Depuis quelques semaines, on entend des discours stigmatisant la lenteur des autorités européennes dans la commande des vaccins contre le coronavirus. Spécialement en Allemagne, où le ministre de la Santé Jens Spahn a avancé l'idée de lancer des commandes nationales (comme le ministre-président du gouvernement flamand Jan Jambon, d'ailleurs). A l'évidence, tous essaient de ramasser des voix en se présentant comme plus efficaces. C'est la pratique politicienne classique qui consiste à utiliser l'Europe comme punching-ball pour améliorer son profil.
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Depuis quelques semaines, on entend des discours stigmatisant la lenteur des autorités européennes dans la commande des vaccins contre le coronavirus. Spécialement en Allemagne, où le ministre de la Santé Jens Spahn a avancé l'idée de lancer des commandes nationales (comme le ministre-président du gouvernement flamand Jan Jambon, d'ailleurs). A l'évidence, tous essaient de ramasser des voix en se présentant comme plus efficaces. C'est la pratique politicienne classique qui consiste à utiliser l'Europe comme punching-ball pour améliorer son profil. Or, on ne dispose tout simplement pas des éléments requis pour juger. D'une part, toute gestion doit être évaluée selon son contexte. Dans cette pandémie, il présente deux fortes difficultés: des incertitudes majeures et des évolutions rapides. Concrètement, l'automne dernier, on ne savait ni si un vaccin existerait, ni quand il serait disponible, ni quel serait son degré d'efficacité (pour ne pas parler de ses conditions de distribution, qui ont une incidence sur le coût global et la rapidité de son déploiement). D'autre part, toute gestion doit être évaluée sur la base d'informations précises. Or, en raison de la confidentialité, des éléments manquent. La Commission européenne maintient la confidentialité pour tous les éléments essentiels (prix, quantités, délais, secrets commerciaux...). Certes, cela ne la dispense pas de préparer minutieusement un audit inévitable plus tard. De plus, on peut douter de la justification de refuser d'informer au moins quelques hauts représentants du Parlement européen, jusqu'ici tenus dans l'obscurité, à la différence des administrations nationales. Un exécutif doit toujours être contrôlé, même selon des conditions et des responsabilités très strictes. Néanmoins, pendant les négociations, il a des justifications pour limiter l'information. Si la Commission s'expose à un reproche dans cette crise, c'est parfois celui de pusillanimité. Elle se montre à l'occasion craintive (si la Commission Delors avait géré en 1989 la chute du mur de Berlin de la même manière, on aurait perdu des années). L'initiative des vaccins n'émane pas d'elle, mais d'un groupe d'Etats. Par ailleurs, si sa progression prudente se justifie à l'automne, elle aurait sans doute pu réagir plus vite une fois établi clairement le potentiel des vaccins Pfizer et Moderna. Elle a toutefois la circonstance atténuante de travailler dans des contraintes administratives et budgétaires lourdes fixées par les Etats membres (qu'elle devrait mieux expliquer). Il faut aussi se méfier des déclarations émanant de milieux intéressés. Les politiciens nationaux (comme Jens Spahn ou Jan Jambon) peuvent critiquer l'action européenne pour masquer les carences, jusqu'ici plus évidentes, de la stratégie de vaccination dans nombre d'Etats membres. Quant aux producteurs de vaccins, certains ont un intérêt colossal à accélérer les décisions, tant que d'autres ne sont pas encore sur le marché. En tout cas, les discours suggérant d'abandonner la stratégie européenne commune sont fort dangereux. Elle peut certes être améliorée sur certains points. Néanmoins, son abandon constituerait une catastrophe. Il suffit d'imaginer la cacophonie complète que provoqueraient les revendications et négociations parallèles des 27 Etats membres sur le marché des vaccins. Cela serait payé extrêmement cher par les malades, les contribuables et, finalement, par notre économie même.