Pendant six semaines, Le Vif vous emmène à la découverte des contes et légendes de Wallonie. Cette semaine : en route vers la province de Liège. Theux réunit tout un bestiaire de créatures fantastiques. A commencer par le Vert Bouc, gardien du trésor du château de Franchimont, l'une des douze places fortes de la Principauté. Profitez-en pour vous balader dans la région, Le Vif vous propose ses bons plans pour manger, boire et dormir.
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Le Vert Bouc domine le paysage theutois des contes et légendes, puisqu'il est commis à la surveillance du trésor du château de Franchimont, héros malicieux d'une foire médiévale qui s'y tient les années paires. " C'est un homme-bouc, en allemand werbock, comme werwolf pour loup-garou, une créature diabolique chargée de veiller sur un trésor secret ", expose Albert Moxhet, chercheur theutois en traditions et collaborateur scientifique du Musée en Piconrue, à Bastogne. " Avant de partir aux croisades, développe-t-il, le seigneur de Franchimont avait caché une partie de sa fortune dans le puits de son château et confié sa garde au Vert Bouc. Des villageois ayant appris que ce dernier relâchait sa surveillance à Noël, une heure avant minuit, ils réussirent ce soir-là à hisser le coffre au trésor, mais l'un d'eux se coinça un doigt contre la margelle, poussa un juron, ce qui alerta le Vert Bouc, et laissa retomber le coffre. " Un trésor peut en cacher un autre... Pour Patrick Hoffsummer (ULiège) qui, déjà gamin, participait aux fouilles du vieux château, " les connaissances scientifiques sont un trésor. L'exploration du puits, large de 2,5 mètres et d'une profondeur évaluée à 60 mètres, n'est pas terminée. Seuls les 23 premiers mètres ont été déblayés. On espère y trouver du matériel archéologique et comprendre d'où venait l'eau, car la présence d'un point d'eau pourrait expliquer l'emplacement du château, qui n'a pas été construit à l'endroit le plus élevé de Theux. " Depuis 1967, les Compagnons de Franchimont, que préside l'archéologue theutois, stabilisent les ruines en y projetant du ciment par la technique du gunitage ; ils restaurent ce qui peut l'être dans le respect du prescrit patrimonial (les ruines sont classées), par endroit, avec de l'acier corten (le fournil) ou de la tôle (les escaliers) ; ils remettent les pierres taillées à leur juste place et sont en train de reconstituer le château dans son état de 1705 grâce aux techniques de réalité augmentée. Le tout, sans altérer le charme romantique qui avait séduit Walter Scott, William Turner et le photographe Gustave de Beaucorps, qui en a tiré deux calotypes ( NDLR : l'ancêtre de la photographie) en 1857. Propriétaire des lieux, la commune de Theux a confié les antiques ruines aux Compagnons, des bénévoles aussi passionnés que complémentaires. Les travaux sont réalisés sur fonds propres grâce aux visites payantes et à de rares subsides. Pour découvrir nos bons plans dans la région, cliquez sur les icônes de la carte.Une vingtaine de contes et légendes sont repris sur le site du syndicat d'initiative de Theux. Certains font référence à des âges très lointains, comme le récit du Mur du diable. Irrité par le succès de saint Remacle qui mit fin aux cultes païens, le diable voulut inonder Franchimont en construisant un barrage sur la Hoëgne. Hermès, saint protecteur de Theux, le fit sauter en trois coups de bâton. Les bois et prairies d'aujourd'hui sont domestiqués par des chemins bien balisés. La commune en compte quelque 200 kilomètres. Autrefois, ils étaient peuplés de leuwerous, des loups de grande taille qu'on disait invulnérables, jusqu'à ce qu'un homme de Sassor abattit sa cognée sur l'un d'entre eux pour défendre son petit garçon qui devint, cela va de soi, un moine pieux. Les bois étaient aussi hantés par la Bête du Staneux, un avatar de Mithra (les trouvailles du site gallo-romain de Juslenville se trouvent au musée d'archéologie et de folklore de Verviers), une sorte de centaure au corps de cheval et buste de femme qui faisait la chasse aux habitants. Un texte de 1476 