entoure. Elle rencontre sans aucun doute soeur Emmanuelle puisqu'elle est volontaire durant un mois et demi dans les bidonvilles du Caire et parmi ses chiffonniers, vivant la plupart du temps du maigre butin recueilli sur les décharges publiques.Revenue de tous ces périples, Mathilde décide d'ouvrir un cabinet de logopédie en nom propre, en même temps qu'elle s'occupe des enfants en difficulté de langage à l'école Sainte-Jeanne de Chantal, avenue Marcel Thiry, à Woluwe-Saint-Lambert. Désireuse de compléter sa formation, elle suit les cours de la faculté de psychologie à l'université catholique de Louvain, dont elle sortira diplômée. Elle vit, comme toute sa famille, la tragique disparition de sa soeur et de sa grand-mère, fauchées par un camion, avec une tristesse infinie et le sentiment d'une grande injustice. Marie-Alix avait 22 ans.D'aucuns estiment que la Belgique ne peut plus avoir de roi célibataire, ce qui justifie qu'Albert ne se soit pas effacé devant son fils lors de la succession de Baudouin, l'été 1993. Certes, on dit le prince timide, mais bien intrépide lorsqu'il est aux commandes d'un F16. On lui suppose des amours avec certaines princesses du Gotha. On nomme même une infante d'Espagne. Mais rien de très sérieux dans tout cela tout, ni dans les ragots qui entourent le prince héritier, que d'aucuns croient reconnaître dans certains cercles privés. La médisance sera bientôt balayée par l'annonce d'une nouvelle venue au sein de la famille royale. Philippe a plus de temps que ne lui en aurait donné une accession rapide au trône et peut donc affiner son choix. Albert et Paola fréquentent beaucoup l'aristocratie belge et sans nul doute, on échange, dans ces milieux, sur l'avenir sentimental de ses progénitures. Philippe ne dédaigne pas ces mondanités et on l'aperçoit fréquemment dans les fêtes et les rallyes organisés dans la haute société.La surprise est totale quand le Palais convoque la presse pour présenter la fiancée de Philippe. Personne n'en a jamais entendu parler et on n'a pas imaginé un mariage avec une enfant du pays. Quand le grand jour arrive, les journalistes soulignent spontanément la simplicité qui préside à cette manifestation sans fioritures. Et avec l'humilité qu'on lui connaît, Philippe insiste pour dire que personne ne lui a présenté l'élue de son coeur. Le choix ne revient qu'à lui.Désormais, le visage de la royauté va changer. Fions-nous à l'analyse qu'en fait le chroniqueur royal Patrick Weber : "Reprenant une tradition inaugurée sous Albert Ier et qui ne s'est plus démentie depuis, le couple princier apparaît comme un véritable team. On parle rarement de Philippe ou de Mathilde, mais on dit souvent "Philippe et Mathilde". Au fil du temps, la couronne de Belgique s'est élargie en englobant le rôle de l'épouse du souverain ou de l'héritier, jusqu'à en faire un partenaire indispensable. Il est loin le temps des Louise-Marie ou des Marie-Henriette, souveraines effacées et cantonnées dans leur rôle de pourvoyeuses d'héritiers. Aujourd'hui, les princesses existent en tant que telles et leur action est jugée au même titre que celle de leur époux. C'est ce qui rend leur rôle plus difficile, mais aussi tellement plus passionnant."Avant leur mariage, les fiancés se soumettent aux sacro-saintes "joyeuses entrées", une tradition que notre royaume perpétue depuis des siècles. Et ils n'en auront pas fini après leur mariage. Ce contact chaleureux avec la population ne leur apporte que de grandes satisfactions. Cette proximité leur permet par la suite de mieux appréhender encore les maux dont souffre notre société.Le mariage se déroule le 4 décembre 1999 lors d'une cérémonie assez sobre, présidée par le cardinal Danneels. On peut souligner toute l'émotion qui étreint Patrick d'Udekem d'Acoz, conduisant sa fille à l'autel pour la confier à Philippe. Quelques jours