Après des tirs de mortier contre les toxicomanes qui fréquentaient le quartier voisin de Stalingrad, la mairie de Paris a décidé mi-mai de les déplacer aux jardins d'Eole, dans le nord de Paris, une mesure provisoire à laquelle elle a mis un terme fin juin. Face à l'entrée nord du parc désormais barricadée, les consommateurs s'entassent dans le dénuement le plus total. De leur propre aveu, comme de celui des riverains ulcérés par les désaccords politiques qui ont engendré cette situation, "c'est pire qu'avant".

Etalé au sol, le quinquagénaire observe la rancoeur contre les habitants monter parmi ses congénères. "A quoi ça a servi toutes leurs manifestations si c'est pour en arriver là ? On est sur le trottoir, on nous photographie en train de fumer. Alors forcément certains s'énervent et il y a des agressions."

"C'est catastrophique", confirme Kamel, un riverain qui souhaite rester anonyme, après avoir été menacé de mort par des dealeurs. "La mairie a sorti les toxicomanes du parc comme on le voulait, mais pour les mettre encore plus près des habitations, ça démultiplie les tensions."

Habitants du quartier Stalingrad manifestant contre la présence de crackers dans leur quartier, et notamment dans le jardin d'Eole, le 19 mai 2021, Paris, Getty Images
Habitants du quartier Stalingrad manifestant contre la présence de crackers dans leur quartier, et notamment dans le jardin d'Eole, le 19 mai 2021, Paris © Getty Images

Lors des manifestations hebdomadaires des riverains, les pancartes dénoncent désormais une "urgence humanitaire". Beaucoup d'habitants se désespèrent de cette situation "indigne d'un Etat de droit" et de l'attitude des pouvoirs publics, incapables de s'entendre.

"Les riverains sont sacrifiés dans le bras de fer entre mairie et gouvernement", enrage Kamel, qui se demande "si le gouvernement refuse de coopérer pour gêner les ambitions présidentielles d'Anne Hidalgo", la maire socialiste de Paris qui pourrait se présenter à l'élection présidentielle en 2022.

Mercredi, un Conseil de Paris tendu a illustré l'impasse dans laquelle se trouve la capitale, malgré le plan crack mené conjointement par la ville et divers services de l'Etat depuis 2019, qui permet d'héberger plus de 400 usagers précaires.

Si la concentration des toxicomanes à Eole depuis mi-mai a allégé les nuisances dans le quartier voisin de Stalingrad, Anne Hidalgo refuse de déplacer encore temporairement le problème à la lisière d'Aubervilliers, en banlieue nord, comme le propose la préfecture de police.

Habitants du quartier Stalingrad manifestant contre la présence de crackers dans leur quartier, et notamment dans le jardin d'Eole, le 19 mai 2021, Paris, Getty Images
Habitants du quartier Stalingrad manifestant contre la présence de crackers dans leur quartier, et notamment dans le jardin d'Eole, le 19 mai 2021, Paris © Getty Images

Passage en force

La maire martèle sa volonté d'ouvrir plusieurs espaces d'accueil des toxicomanes leur permettant d'inhaler du crack, dans Paris - quatre ou cinq, selon plusieurs élus de sa majorité socialiste, écologiste et communiste - mais aussi en banlieue. Elle compte pour cela sur le soutien du ministère de la Santé, qui juge "positif" le bilan des salles de consommations à moindre risque (SCMR) expérimentées à Paris et Strasbourg (est) depuis 2016, et souhaite modifier la loi pour développer ce genre de structures.

Crackers sur le bord du bassin de Stalingrad, Paris, décembre 2020, Getty Images
Crackers sur le bord du bassin de Stalingrad, Paris, décembre 2020 © Getty Images

En face, le préfet de police a rappelé l'opposition du ministère de l'Intérieur à la création de nouvelles "salles où on se drogue", tandis que la droite parisienne réclamait "l'hospitalisation obligatoire" des toxicomanes.

Sans attendre l'arbitrage du Premier ministre, Mme Hidalgo a annoncé l'ouverture "dès cet été" d'un "premier lieu de prise en charge spécialisé du crack à Paris". Une tentative de passage en force que les professionnels du soin observent avec circonspection.

"Un seul lieu de consommation ne peut pas accueillir plusieurs centaines de personnes par jour avec une prise en charge sérieuse", estime Abdou Ndiaye, directeur adjoint de l'organisation Charonne-Oppelia, qui chapeaute plusieurs centres pour toxicomanes sur Paris.

Or, seule, la ville semble incapable de financer un réseau comprenant plusieurs structures: fin 2020, les services de l'Etat assumaient 80% des dépenses du plan crack, selon des chiffres obtenus par l'AFP en décembre.

Cracker croisé à Stalingrad, 2020, Getty Images
Cracker croisé à Stalingrad, 2020 © Getty Images

Devant le parc, Matthieu ne sait plus à quel saint se vouer. Cet ingénieur vit dans la peur et redoute "un drame". Depuis mi-mai, une octogénaire et une enfant de deux ans ont été agressées par des toxicomanes. Les "crackeurs" ont eux été visés deux fois par des tirs de mortiers d'artifice ces derniers jours.

