Six ans après la sortie de ce qui sera un best-seller Congo. Une histoire, paraissait une nouvelle fresque monumentale et tragique de la colonisation de l'Afrique centrale, Il est à toi ce beau pays. Points communs entre les deux ouvrages, ils comptent chacun plus de 700 pages et leur couverture est illustrée par une photo en clair-obscur de visage africain émergeant d'un fond noir. Dans le roman de l'auteure franco-américaine d'origine guade-loupéenne, Léopold II est qualifié de "saigneur du Congo". Il apparaît comme un monstre de cynisme, qui prétend coloniser le coeur du continent noir pour éradiquer l'esclavage, alors qu'il n'a en tête que le pillage du pays, "théâtre d'un crime qui marque au fer rouge le XXe siècle ". Du palais royal de Bruxelles aux forêts tropicales, on croise, au fil des pages, le roi des Belges, mais aussi Henry Morton Stanley, son envoyé spécial en Afrique centrale, ou encore Joseph Conrad, qui a commandé le steamer Roi-des-Belges sur le fleuve Congo en 1890. L'écrivain et aventurier a tiré de cette expérience la nouvelle Au coeur des ténèbres (1899), la plus célèbre oeuvre de fiction inspirée par l'Afrique coloniale, centrée sur la folie de Kurtz, un collecteur d'ivoire. D'autres acteurs du cheminement de la "question congolaise" défilent dans le roman, don...

Six ans après la sortie de ce qui sera un best-seller Congo. Une histoire, paraissait une nouvelle fresque monumentale et tragique de la colonisation de l'Afrique centrale, Il est à toi ce beau pays. Points communs entre les deux ouvrages, ils comptent chacun plus de 700 pages et leur couverture est illustrée par une photo en clair-obscur de visage africain émergeant d'un fond noir. Dans le roman de l'auteure franco-américaine d'origine guade-loupéenne, Léopold II est qualifié de "saigneur du Congo". Il apparaît comme un monstre de cynisme, qui prétend coloniser le coeur du continent noir pour éradiquer l'esclavage, alors qu'il n'a en tête que le pillage du pays, "théâtre d'un crime qui marque au fer rouge le XXe siècle ". Du palais royal de Bruxelles aux forêts tropicales, on croise, au fil des pages, le roi des Belges, mais aussi Henry Morton Stanley, son envoyé spécial en Afrique centrale, ou encore Joseph Conrad, qui a commandé le steamer Roi-des-Belges sur le fleuve Congo en 1890. L'écrivain et aventurier a tiré de cette expérience la nouvelle Au coeur des ténèbres (1899), la plus célèbre oeuvre de fiction inspirée par l'Afrique coloniale, centrée sur la folie de Kurtz, un collecteur d'ivoire. D'autres acteurs du cheminement de la "question congolaise" défilent dans le roman, dont le pasteur afro-américain George Washington Williams, le premier à dénoncer, sans outrance mais de façon méthodique, la gestion du territoire colonial dans sa Lettre ouverte à sa Majesté sereine Léopold II (1890). En 2020, le jeune auteur français Paul Kawczak retrace lui aussi l'abomination de la colonisation à travers l'expérience de Pierre Claes, un jeune géomètre belge " mandaté par le roi pour démanteler l'Afrique ". Son terrible roman Ténèbre, plus qu'une allusion à Conrad, s'ouvre avec cette citation de l'historien congolais Isidore Ndaywel è Nziem : "On est donc porté à conclure que, de 1880 à 1930, environ 10 millions de Congolais - en tout cas bien plus de 5 millions - auraient disparu, victimes de la "civilisation"".La démarche "documentée et historique" de Jennifer Richard a des précédents en littérature et en BD. En 2013, l'auteur péruvien Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, publie Le Rêve du Celte (Gallimard), roman inspiré de la vie de Roger Casement. La même année sort Le Bureau des reptiles, le premier roman de Marcel-Sylvain Godfroid (Weyrich, 2013), fruit de longues recherches à la Bibliothèque nationale. Dans ce récit percutant, un jeune journaliste belge enquête, à la fin du XIXe siècle, dans les allées du pouvoir royal. Le "bureau des reptiles" désigne le service de presse mis sur pied par le deuxième roi des Belges pour chanter les louanges de son entreprise coloniale. Une officine rebaptisée ironiquement "Fonds des reptiles" par les journalistes belges, car l'une de ses missions secrètes est de distribuer aux journaux influents des enveloppes copieusement garnies. Pour l'auteur, le drame du Congo léopoldien est " le plus terrible scandale de l'histoire de la Belgique ".Léo Dover, le jeune journaliste héros du Bureau des reptiles, couvre l'Exposition universelle de Bruxelles de 1897, située au parc du Cinquantenaire et à Tervuren. Parmi les "attractions" à succès, il y a ces 65 Congolais logés dans des " villages africains " reconstitués dans le parc de Tervuren afin d'illustrer le rôle civilisateur que Léopold II s'est attribué. On retrouve à peu près le même point de départ dans le 4e tome de la BD Africa Dream, titré Un procès colonial : une journaliste découvre, en compagnie du roi, les villages de Tervuren, " zoo humain " où sont montrés " 300 (!) Congolais " venus d'Afrique. L'album revient sur le sort des populations congolaises qui ont subi exactions, famine, torture, meurtres, déportation.Les abus du régime léopoldien au Congo et, plus largement, la violence physique et morale du passé colonial belge inspirent aussi le monde du théâtre en Belgique. Ces deux dernières années a circulé, en Wallonie et à Bruxelles, la pièce Colon (ial) oscopie, de et avec Geneviève Voisin. Le pitch : l'amicale des anciens d'Afrique organise une conférence à Kinshasa, précédée d'un récital de chansons " exotiques et coloniales " donné par une descendante de colons, admiratrice de " l'oeuvre civilisatrice " de Léopold II. Au passage, le chiffre de " 20 millions de morts " causés par son régime est avancé. En 2005, le théâtre des Martyrs, à Bruxelles, a créé King Léopold II. Tirée du Soliloque du roi Léopold, le pamphlet de Mark Twain publié en 1905, la pièce a été considérée dans les milieux patriotiques comme insultante pour le roi des Belges et le pays. A ceux qui les ont accusés de faire le jeu des nationalistes flamands antimonarchistes, les auteurs ont répliqué en invoquant le " devoir de mémoire ".