Policiers blessés, émeutes, bus incendié, bombes artisanales... L'Irlande du Nord est le théâtre de violences depuis plusieurs jours. Le gouvernement local, composé d'unionistes et de républicains, a condamné des violences "complètement inacceptables et injustifiables". Ces violences ont été condamnées par le Premier ministre britannique Boris Johnson. "Les différends se résolvent par le dialogue et non par la violence ou la criminalité", a-t-il réagi sur Twitter. Le chef du gouvernement irlandais, Micheal Martin, s'est joint à cette condamnation: "Il est maintenant temps pour les deux gouvernements et les dirigeants de toutes les parties de travailler ensemble pour apaiser les tensions et rétablir le calme", a-t-il dit. Mais d'où sont parties ces violences ?
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Policiers blessés, émeutes, bus incendié, bombes artisanales... L'Irlande du Nord est le théâtre de violences depuis plusieurs jours. Le gouvernement local, composé d'unionistes et de républicains, a condamné des violences "complètement inacceptables et injustifiables". Ces violences ont été condamnées par le Premier ministre britannique Boris Johnson. "Les différends se résolvent par le dialogue et non par la violence ou la criminalité", a-t-il réagi sur Twitter. Le chef du gouvernement irlandais, Micheal Martin, s'est joint à cette condamnation: "Il est maintenant temps pour les deux gouvernements et les dirigeants de toutes les parties de travailler ensemble pour apaiser les tensions et rétablir le calme", a-t-il dit. Mais d'où sont parties ces violences ? Les tensions se sont accrues à la suite d'une décision controversée de ne pas poursuivre en justice 24 membres du parti républicain Sinn Fein, dont la vice-première ministre Michelle O'Neill, pour leur participation aux funérailles d'une ancienne figure de proue de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) en juin 2020, malgré les restrictions en place contre le coronavirus. Mais les rassemblements, qui ont donné lieu à des violences, s'inscrivent aussi dans un contexte de mécontentement croissant en Irlande du Nord au sujet des conséquences du Brexit, pleinement mis en oeuvre depuis le 1er janvier. Les unionistes, partisans du maintien dans le Royaume-Uni, rejettent le protocole négocié entre le Royaume-Uni et l'Union européenne qui introduit des contrôles sur les marchandises arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne. "Il ne fait aucun doute que le Brexit et l'avènement du protocole" introduisant des contrôles sur les marchandises arrivant en provenance de Grande-Bretagne "ont considérablement porté atteinte à l'équilibre des forces", souligne Duncan Morrow, professeur de science politique à l'Ulster University. "Cela couvait depuis des mois", explique-t-il à l'AFP.Malgré une période de grâce destinée à permettre aux entreprises de s'adapter, les nouvelles dispositions, qui de fait maintiennent l'Irlande du Nord dans l'union douanière et le marché unique européens, entraînent des perturbations dans les approvisionnements. Mais au-delà, nombre d'unionistes éprouvent un sentiment de trahison.Selon la spécialiste des questions de police au Belfast Telegraph Allison Morris, les émeutiers s'intéressent peu aux complexités des questions commerciales nées du Brexit, mais "sont en colère". "Ils comprennent qu'ils ont été trahis précisément par le gouvernement britannique envers lequel leur parents, leurs grands-parents et leurs arrière grands parents faisaient preuve d'une loyauté servile", a-t-elle écrit. Certains pensent également que les négociateurs du Brexit ont cédé aux nationalistes qui ont tacitement menacé d'une réponse sanglante à la perspective de toute reprise des contrôles à la frontière irlandaise. "Cela a créé un précédent explosif selon lequel beaucoup de jeunes loyalistes regardent le protocole et arrivent à la conclusion que la violence est récompensée", a déclaré le militant unioniste Jamie Bryson au journal News Letter.Le Brexit ne représente que l'un des aspects d'une crise plus large chez les unionistes en Irlande du Nord. En 2017, ils ont perdu leur majorité historique à l'Assemblée régionale de Stormont. Puis en 2019, les élections britanniques ont pour la première fois envoyé plus de députés nationalistes que d'unionistes à Westminster. S'y ajoutent les signes d'un mouvement démographique, avec la jeune génération, vers les nationalistes, donnant aux unionistes le sentiment d'être une minorité assiégée.Le Brexit a aussi ravivé un débat plus intense sur la question de l'unification de l'Irlande, l'administration du nouveau président américain Joe Biden mettant en garde le Royaume-Uni contre tout retour à arrière sur le processus de paix de 1998.Ces incidents font resurgir le spectre des trois décennies sanglantes des "Troubles" entre républicains et unionistes, qui ont fait 3.500 morts. L'accord de paix signé en 1998 a estompé la frontière entre la province britannique et la République d'Irlande. Mais le Brexit est venu fragiliser le délicat équilibre.