Lors d'un sommet extraordinaire la semaine dernière, les Vingt-Sept et la Première ministre britannique Theresa May se sont entendus sur un report de la date-butoir du Brexit au 31 octobre prochain, voire plus tôt si le Parlement britannique ratifiait l'accord de retrait. Le tout, à condition que le Royaume-Uni participe aux élections européennes de mai, sans quoi le Brexit aura lieu le 1er juin.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, y voit l'opportunité d'une "pause du Brexit" afin de se concentrer sur des points "plus positifs", comme la conclusion d'accords commerciaux, la désignation des nouveaux dirigeants de ses institutions ou encore la discussion épineuse sur le budget de l'UE pour la période 2021-2027. "C'est plus important que les péripéties qui gravitent autour du Brexit (...) Et s'il y a un souhait de rester dans l'UE, nous pouvons en parler. Le Brexit n'est pas l'avenir de l'Europe, l'Europe continue", a-t-il lancé.

Le président du Conseil Donald Tusk n'a lui non plus pas voulu exclure le scénario d'une remise en cause du Brexit. "En ce moment assez difficile de notre histoire, nous avons besoin de rêveurs et de rêves. Nous ne pouvons céder au fatalisme", a-t-il dit. "Nous parlons trop du Brexit, trop peu du reste", a embrayé le député Esteban González Pons pour le PPE (conservateurs), la plus importante formation de l'hémicycle. Udo Bulmann, chef de groupe du S&D (socialistes), deuxième formation du Parlement, s'est même dit convaincu qu'après les élections de mai, "nous aurons de nouveaux débats au Royaume-Uni. "Ce sera le début de la fin du Brexit, car les citoyens auront la possibilité de reprendre le contrôle, qui ne sera plus dans les mains des populistes ou des idéologies". Pour les Verts/ALE, la Britannique Molly Scott Cato s'est dite "ravie d'être toujours dans l'Europe et de voir le Royaume-Uni tenir en mai des élections". Elles seront à ses yeux "la célébration de nos valeurs européennes". L'élue voit dans la prolongation une marge de manoeuvre pour réexaminer la question du Brexit.

A l'inverse, le député britannique Nigel Farage (EFDD), qui vient de créer un parti britannique pro-Brexit en vue du scrutin européen, a mis en garde contre le "ras-le-bol total" de la population britannique face au bipartisme, alors que les conservateurs et les travaillistes mènent de difficiles pourparlers pour tenter de sortir de l'impasse. "Si Mme May et M. Corbyn (le leader du Labour, NDLR) arrivent à l'union douanière et à la participation au marché unique, nous n'allons peut-être pas gagner les Européennes, mais bien les législatives", a-t-il prédit, jugeant que la démocratie britannique avait été "assassinée".

Il a reçu une approbation relative du chef de groupe libéral Guy Verhofstadt, déçu d'avoir vu les États membres offrir un report plus long que celui que défendait le président français Emmanuel Macron. "Je vous mets en garde contre les conséquences de la décision du Conseil. Jusqu'à présent, on a conservé l'unité des États membres et celle des institutions, mais cette unité est mise à l'épreuve", a affirmé l'ancien Premier ministre belge, coordinateur du Brexit pour le Parlement européen.

Les six mois d'extension sont à ses yeux soit trop longs, soit trop courts pour changer les choses. Avec des députés britanniques qui devront peut-être laisser leur siège en cours de législature, "je crains que l'on importe le chaos du Brexit dans l'Union européenne, et cela influencera les élections". "La Chambre des Communes est partie en vacances, tout ce qu'il reste, c'est Farage, il fait déjà campagne, le parti du Brexit rattrape les conservateurs et aura son mot à dire aux élections", s'est irrité M. Verhofstadt. Ces propos ont heurté le président du Conseil Donald Tusk. "M. Verhofstadt, vous avez été applaudi par M. Farage, c'est une raison sans doute suffisante pour réexaminer votre argumentation", a-t-il répliqué.