Annulant une décision fin avril de la Commission électorale espagnole, un tribunal de Madrid a décidé que M. Puigdemont et deux autres membres de son ancien gouvernement régional, qui avaient quitté comme lui l'Espagne après l'échec de la tentative de sécession d'octobre 2017, pouvaient se présenter aux élections du 26 mai.

Tous trois font l'objet d'un mandat d'arrêt en Espagne pour leur rôle dans cette tentative de sécession, au centre d'un important procès à Madrid dans lequel sont jugés 12 ex-dirigeants indépendantistes.

Saisie par les partis anti-séparatistes Ciudadanos (libéraux) et Parti populaire (conservateurs), la commission électorale avait refusé la candidature de Carles Puigdemont, Clara Ponsati et Toni Comin sur la liste indépendantiste "Lliures per Europa" ("Libres pour l'Europe" en catalan), estimant qu'ils ne pouvaient être considérés comme des résidents en Espagne.

Carles Puigdemont avait qualifié cette décision de "scandale" et de "coup porté à la démocratie".

Mais la Cour suprême espagnole, saisie dans l'urgence par les avocats des séparatistes, a estimé dimanche qu'ils avaient le droit de se présenter vu qu'ils n'avaient pas été condamnés à une peine d'inéligibilité, et a demandé à un tribunal administratif de trancher définitivement la question.

- Candidats poursuivis -

Le tribunal a affirmé lundi dans sa décision "le droit des acteurs à faire partie, comme candidats, du parti Lliures per Europa pour les élections au Parlement européen de 2019".

"Il y a un très bon travail juridique derrière chaque victoire remportée", s'est félicité dans un tweet Carles Puigdemont, tandis que le leader des conservateurs du Parti Populaire, Pablo Casado, a annoncé que sa formation déposerait un recours contre cette décision devant la Cour constitutionnelle.

S'il est élu, M. Puigdemont affirme pouvoir disposer de l'immunité parlementaire. "Si nous sommes élus députés européens, nous serons députés européens. Non seulement parce que le règlement le dit, mais parce que tous les précédents disent que l'immunité est activée dès le moment où vous êtes élu ", a-t-il déclaré à Bruxelles en avril.

Mais, selon des sources au sein du Parlement européen, son éventuelle élection ne pourrait être validée par le Parlement européen qu'après sa prestation de serment en personne devant la Commission électorale espagnole.

Or, il serait immédiatement arrêté s'il rentrait en Espagne.

Destitué par le gouvernement central après la tentative de sécession de 2017, M. Puigdemont avait fui en Belgique et échappe depuis, comme d'autres indépendantistes, aux poursuites pour rébellion lancées par la Cour suprême.

Son vice-président Oriol Junqueras, resté en Espagne et en détention provisoire depuis un an et demi, est l'accusé principal du procès de la tentative de sécession, qui se tient actuellement à Madrid.

Les partis indépendantistes catalans ont déjà présenté des candidats emprisonnés ou exilés aux élections pour dénoncer leur situation, alors qu'ils affirment que la justice espagnole les poursuit pour leurs idées.

Cinq séparatistes emprisonnés ont ainsi été élus à la chambre des députés ou au Sénat lors des législatives du 28 avril.

Selon les dernières projections du Parlement européen, la liste de Carles Puigdemont pourrait n'obtenir aucun élu le 26 mai.

Le mode d'élection des eurodéputés en Espagne, dans une circonscription unique, est défavorable aux partis régionaux, puissants notamment en Catalogne et au Pays basque.