auparavant, moins solennelle a été la soirée au château de Laeken qui, autour des membres des deux familles et d'amis, a laissé libre cours à des musiciens et des choeurs devant les représentants de la société civile, ravis de se trouver dans une telle ambiance festive.C'est évidemment Édouard Vermeulen, de la maison Natan, qui a créé la robe de la mariée, le voile étant soutenu par le fameux diadème qui a été porté par la reine Astrid. Les noces terminées, le jeune couple princier prend la direction des Maldives et du Sri Lanka pour y passer sa lune de miel. Sitôt revenu, il prend possession du château de Laeken délaissé par Albert et Paola, qui sont désireux de conserver le Belvédère où ils se sentent, d'ailleurs encore aujourd'hui, si bien.En décembre 2000, soucieuse de poursuivre les actions qu'elle a entreprises alors qu'elle était encore célibataire, la princesse crée un fond d'entraide qui portera son nom, pour venir en soutien aux personnes les plus vulnérables, particulièrement aux jeunes des milieux défavorisés. Ce sont aujourd'hui des chèques de 10000 euros qui sont remis par la reine pour aider des projets imaginés dans ce but.Mais c'est aussi à son rôle de mère que la princesse va bientôt se consacrer. La princesse Élisabeth voit le jour le 23 octobre 2001; le prince Gabriel, le 20 août 2003; le prince Emmanuel, le 4 octobre 2005; et la petite dernière, la princesse Éléonore, naît le 16 avril 2008, alors que le père de Mathilde est très souffrant. Il décédera le 25 septembre de la même année.Dès son arrivée à la Cour de Belgique, la princesse a à coeur de nouer des liens privilégiés avec le Gotha. Nul n'ignore ses liens avec Maxima des Pays-Bas, qu'elle rencontre souvent. Cette dernière lui a d'ailleurs demandé d'être la marraine de sa fille Alexia, statut que Mathilde a également envers la fille de Mary de Danemark, Isabella. On retrouve bien entendu le couple princier aux grands anniversaires qui animent les familles régnantes, aux mariages, mais aussi aux funérailles. Tous ces contacts sont évidemment facilités par les connaissances linguistiques des princes. Ainsi Mathilde parle-t-elle avec aisance le français, le néerlandais, l'anglais et l'espagnol.Durant leurs vacances, qu'elles soient princières ou, aujourd'hui, royales, toute la famille se retrouve : durant le congé de carnaval, au ski; elle passe souvent la semaine sainte en Espagne, pour suivre l'une ou l'autre procession avec, nous confie-t-on, la princesse Maria Paloma de Bourbon-Deux-Siciles et son mari, l'archiduc Siméon d'Autriche ; enfin, l'été, le choix se porte sur l'île d'Yeu où les souverains ont acquis une propriété.Mais c'est évidemment l'investissement de Mathilde dans la défense de grandes causes humanitaires et planétaires qui sont souvent sous les feux de l'actualité. Représentante spéciale pour la vaccination de l'Organisation mondiale de la Santé, on la retrouve en 2005 comme émissaire des Nations unies autour de la problématique du microcrédit, si important pour le développement économique de petites communautés. Présidente d'honneur d'Unicef Belgique, représentante d'ONUSIDA, elle se rend souvent seule dans les pays touchés directement par ces préoccupations.Dès 2007, la princesse fréquente à Davos les grands décideurs de la planète, dans le cadre du club très fermé des Young Global Leaders du Forum économique mondial, qui se réunit chaque hiver dans la célèbre station suisse. À cette fin, elle a suivi une formation spéciale à Harvard.Mathilde, fidèle à son métier de logopède, prend part à des lectures à haute voix dans des bibliothèques publiques, notamment dans le cadre de projets d'alphabétisation. Elle s'implique aussi dans la recherche dont le but est de lutter contre les maladies cardio-vasculaires et le cancer.Elle deviendra au fil des ans une auditrice attentive du Concours musical