"On a vraiment besoin d'être soulagés en urgence", souffle le quadragénaire, qui souhaite rester anonyme.

Désespéré, il se raccroche aussi à une possible évacuation par la police. Car mercredi, le préfet a estimé que "la présence devant le jardin de ces toxicomanes (...) ne peut pas durer au-delà de quelques jours". Une petite phrase qui n'est pas passé inaperçue chez les riverains.

*Prénom modifié

Après des tirs de mortier contre les toxicomanes qui fréquentaient le quartier voisin de Stalingrad, la mairie de Paris a décidé mi-mai de les déplacer aux jardins d'Eole, dans le nord de Paris, une mesure provisoire à laquelle elle a mis un terme fin juin. Face à l'entrée nord du parc désormais barricadée, les consommateurs s'entassent dans le dénuement le plus total. De leur propre aveu, comme de celui des riverains ulcérés par les désaccords politiques qui ont engendré cette situation, "c'est pire qu'avant".Etalé au sol, le quinquagénaire observe la rancoeur contre les habitants monter parmi ses congénères. "A quoi ça a servi toutes leurs manifestations si c'est pour en arriver là ? On est sur le trottoir, on nous photographie en train de fumer. Alors forcément certains s'énervent et il y a des agressions.""C'est catastrophique", confirme Kamel, un riverain qui souhaite rester anonyme, après avoir été menacé de mort par des dealeurs. "La mairie a sorti les toxicomanes du parc comme on le voulait, mais pour les mettre encore plus près des habitations, ça démultiplie les tensions."Lors des manifestations hebdomadaires des riverains, les pancartes dénoncent désormais une "urgence humanitaire". Beaucoup d'habitants se désespèrent de cette situation "indigne d'un Etat de droit" et de l'attitude des pouvoirs publics, incapables de s'entendre. "Les riverains sont sacrifiés dans le bras de fer entre mairie et gouvernement", enrage Kamel, qui se demande "si le gouvernement refuse de coopérer pour gêner les ambitions présidentielles d'Anne Hidalgo", la maire socialiste de Paris qui pourrait se présenter à l'élection présidentielle en 2022.Mercredi, un Conseil de Paris tendu a illustré l'impasse dans laquelle se trouve la capitale, malgré le plan crack mené conjointement par la ville et divers services de l'Etat depuis 2019, qui permet d'héberger plus de 400 usagers précaires.Si la concentration des toxicomanes à Eole depuis mi-mai a allégé les nuisances dans le quartier voisin de Stalingrad, Anne Hidalgo refuse de déplacer encore temporairement le problème à la lisière d'Aubervilliers, en banlieue nord, comme le propose la préfecture de police.La maire martèle sa volonté d'ouvrir plusieurs espaces d'accueil des toxicomanes leur permettant d'inhaler du crack, dans Paris - quatre ou cinq, selon plusieurs élus de sa majorité socialiste, écologiste et communiste - mais aussi en banlieue. Elle compte pour cela sur le soutien du ministère de la Santé, qui juge "positif" le bilan des salles de consommations à moindre risque (SCMR) expérimentées à Paris et Strasbourg (est) depuis 2016, et souhaite modifier la loi pour développer ce genre de structures.En face, le préfet de police a rappelé l'opposition du ministère de l'Intérieur à la création de nouvelles "salles où on se drogue", tandis que la droite parisienne réclamait "l'hospitalisation obligatoire" des toxicomanes.Sans attendre l'arbitrage du Premier ministre, Mme Hidalgo a annoncé l'ouverture "dès cet été" d'un "premier lieu de prise en charge spécialisé du crack à Paris". Une tentative de passage en force que les professionnels du soin observent avec circonspection. "Un seul lieu de consommation ne peut pas accueillir plusieurs centaines de personnes par jour avec une prise en charge sérieuse", estime Abdou Ndiaye, directeur adjoint de l'organisation Charonne-Oppelia, qui chapeaute plusieurs centres pour toxicomanes sur Paris.Or, seule, la ville semble incapable de financer un réseau comprenant plusieurs structures: fin 2020, les services de l'Etat assumaient 80% des dépenses du plan crack, selon des chiffres obtenus par l'AFP en décembre.Devant le parc, Matthieu ne sait plus à quel saint se vouer. Cet ingénieur vit dans la peur et redoute "un drame". Depuis mi-mai, une octogénaire et une enfant de deux ans ont été agressées par des toxicomanes. Les "crackeurs" ont eux été visés deux fois par des tirs de mortiers d'artifice ces derniers jours."On a vraiment besoin d'être soulagés en urgence", souffle le quadragénaire, qui souhaite rester anonyme. Désespéré, il se raccroche aussi à une possible évacuation par la police. Car mercredi, le préfet a estimé que "la présence devant le jardin de ces toxicomanes (...) ne peut pas durer au-delà de quelques jours". Une petite phrase qui n'est pas passé inaperçue chez les riverains.*Prénom modifié