Cette impression de renouvellement est en partie le fruit de la quasi-parité que respecte l'exécutif de l'Union européenne, 13 femmes, majoritairement issues des Etats de la " nouvelle Europe " ayant adhéré après 2003, pour 14 hommes. L'évolution - la Commission Juncker comprenait 10 commissaires féminines - est une marque incontestable de la place conquise par la femme politique au sein de l'Union européenne, un acquis unique au monde. Mais le chantier n'en est pas pour autant achevé. Pour preuve, d'autres arbitrages ont vraisemblablement guidé la composition du cercle des vice-présidents : seules trois femmes sur huit membres en font partie.

Le renouvellement se marque aussi dans les orientations prioritaires imprimées par Ursula von der Leyen : le numérique dont s'occupera, en plus de son domaine de prédilection dans la précédente commission, la concurrence, la Danoise Margrethe Vestager, le climat, dévolu à un autre poids lourd de l'ancienne équipe, le Néerlandais Frans Timmermans, et l'économie au service des citoyens, dont sera en charge le Letton Valdis Dombrovskis (les trois auront le titre de vice-présidents exécutifs). Il est significatif à cet égard que le dérèglement climatique soit devenu un enjeu crucial de la prochaine législature alors que les Verts, pourtant un des partis vainqueurs des élections du 26 mai dernier, ne disposent d'aucun représentant au sein de la commission. Mais à cette orientation progressiste portée par la gauche semble répondre un raidissement sur la question des migrations, au vu de la dénomination du portefeuille concerné, la " protection du mode de vie européen ", qui dénote, à tout le moins dans sa conception, une vision réductrice de la problématique.

Evidemment, il y a bien souvent un gouffre entre les déclarations d'intention et les réalisations concrètes. Les promesses de début de mandat sur le numérique, le climat ou l'économie à " dimension humaine " devront être contrôlées. Avantage (par le front commun qu'elle consacre) ou écueil (par les risques de dissensions qu'elle recèle) ? La coalition de force (car voulue par les gouvernements nationaux, notamment dans son directoire inédit entre présidente et vice-présidents) que représente la Commission von der Leyen-Timmermans-Vestager aura rarement été aussi équilibrée entre trois grandes familles politiques du Conseil et du Parlement européens, les conservateurs, les sociaux-démocrates (chacune 10 commissaires) et les libéraux (6 membres (1)). L'approbation de ses membres au terme d'auditions par les eurodéputés en sera-t-elle facilitée ?

Cet équilibre des forces est le reflet, partiel, du résultat des élections. Il est conforté, pour les libéraux, par l'attribution à notre Charles Michel ex-national, et à Christine Lagarde, une autre obligée d'Emmanuel Macron, de deux des quatre postes à responsabilité de l'Union, les présidences du Conseil européen et de la Banque centrale européenne. La Belgique contribue à cette " renaissance " en déléguant deux libéraux francophones, Didier Reynders complétant le casting. Notre pays a déjà cumulé dans un passé récent (2010-2014) les fonctions de président du Conseil et de commissaire. Mais ils n'appartenaient pas au même groupe politique (le CD&V Herman Van Rompuy et l'Open VLD Karel De Gucht). Cela étant, en héritant de la compétence de la justice et de l'Etat de droit, poste honorable mais pas particulièrement en vue, Didier Reynders pâtit vraisemblablement une nouvelle fois de la baraka de son ancien Premier ministre. Nul doute qu'il s'en remettra.

(1) Le parti du commissaire lituanien Sinkevicius, 28 ans, est membre du groupe des Verts/Alliance libre européenne au sein du Parlement européen.