international reine Élisabeth. D'abord aux côtés de la reine Fabiola. Plus tard comme présidente d'honneur. Dans ce but, elle s'est mise au piano et ne manque jamais d'amener ses enfants au concert.Un an avant de devenir reine, en 2012, Mathilde doit faire face sur un double front : la remise en cause de la monarchie dans certains milieux séparatistes flamands et les insinuations colportées par le journaliste Frédéric Deborsu dans un ouvrage intitulé Question(s) royale(s), dans lequel il rapporte une relation profonde et durable qu'aurait eue Philippe avec un homme, ce qui expliquerait son "mariage forcé" avec Mathilde.Le 21 juillet 2013, dans un pays en liesse, par la prestation de serment de Philippe, son époux, Mathilde devient la septième reine des Belges, sous le son des fanfares militaires et du feu d'artifice tiré depuis le palais des Académies, qui fait face à son homologue royal.En 2013, Le Vif/L'express publie un article tout en nuance sous la plume de nos excellents confrères Olivier Rogeau et Olivier Mouton. D'emblée, le ton est donné :"La princesse Mathilde sera une reine des Belges parfaite. Le constat est quasiment unanime, des médias au monde politique en passant par les cercles sociaux qu'elle fréquente assidûment : c'est comme si l'épouse de Philippe était prédestinée à ce rôle depuis sa plus tendre enfance. Consciencieuse, intelligente, respectueuse, charismatique, populaire, ambitieuse... : les qualificatifs ne manquent pas pour souligner à quel point elle remplit toutes les qualités.Aux côtés d'un Philippe attendu au tournant en Flandre, souvent mal à l'aise, moins naturellement doué, imprévisible parfois, cette logopède et psychologue de formation est en outre appelée à être son coach personnel en plus d'être la mère de ses quatre enfants. Elle devra le rassurer, l'accompagner, le tempérer dans ses élans tout en représentant avec lui le pays - un rôle que le futur roi sera immanquablement appelé à jouer davantage tandis que sa fonction politique pourrait être revue à la baisse. "C'est l'atout numéro un de Philippe", entend-on de toute part."Mais Mathilde serait-elle une reine parfaite au point de faire de l'ombre à son mari? Lisons les témoignages suivants, recueillis par Olivier Mouton et Olivier Rogeau.Feu Armand De Decker confie : "J'ai connu très vite Mathilde parce que j'étais un copain de son père Patrick à travers le MR, au sein duquel il était actif. Dès que l'on a appris qu'elle était la petite amie du prince, il ne m'a dit qu'une chose : "Parmi ses soeurs, je peux t'assurer que c'est elle qui était faite pour ça." Depuis, j'ai souvent eu l'occasion de parler avec elle, j'ai fait plusieurs missions à l'étranger en sa compagnie et je peux vous dire qu'il avait raison."Brigitte Balfoort, chroniqueuse royale sur VTM : "Elle est parfaite pour devenir reine et elle l'a été depuis le premier moment. Depuis la crèche, elle n'a commis aucun faux pas. C'est une femme très ambitieuse, qui s'est préparée pour une mission supérieure. J'ai parlé avec des gens qui la connaissaient quand elle était petite, à 12-13 ans, et elle était déjà comme ça. Son parcours est sans faute, pratiquement inhumain, bionique. Elle est à ce point consciente de son rôle qu'elle contrôle tout. Au point que je me demande si elle ne risque pas un jour de faire un burn-out. Le seul élément négatif que l'on pourrait épingler dans son CV, ce sont les tensions internes à sa famille."Et en réponse à Frédéric Deborsu, Brigitte Balfoort d'ajouter : " J'ai découvert en rédigeant ce livre qu'elle a en réalité rencontré Philippe lors d'une fête au château de Beloeil. Ils ont été présentés l'un à l'autre par l'hôte des lieux, le prince Antoine de Ligne. Le château de Beloeil, c'est un peu the place to be pour la noblesse belge. Et même si ce n'était pas arrangé, c'était sans doute le choix idéal pour