atteste que les habitants de Polleur acquirent le droit au bois mort du Staneux après avoir tué une beste... Les années paires, le village de Polleur se réveille en costumes 1900 pour célébrer la fête du Coucou (pour " couard "), qui commémore la traque de la Bête et le jugement du dernier jeune marié de l'année. Celui-ci, pour ne pas avoir participé au combat, est jeté rituellement dans la Hoëgne, du haut du vieux pont romain. Autre géographie, autre atmosphère. Sur une colline voisine, le Thier du Gibet évoque l'époque bien réelle où les condamnés à mort qui avaient croupi dans les geôles du château de Franchimont étaient pendus. Ce lieu offre une vue spectaculaire sur la " fenêtre de Theux ", un phénomène géologique unique en Belgique, qui a fait remonter à la surface des terrains sous-jacents de roche calcaire. De nombreuses espèces animales et végétales typiques des milieux chauds et secs apprécient cette pelouse calcicole intégrée dans le réseau européen Natura 2000. Des moutons y pâturent, sagement clôturés. La légende raconte qu'une petite masure s'élevait au sommet du rocher où se trouve actuellement la chapelle Fyon. Elle était habitée par un couple de pauvres paysans qui avaient recueilli un garçonnet abandonné. En grandissant, celui-ci devint la terreur des braves gens de Juslenville. Un jour, sous couvert de l'aider, il déposa un fagot de sapinette sur le dos d'une vieille femme et y bouta le feu. Une bonne fée intervint et le transforma en chèvre au pelage rougeâtre ( lu rodge gatte) auquel, depuis, on attribue les départs de feu sur le Thier du Gibet. " C'est encore la chèvre rouge ! " Sur le versant opposé de la " fenêtre de Theux ", le ravin de Hodbomont a été exploité pour son marbre noir, un calcaire très dense qui devient noir au polissage. Toutefois, cette activité dérangeait les macrâles (sorcières) qui avaient l'habitude de se réunir au lieu-dit Sur les Heids . Elles détournèrent le cours du petit ruisseau nommé Wayot pour inonder le chantier et transformèrent le noble matériau en vile pierre grise. Le propriétaire de la carrière et ses deux fils moururent, les maladroits, en trébuchant sur une souche. Le maléfice ne fut levé qu'à la condition que le marbre noir soit utilisé à des fins sacrées, comme dans l'église des Saints-Hermès-et-Alexandre de Theux, et, dit-on, à Saint-Pierre de Rome. Sur le plateau boisé de La Reid, le parc animalier Forestia accueille des espèces sauvages (ours, loups, cerfs, etc.) jadis endémiques. Un humérus d'ours brun a été découvert lors des fouilles du château de Franchimont, parmi les 5 000 ossements identifiés. Une Route des légendes relie opportunément les petits villages ardennais : Hodbomont, Jevoumont, Becco. Il y a bien longtemps, deux bûcherons de Becco embourbèrent leur char à boeufs en remontant de la vallée de l'Ourlaine. Un inconnu proposa de paver le chemin en échange de leur obéissance dès lors qu'ils y auraient posé le pied. Le curé conseilla aux deux benêts de ne jamais descendre de leur char. Furieux, le diable défit son ouvrage et la voie forestière prit le nom de Thier d'leyi (côte délaissée). Il y eut aussi l'épisode effrayant de Gorr, le roi des loups, le mangeur d'hommes, et de sa troupe hargneuse de loups-garous. Un soir qu'il se rendait à Franchimont, égaré dans les bois par leurs sortilèges, un pèlerin fut acculé par les monstres, mais il brandit ses médailles saintes et récita ses prières. Gorr se tordit en convulsions et désapprit de s'en prendre aux pauvres voyageurs. Créée par un mécène de la fin du xixe siècle, on aurait pu croire la charmille du Haut-Marêt, à La Reid, aux antipodes de ces fantasmagories. Pourtant, sa double rangée de charmes courbés l'un vers l'autre sur des arceaux métalliques, d'une longueur exceptionnelle (573 mètres), produit un effet troublant de rêve éveillé. Si vous souhaitez vous balader dans la région, Wallonie Bruxelles Tourisme vous propose une balade de 5,3 kilomètres. Vous la retrouverez dans la carte ci-dessus ou vous pouvez la télécharger en format GPX sur le site de Wallonie Bruxelles Tourisme.