Cela faisait quelques jours que la crise était dans l'air. Comment augmenter les recettes publiques ? Et réduire les dépenses ? Depuis des mois, les gouvernements trébuchent et se succèdent sur ces questions. Mais en cette fin mars 1981, alors que le franc belge dévisse complètement, l'heure est grave. Le dimanche 29, Martens convoque un conseil des ministres en urgence. En début de soirée, tout le monde est là pour écouter les mesures proposées par le Premier ministre. Suspension de l'indexation, ré...

Cela faisait quelques jours que la crise était dans l'air. Comment augmenter les recettes publiques ? Et réduire les dépenses ? Depuis des mois, les gouvernements trébuchent et se succèdent sur ces questions. Mais en cette fin mars 1981, alors que le franc belge dévisse complètement, l'heure est grave. Le dimanche 29, Martens convoque un conseil des ministres en urgence. En début de soirée, tout le monde est là pour écouter les mesures proposées par le Premier ministre. Suspension de l'indexation, révision de l'accord interprofessionnel, réduction des salaires, blocage des prix... L'artillerie est lourde ! Trop lourde pour les socialistes. " Dangereux ", condamne Guy Mathot. " Improvisation ", estime Willy Claes. " Provocation ", balance Philippe Moureaux. A 20 h 35, la séance est suspendue. A 3 h 55, elle est rouverte. Mais sans qu'aucune éclaircie soit venue illuminer la nuit. Le mardi 31 mars, Wilfried Martens réunit à nouveau les ministres. Mais son ultime proposition ne reçoit toujours pas l'aval des socialistes. L'échec est patent. A 9 h 20, le Premier s'en va présenter la démission du gouvernement au roi. Une heure plus tard, il est de retour au 16, rue de la Loi. " Le roi tient sa décision en suspens ", indique-t-il à ses futurs ex-collègues. Au Palais, on est plutôt ennuyé. Une crise gouvernementale ? Ce n'est pas le moment. A 11 heures, le souverain doit accueillir la reine Beatrix des Pays-Bas qui entame une visite de trois jours en Belgique. Plus fondamentalement, le souverain est conscient qu'un gouvernement solide est nécessaire pour affronter la crise monétaire. Alors, il imagine un plan. Discrètement, il lance les invitations. A 17 heures, ils sont tous là. Devant lui se trouvent les plus hauts décideurs politiques, économiques et syndicaux du pays. Il leur tient un discours sévère. " Nous sommes en guerre. Guerre pour la survie de notre appareil économique, pour le bien-être de tous et surtout des moins favorisés. " La crise ? " Il est indispensable qu'elle soit brève ", conclut-il. Le lendemain, la presse salue une " initiative historique ", un " rappel à l'ordre ", une " thérapie de choc ". Dans le Standaard, Manu Ruys félicite le roi d'avoir convoqué " le pays réel plutôt que le pays légal ". Deux jours plus tard, Baudouin accepte la démission de Wilfried Martens, et confie à Mark Eyskens le soin de former un gouvernement. Le 6 avril, la nouvelle équipe prête serment. La crise n'aura duré que six jours. Peut-être aussi parce que Baudouin s'était mis en colère.