Philippe. "Mais Mathilde, alors qu'elle s'apprête à exercer pleinement, en cet été 2013, ses fonctions de reine, n'est-elle pas trop présente ? " Donner trop de visibilité à Mathilde, c'est faire de l'ombre à Philippe, souligne Marc Lits, directeur de l'Observatoire du récit médiatique de l'UCL. Le Palais a donc dû rectifier le tir.Lors des visites officielles à l'étranger, deux fois plus de journalistes faisaient le déplacement quand Mathilde était du voyage. Les télés et les magazines people s'intéressaient davantage aux rencontres de la princesse et à ses tenues vestimentaires qu'aux rendez-vous du prince, chef de la mission économique. Les rôles ont alors été redéfinis. C'est Philippe qu'il fallait mettre en avant. "Est-ce là un danger pour l'équilibre royal ?, s'interrogent Olivier Mouton et Olivier Rogeau, "Il y a évidemment le risque que se crée un déséquilibre, dit ce ministre d'État, entre une épouse qui étudie facilement et Philippe qui lit beaucoup de choses, mais apprend moins vite, capte moins les subtilités des dossiers. Il veut bien faire, il est courageux, mais il est tout à fait traumatisé par sa jeunesse. Depuis qu'il est gosse, il ne peut rien dire parce que tout peut se retourner contre lui. ""Philippe étant terriblement peu sûr de lui, Mathilde est devenue son coach, souligne sa biographe, Brigitte Balfoort. Au début, cela devait être difficile à accepter pour lui. Mais elle répète sans cesse : nous sommes une équipe, nous faisons tout ensemble. On voit qu'elle fait de son mieux pour ne pas faire trop d'ombre. C'est la raison pour laquelle elle ne pourrait pas être expansive comme Maxima aux Pays-Bas."" Elle va vraiment épauler Philippe, souligne avec conviction Laurette Onkelinx, alors vice-Première socialiste du gouvernement fédéral, admirative devant cette princesse qui maîtrise parfaitement tous les rouages en matière de politique de santé et de justice sociale : "C'est une femme intelligente, forte, déterminée." Ne risque-t-elle pas de lui porter ombrage? "Non, parce qu'ils auront des rôles tellement différents. Ce n'est pas elle qui va rencontrer le Premier ministre, les ministres-présidents, les présidents de parti... Je suis persuadée qu'ils seront complémentaires. Et elle est suffisamment intelligente pour être diplomate. Je suis par ailleurs de celles et ceux qui pensent que la monarchie ne doit pas avoir peur d'évoluer pour se maintenir. Mathilde pourra jouer un rôle en ce sens." "Et cette réflexion prophétique de l'historien Vincent Dujardin, toujours en 2013 : "Paola n'est réellement entrée en phase avec la fonction qu'en cours de règne. Il faut dire qu'elle ne s'attendait pas à devenir reine un jour. Tandis que Fabiola avait épousé les habits de la reine tout de suite, et il y a fort à parier qu'il en sera de même avec Mathilde. En ce sens-là, il y aura sans doute un engagement plus fort de sa part qui rappelle l'épouse de Baudouin. "Mouton et Rogeau concluent leur article de cette manière : " L'influence de Mathilde sur Philippe est manifeste. Restera-t-elle dans les limites du raisonnable? Nos interlocuteurs se veulent rassurants. "Il est vrai que le règne de Mathilde auprès son royal époux débute sous le feu de certaines critiques. Ne voit-on pas beaucoup de prétention dans le fait de demander de remplacer le traditionnel " Madame " par " Majesté ", quand on s'adresse à elle. Ne dit-on pas aussi, et cela nous a été confirmé de bonne source, qu'elle aurait rompu avec de nombreux membres de sa famille pour se concentrer essentiellement sur sa nouvelle fonction? Elle aurait aussi sacrifié, sur le trône de la monarchie, de solides amitiés. Certes, elle est ambitieuse, comme toutes les femmes de sa génération qui exercent du pouvoir. Et si elle se montre très exigeante envers ses collaborateurs, c'est parce qu'elle l'est avant tout pour elle-même. Un