En ces temps de guerre froide, il tient à faire lui-même un petit pas en vue de rapprocher les deux blocs. Mais la chose est délicate. Car si des ministres belges se sont déjà rendus en Union soviétique, une visite royale a encore une autre portée ! Se suivant à la tête de la diplomatie belge de 1961 à 1973, Paul-Henri Spaak et Pierre Harmel s'opposent tous deux à la volonté royale.
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En ces temps de guerre froide, il tient à faire lui-même un petit pas en vue de rapprocher les deux blocs. Mais la chose est délicate. Car si des ministres belges se sont déjà rendus en Union soviétique, une visite royale a encore une autre portée ! Se suivant à la tête de la diplomatie belge de 1961 à 1973, Paul-Henri Spaak et Pierre Harmel s'opposent tous deux à la volonté royale. Leur successeur, lui, est d'un autre avis. Renaat Van Elslande accepte le principe d'un déplacement. Durant de longs mois, celui-ci est secrètement préparé. La délégation est minutieusement composée : dans la suite de Baudouin et Fabiola, on trouve le Premier ministre LeoTindemans, Renaat Van Elslande, le haut fonctionnaire Etienne Davignon et quelques autres. Le programme royal prévoit des éléments essentiellement culturels et scientifiques, la dimension politique étant laissée aux ministres. Le 23 juin, la délégation s'envole. Dîner de gala. Le roi profite du toast pour prononcer un discours... très polémique ! " Pour nous, le succès d'une conception de vie ne peut se mesurer à son extension géographique, si elle n'est pas l'expression de la libre volonté des populations concernées ", déclare Baudouin. Malaise dans la salle. Et division dans la presse. A Bruxelles, Le Soir dénonce " un discours éminemment politique (...) qui fut prononcé à un mauvais moment et qui contenait des passages maladroits ". Plus délicat : avant de s'envoler, Leo Tindemans avait publiquement annoncé qu'il rencontrerait probablement Leonid Brejnev, l'homme fort du Kremlin.Sauf que... le Premier ministre n'obtient pas le rendez-vous espéré. Alors que la visite est sur le point de se terminer, les analystes estiment déjà que celle-ci n'est pas un succès. Reste à déterminer les responsabilités. Et à identifier les coupables. " Pourquoi M. Tindemans a-t-il essuyé un échec diplomatique ? ", se demande La Libre Belgique. La presse enquête. Et chacun y prend pour son grade : Etienne Davignon (le diplomate qui aurait convaincu le roi de se faire accompagner du Premier) ; Leo Tindemans (qui aurait insuffisamment préparé son déplacement) ; les Affaires étrangères (dont les notes de synthèse seraient trop longues et datées) ; l'ambassadeur belge à Moscou (qui aurait dû savoir que Brejnev allait ignorer Tindemans)... Echec total ? Non. Alors qu'il s'apprête à prendre son vol de retour vers Bruxelles, Etienne Davignon reçoit un coup de fil. Aux Affaires étrangères depuis une quinzaine d'années, le diplomate est considéré comme plus influent que ses ministres. Un vieil ami soviétique lui propose de se rendre au Kremlin. Où il est introduit auprès de... Brejnev ! Le dialogue est de peu d'intérêt, le secrétaire général du Parti communiste étant surtout préoccupé par sa propre boîte à cigarettes. Mais en tant que telle, cette rencontre est une petite bombe. Qui n'éclatera pas : jamais l'affaire ne sera révélée dans la presse.