Au Brygghuset, un pub de la ville suédoise de Göteborg, un quiz est organisé chaque jeudi soir. Les participants sont assis côte à côte à de longues tables. Le pub compte une quarantaine de personnes. La participation est bien moindre que d'habitude, constate cependant le barman Eby Wilson (34 ans), dont l'établissement peut accueillir en temps ordinaire 100 à 150 clients. Mais il y a juste assez d'amateurs de bières pour rester ouvert.
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Au Brygghuset, un pub de la ville suédoise de Göteborg, un quiz est organisé chaque jeudi soir. Les participants sont assis côte à côte à de longues tables. Le pub compte une quarantaine de personnes. La participation est bien moindre que d'habitude, constate cependant le barman Eby Wilson (34 ans), dont l'établissement peut accueillir en temps ordinaire 100 à 150 clients. Mais il y a juste assez d'amateurs de bières pour rester ouvert.Parallèlement au bar, à un mètre de distance, une bande de ruban adhésif délimite l'espace réglementaire à respecter entre le client et le barman. "Il n'est plus permis de faire le pilier de bar", lâche le barman.C'est un jeudi soir typique, ici, autour de la rue populaire Andra Långgatan, coeur de la vie nocturne. Aujourd'hui, l'ambiance est davantage celle d'un dimanche matin. Sur le trottoir devant les cafés, des terrasses sont en cours de construction. Les exploitants ont été autorisés à les installer un peu plus tôt cette année. Une mesure qui, espère le gouvernement, attirera les visiteurs. Certains bars sont sombres et fermés. Les cafés où les lumières sont allumées semblent, eux, vides et peu accueillants.Qu'à cela ne tienne, ils peuvent rester ouverts, ce qui est unique en Europe en pleine pandémie de coronavirus. Alors que presque tout le continent est en lockdown, les Suédois peuvent encore se soûler au pub.Et ce n'est pas tout : les enfants vont encore à l'école, les sportifs dans leurs clubs de fitness, les gourmands au restaurant,... Le gouvernement insiste évidemment sur l'importance du lavage des mains, sur le respect du mètre et demi de distance sociale et ordonne aux personnes de plus de 70 ans de rester chez elles. Mais par rapport, par exemple, aux pays voisins que sont la Norvège et le Danemark où un lockdown a été décrété, ces recommandations sont assez légères. Et cela, alors même que le nombre de cas et de décès de coronavirus suédois dépasse celui de ses deux voisins. En date du 8 avril, la Suède recensait 7.693 cas d'infection et 591 décès. Pourquoi, alors, la politique du gouvernement suédois est-elle si souple ? Il est difficile de donner une réponse claire et satisfaisante. Le politologue Li Bennich-Björkman de l'Université d'Uppsula souligne la confiance mutuelle entre citoyens ainsi que la confiance extraordinaire de la population dans les autorités. Les Suédois estiment que le gouvernement sait probablement mieux ce qui est bon pour eux et le gouvernement a, en retour, une grande confiance en ses citoyens. L'accent est mis sur le bon sens civique de chaque individu."Chaque Suédois", a déclaré le Premier ministre Stefan Löfven, "a la responsabilité de se protéger et donc de protéger son entourage". L'épidémiologiste d'État Anders Tegnell a appelé la population à "aplanir la courbe", mais a souligné que "cela devrait réussir avec les recommandations actuelles", plutôt que par "les mesures draconiennes prises dans le reste de l'Europe".Tomas Tejland (61 ans), tout en buvant une bière avec un collègue, estime que "les hommes politiques suédois n'ont pas autant besoin de faire étalage de leur pouvoir" que les dirigeants politiques d'autres pays. Le gouvernement cède une grande partie de son pouvoir, en l'occurrence à l'autorité de santé publique "Folkhälsomyndigheten". Pour l'instant, les autorités sanitaires ont déconseillé de fermer les écoles et autres établissements publics. Au Danemark, les autorités sanitaires avaient également déconseillé un lockdown, mais le Premier ministre a ignoré cette recommandation. L'avenir, dit Tejland, montrera si la Suède avait raison."La Suède est arrogante", estime Lukas Johnsson (31 ans), un autre client de ce bar de Göteborg. "Nous ne nous soucions pas vraiment de ce qui se passe dans le reste du monde. Le gouvernement attend tranquillement. Il veut voir si tout cela est vraiment sérieux avant de tout fermer"."Nous craignons surtout pour notre économie", ajoute son ami Olof Berglund (30 ans). Je vendais des voitures, mais en raison du manque de clients, on n'avait plus besoin de moi." Johnsson est également au chômage chez lui en ce moment. Il se considère plutôt comme en vacances. "Je suis employé chez Volvo. Ils ont arrêté toute production, mais je suis toujours payé."Ces citoyens respectent-ils toutes les mesures de précautions contre le coronavirus ? "Oui", répond Johnsson avec une certaine légèreté. "Je me lave les mains quand je suis allé aux toilettes. Et je fais cela (il passe sa manche sur sa main, NDLR) quand j'ouvre une porte".La population de ce pays nordique est, en réalité, plutôt bien préparée à la pandémie; la distance sociale est une seconde nature pour les Suédois. Ces dernières semaines, il y a eu également un regain de "police de la moralité". Les Suédois n'ont ainsi pas peur de signaler un comportement répréhensible à un de leurs compatriotes. C'est la responsabilité civique à laquelle le Premier ministre Stefan Löfven fait référence à maintes reprises.(Traduction: Caroline Lallemand)