photographe a confié que lorsqu'elle estime une photo quelque peu banale, elle reprend volontiers la pause, et plusieurs fois si nécessaire, jusqu'à qu'elle juge le cliché parfait. Elle serait, à en croire des familiers, une hyper-reine au caractère bien trempé.Ce dynamisme et cette volonté de tout contrôler, Mathilde les met au service de ses enfants, qui suivent un cursus en néerlandais, sans doute pour équilibrer la pratique du français, qui est l'habitude de la maison. Et quand elle parcourt le monde, la reine n'oublie jamais la conversation quotidienne qu'elle entretient par Skype avec ses enfants. Ce qui ne l'a pas empêchée de faire une intervention télévisée largement diffusée mettant en garde les jeunes contre les dangers des réseaux sociaux et de l'hypercommunication à travers eux.C'est avec la même détermination qu'elle choisit ses toilettes. Son créateur favori, Édouard Vermeulen, de la maison Natan, confie au magazine Point de vue : " Oui, cela fait vingt ans que nous travaillons ensemble. La confiance facilite les choses. Parfois on me dit : "C'est vous qui habillez la reine Mathilde ?" Je réponds que c'est elle qui crée son style, elle sait très bien ce qu'elle désire. Vous savez, habiller une reine est très différent d'habiller une star des podiums et des cinémas. Les gens ont une idée précise de ce qu'ils aiment voir porter par les membres de la famille royale. En quelques mots essentiels : élégance et esprit couture. "Même son de cloche chez Fabienne Delvigne, créatrice de chapeaux portés par plusieurs familles royales, qui confie : " La reine vient ici dans mon petit atelier en toute simplicité comme, d'ailleurs, Maxima des Pays-Bas. Le dessin du chapeau naît d'un échange entre les désirs de la reine et mes conseils, que j'espère avisés. Mais de plus en plus, vu l'agenda chargé de la souveraine, nous nous rendons au palais de Laeken pour les essayages en compagnie des autres créateurs. "Mais Mathilde poursuit avec minutie ses activités professionnelles. En 2016, le secrétaire général de l'ONU nomme la reine comme défenseur des objectifs du développement durable. À cette fin, elle est chargée avec quinze autres personnalités, dont la princesse Victoria de Suède, de mobiliser la communauté internationale afin d'atteindre ces objectifs.Les visites officielles ou semi-privées à l'étranger suivent leur cours, tout comme l'accueil de dirigeants étrangers. Épinglons la très belle réception qui a été réservée au président Macron et son épouse, en novembre 2018, une visite d'État qui n'avait plus eu lieu depuis celle de Georges Pompidou en... 1971. En juillet 2019, le couple royal s'est rendu en Allemagne, l'occasion de se recueillir au camp de concentration de Buchenwald où bon nombre de Belges ont été déportés. La seule évasion réussie de cet enfer a été d'ailleurs le fait d'un Belge. Ensuite, les souverains se sont rendus au château de Gotha pour se remémorer les racines de la famille régnante de Belgique, originaire de cette ville, ainsi que de celle de Cobourg.Faisons un dernier détour par une des passions de la reine, la lecture. Elle fréquente avec enthousiasme, parfois accompagnée de ses enfants, une grande librairie bien connue de la capitale. De plus, l'auteur de ces lignes, qui est aussi président de la Foire du livre de Bruxelles, a personnellement eu le plaisir de l'accueillir lors de cet événement, dont l'invité d'honneur était, en 2019, la Flandre. La reine s'est prêtée au jeu d'un atelier de lecture avec des enfants de deux communautés linguistiques qui se sont appliqués à lui présenter des projets dans le cadre d'une meilleure compréhension des textes. Ensuite, la reine a déambulé dans les allées, photographiée spontanément et sans aucun protocole au milieu d'écoliers de toutes origines, émerveillés devant tant de simplicité et de gentillesse à leur égard.