Ce qui suit explique bien des choses... ou les complique. Charles II, dernier représentant des Habsbourg d'Espagne, est le cinquième et dernier enfant issu du deuxième mariage de son père Philippe IV avec sa cousine Marie-Anne d'Autriche. Elle est la fille de Ferdinand III, empereur du Saint-Empire romain germanique, et de Marie-Anne d'Espagne, qui est aussi la soeur de Philippe IV, père de Charles II. Qu'est-ce que cela signifie concrètement? Que Marie-Anne d'Espagne est à la fois sa grand-mère (du côté maternel) et sa tante (côté paternel).
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Ce qui suit explique bien des choses... ou les complique. Charles II, dernier représentant des Habsbourg d'Espagne, est le cinquième et dernier enfant issu du deuxième mariage de son père Philippe IV avec sa cousine Marie-Anne d'Autriche. Elle est la fille de Ferdinand III, empereur du Saint-Empire romain germanique, et de Marie-Anne d'Espagne, qui est aussi la soeur de Philippe IV, père de Charles II. Qu'est-ce que cela signifie concrètement? Que Marie-Anne d'Espagne est à la fois sa grand-mère (du côté maternel) et sa tante (côté paternel).Mieux ! La mère de Philippe IV, père de Charles II et de Marie-Anne d'Espagne, grand-mère et tante du même Charles II, est Marguerite d'Autriche. Celle-ci est la soeur de Ferdinand II, empereur du Saint-Empire romain, et le père de l'empereur Ferdinand III, celui-là même qui épouse Marie-Anne d'Espagne et sera le grand-père de Charles II. En clair? Cela veut dire que la grand-mère paternelle de Charles II, Marguerite d'Autriche, est la soeur de son arrière-grand-père maternel, l'empereur Ferdinand II. Un casse-tête... génétique. Si cela semble cocasse, dans les faits, ce ne l'est pas. La consanguinité explique parfois l'arrivée sur le trône de déficients qui n'ont pas grand-chose à y faire.Poussée à l'extrême, elle mène même parfois à la disparition de toute la dynastie d'Espagne. Charles II cumule toutes les conséquences négatives des mariages intrafamiliaux. Il se dit lui-même "ensorcelé ". "Les Habsbourg se transmettaient non seulement le prognathisme, mais aussi diverses affections dues à la pratique de l'inceste, au point que le dernier allait s'effondrer physiquement en même temps que son royaume ", lit-on de la main de Cees Nooteboom, dans un ouvrage intitulé Désir d'Espagne. Mes détours vers Santiago (1993, Actes Sud).La consanguinité culmine chez le roi Charles II, qui souffre d'une quantité de problèmes graves. Les descriptions de Charles II (1661 - 1700) sont en effet assez effrayantes : il a une énorme tête, sa mâchoire inférieure est si avancée qu'il ne sait pas superposer ses deux mâchoires et ne peut donc mâcher, sa langue est si grosse qu'il peut à peine parler, son intelligence est limitée, il est déséquilibré mentalement et marche avec difficulté. À 35 ans, il est chauve, épileptique, édenté, myope et sénile. Charles souffre probablement de douleurs permanentes. C'est un miracle qu'il atteigne finalement l'âge de 39 ans. Il est donc pratiquement incapable de gouverner et c'est sa mère qui reçoit les honneurs. Il se marie deux fois, mais se révèle impuissant. Il n'est donc pas question de descendance. La population voit dans le déclin physique de son roi l'oeuvre du diable. Des exorcistes sont même chargés de venir délivrer l'"ensorcelé", mais en vain. Charles II est le résultat de générations d'endogamie irréfléchie.Avec le menton prononcé, caractéristique des Habsbourg, Charles Quint (1500 - 1558) a le même problème, ainsi qu'on le voit sur plusieurs peintures. La lèvre épaisse apparaît assez vite, elle aussi. Les Habsbourg ne sont certainement pas les plus beaux, mais ils forment pendant plusieurs siècles une puissante dynastie en Europe et en dehors. En raison de leur politique matrimoniale malheureuse, ils seront toutefois victimes d'une grave dégénérescence.Pour mesurer les conséquences négatives de cette consanguinité, Gonzalo Alvarez, de l'université de Saint-Jacques de Compostelle, s'est livré en 2009 à une importante recherche. Sur la base des informations généalogiques de Charles II et de 3 000 de ses parents appartenant à seize générations, il calcule un coefficient de consanguinité symbolisé par la lettre F. Celle-ci indique à quel point les gènes sont identiques en raison des ascendances communes des parents. Le F augmente de manière frappante d'une génération à l'autre et, plus il y a de consanguinité, plus sa valeur est élevée. Alvarez constate que le premier roi de la dynastie espagnole des Habsbourg, Philippe Ier (1478 - 1506, époux de Jeanne de Castille), présente un coefficient F assez faible de 0,025. Ce chiffre passe à 0,254 chez Charles II, c'est-à-dire qu'il a plus que décuplé. Cela signifie que Charles II est porteur de copies identiques d'un quart de ses gènes.L'analyse d'Alvarez a également montré que la très forte mortalité infantile chez les Habsbourg découlait de la consanguinité. 60 % des bébés n'atteignent pas l'âge d'un an, 50 % meurent avant leur dixième anniversaire. Plus le coefficient F est élevé, plus la mortalité infantile est forte. De moins en moins d'enfants parviennent à l'âge adulte, si bien que le pouvoir finit par revenir au dernier survivant (si on peut dire), en l'occurrence, le lourdement handicapé Charles II. Sur les cinq fils de Philippe IV, celui-ci est le seul à encore être en vie. Ses nombreux problèmes de santé sont effectivement causés par une forte consanguinité, confirme le professeur Alvarez. Ils sont notamment liés à une affection héréditaire de la glande thyroïde.Sans enfants, Charles tente à la fin de sa vie de désigner un successeur en la personne de Philippe de Bourbon, duc d'Anjou et petitfils de Louis XIV, qui devient ainsi Philippe V d'Espagne. Mais quelques mois plus tard, en 1701, la guerre de succession éclate. Le conflit prend fin en 1713 avec la paix d'Utrecht. Philippe V reste sur le trône, tandis que les Pays-Bas passent aux mains des Habsbourg d'Autriche.