Brexit, antisémitisme et "politique tribale" au Labour

Sept députés travaillistes ont annoncé début de semaine qu'ils démissionnaient du Labour, le principal parti d'opposition britannique. Jeremy Corbyn, leader du parti issu de son aile gauche radicale, s'est vu notamment reprocher de ne pas prendre clairement position sur le Brexit et de ne pas réagir avec suffisamment de force aux nombreuses accusations d'antisémitisme au sein de sa formation. Ces démissions sont considérées comme la scission la plus importante dans la politique britannique depuis la scission du Parti social-démocrate en 1980.
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Sept députés travaillistes ont annoncé début de semaine qu'ils démissionnaient du Labour, le principal parti d'opposition britannique. Jeremy Corbyn, leader du parti issu de son aile gauche radicale, s'est vu notamment reprocher de ne pas prendre clairement position sur le Brexit et de ne pas réagir avec suffisamment de force aux nombreuses accusations d'antisémitisme au sein de sa formation. Ces démissions sont considérées comme la scission la plus importante dans la politique britannique depuis la scission du Parti social-démocrate en 1980. Les raisons de ces défections sont nombreuses et propres à chacun, mais tous s'estiment déçus de la direction prise dernièrement par leur formation. Chuka Umunna, considéré comme l'étoile montante du Labour, assure vouloir "jeter la vieille politique tribale à la poubelle" pour promouvoir une vision différente de la politique. Un autre député s'est lui déclaré "furieux que la direction du Labour facilite le Brexit". Ces défections affaiblissent le parti travailliste à un moment où le parti essaie de profiter des difficultés de Theresa May.Ces députés ont décidé de former leur propre groupe au Parlement : "l'Independent Group" (Groupe indépendant) et ont appelé les autres députés déçus par leur formation à les rejoindre. Et ils n'ont pas dû attendre très longtemps. Jeudi, trois députées conservatrices ont annoncé leur intention de s'y rallier. "Le Brexit a redéfini le Parti conservateur - annulant tous les efforts déployés pour le moderniser", écrivent-elles dans leur lettre de démission, estimant que leur formation a "abandonné (ses) principes et (ses) valeurs". Toutes trois sont favorables à un nouveau référendum et s'étaient prononcées contre le Brexit à celui de 2016. Elles dénoncent le "virage à droite" opéré par le parti. "Le coup de grâce a été la gestion désastreuse du Brexit par ce gouvernement", ajoutent-elles.Ces défections fragilisent encore un peu plus Theresa May au moment où elle tente d'obtenir des dirigeants européens des modifications dans l'accord sur le Brexit, rejeté par le Parlement britannique en janvier. Ces défections ouvrent la voie à une recomposition politique au Parlement britannique. Le Groupe indépendant, rejoint entre-temps par une huitième députée travailliste, compte désormais onze députés unanimes dans leur opposition à la politique de Theresa May sur le Brexit. C'est désormais la quatrième force politique au parlement britannique, à égalité avec le Parti libéral-démocrate. Il pourrait par ailleurs engranger de nouveaux ralliements, tant les dissensions sont profondes au sein des Tories comme chez les travaillistes. Symboliquement, les députés du groupe se sont réunis et ont pris place dans les rangs de l'opposition pendant la séance hebdomadaire de questions au gouvernement. Le rapport de force au Parlement, où la majorité ne dispose plus désormais que de huit voix d'avance sur l'opposition, met davantage Theresa May à la merci de revers parlementaires sur le Brexit. À moins de six semaines de l'échéance, le 29 mars, aucune majorité ne semble se dégager au parlement britannique en faveur d'une solution négociée, laissant le Royaume-Uni confronté au scénario d'un "no deal"."En tant que groupe indépendant, nous visons à reconnaitre la valeur d'un débat sain, à faire preuve de tolérance à l'égard des différentes opinions et à chercher à dépasser les clivages démodés et à parvenir à un consensus pour résoudre les problèmes de la Grande-Bretagne", s'engage le Groupe indépendant. Dans leur déclaration, les membres promettent de "poursuivre les politiques fondées sur des données probantes, sans idéologie, en adoptant une perspective à long terme des défis du XXIe siècle dans l'intérêt national, plutôt que de s'enfermer dans la vieille politique du XXe siècle dans l'intérêt des partis". Pour l'instant, aucun député ne s'est présenté comme leader du groupe, mais Umunna a été salué par la plupart d'entre eux comme un candidat potentiel. Les députés doivent tenir des réunions cette semaine pour déterminer les rôles de chacun. Sont-ils pour autant un "parti officiel" ? Pas tout à fait, répond The Independent. Pour l'instant, ils ne sont que des "députés indépendants", car ils ne sont pas enregistrés en tant que parti. Ils pourraient néanmoins à l'avenir prendre des mesures pour tenter de former une véritable formation politique.