Parce qu'il avait parié sur un succès de son parti, la Ligue, dans ce bastion historique de la gauche pour faire vaciller l'alliance de gouvernement entre le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles (M5S), l'échec de Matteo Salvini à l'élection régionale d'Emilie-Romagne, le dimanche 26 janvier, a occulté un autre enseignement majeur du scrutin. Depuis son triomphe aux législatives du 4 mars 2018 à la faveur desquelles il avait récolté 32,7 % des voix et était devenu la première formation politique de la Péninsule, le " parti citoyen " de l'humoriste Beppe Grillo et du ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio a accumulé les désillusions électorales : aux européennes du 26 mai 2019 (17,06 %), aux divers scrutins locaux de l'automne et, dimanche dernier, aux régionales d'Emilie-Romagne (3,48 %) et de Calabre (7,35 % malgré une légère progression par rapport à l'échéance précédente de 2014). La composante " citoyenne " du premier gouvernement populiste d'Europe au temps de la coalition avec La Ligue (1er juin 2018 - 5 septembre 2019) pourra-t-elle endiguer son déclin ?
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Parce qu'il avait parié sur un succès de son parti, la Ligue, dans ce bastion historique de la gauche pour faire vaciller l'alliance de gouvernement entre le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles (M5S), l'échec de Matteo Salvini à l'élection régionale d'Emilie-Romagne, le dimanche 26 janvier, a occulté un autre enseignement majeur du scrutin. Depuis son triomphe aux législatives du 4 mars 2018 à la faveur desquelles il avait récolté 32,7 % des voix et était devenu la première formation politique de la Péninsule, le " parti citoyen " de l'humoriste Beppe Grillo et du ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio a accumulé les désillusions électorales : aux européennes du 26 mai 2019 (17,06 %), aux divers scrutins locaux de l'automne et, dimanche dernier, aux régionales d'Emilie-Romagne (3,48 %) et de Calabre (7,35 % malgré une légère progression par rapport à l'échéance précédente de 2014). La composante " citoyenne " du premier gouvernement populiste d'Europe au temps de la coalition avec La Ligue (1er juin 2018 - 5 septembre 2019) pourra-t-elle endiguer son déclin ? Pour Luca Tomini, chercheur au département de science politique de l'ULB, " le Mouvement 5 étoiles a d'abord payé son alliance gouvernementale avec la Ligue. Son électorat de droite s'est tourné vers la formation de Matteo Salvini. Et depuis la constitution du gouvernement Conte II (NDLR : du nom du Premier ministre Giuseppe Conte, le Parti démocrate, de gauche, remplaçant la Ligue aux côtés du M5S depuis le 5 septembre 2019), il commence à perdre des électeurs sur sa gauche alors qu'à l'origine, ce sont des anciens sympathisants de gauche, déçus par le Parti démocrate, qui ont constitué une bonne part de l'électorat du Mouvement 5 étoiles. Maintenant, ils reviennent vers la gauche, pas forcément tous au Parti démocrate d'ailleurs. " A ces phénomènes de désaffection conjoncturels s'ajoutent deux éléments pour expliquer la crise que traversent les 5 étoiles. Jeune dans l'histoire politique de l'Italie, le mouvement pâtit d'une faible implantation locale, qui s'est encore ressentie en Emilie-Romagne. Il souffre aussi d'une crise de leadership, en partie due à son organisation plus horizontale que verticale. Pressentant la débâcle électorale du 26 janvier, Luigi Di Maio a démissionné de la présidence du parti le mercredi 22 janvier. Un congrès est prévu en mars prochain pour fixer d'éventuelles nouvelles orientations. Luca Tomini avance les trois options qui s'offrent aux militants du M5S. " Soit la réaffirmation de l'orientation originelle du "ni à gauche, ni à droite" : elle est difficile à tenir désormais parce que la dynamique bipolaire domine le paysage politique italien et le M5S peine à s'y insérer. Soit la consolidation, aux plans local et national, de la coalition de centre-gauche avec le Parti démocrate en tant que formation de la gauche populiste : c'est la position soutenue le plus largement au sein du parti. Soit l'abandon de l'alliance avec le Parti démocrate pour privilégier un populisme de droite : des députés et militants prônent cette orientation mais ils sont minoritaires. " L'échec électoral de la Ligue et les déboires du Mouvement 5 étoiles signent-ils la fin de la période dorée des partis populistes en Italie ? L'évolution des deux formations n'est pas symétrique. Matteo Salvini a subi en Emilie-Romagne son deuxième revers politique après sa tentative ratée, en août 2019, de faire chuter le gouvernement Conte I, auquel il appartenait avec Luigi Di Maio, pour forcer des élections anticipées. Mais la Ligue peut tout de même se targuer d'un résultat honorable à Bologne (43,63 %) et d'une victoire au sein de la coalition de droite en Calabre (55,29 %), là où le Mouvement 5 étoiles n'a récolté que 3,48 et 7,35 % des voix. " Les points forts de Matteo Salvini sont aussi ses points faibles ", note Luca Tomini. " Il ne connaît pas d'autre stratégie que la confrontation, le discours agressif et populiste. Il ne va pas en changer. Même si elle peut lui poser un problème à long terme en l'éloignant des électeurs de la droite modérée ou du centre-droit qui ne se reconnaissent pas dans ses propos populistes et parfois racistes. S'il avait voulu adopter une autre stratégie, il aurait pu le faire à l'été 2019 (NDLR : au moment où il a voulu provoquer des élections anticipées). Il ne l'a pas fait. Et il ne le fera pas dans l'immédiat parce que la concurrence à laquelle il est confronté aujourd'hui se situe à l'extrême droite ", décrypte le chercheur et politologue de l'ULB. Une concurrence plus à l'extrême droite que l'extrême droite ? C'est possible aujourd'hui dans ce pays cofondateur de l'Union européenne avec les Frères d'Italie, qui ont réalisé de bons résultats au sein des coalitions régionales de droite. Ils rivalisent avec le Forza Italia de Silvio Berlusconi en Calabre et le supplantent largement en Emilie-Romagne, ce qui fait dire à Luca Tomini que Fratelli d'Italia est devenu le deuxième acteur politique de l'alliance de droite et que la Ligue n'a plus vraiment de concurrence sur sa gauche, émanant de la droite libérale. La dynamique à gauche est sensiblement différente, aux dépens du Mouvement 5 étoiles. A court terme, la victoire du candidat de gauche Stefano Bonaccini à Bologne va peser sur les priorités du gouvernement formé par le Parti démocrate et le M5S au profit du premier avec, comme traduction potentielle, des mesures économiques et la réforme du décret sur l'immigration adopté du temps où Matteo Salvini était ministre de l'Intérieur... A plus long terme, les tendances actuelles pourraient accélérer une reconfiguration de la gauche italienne. Pour Luca Tomini, " le Parti démocrate en constituera l'axe central. Outre celui-ci, l'alliance future pourrait fédérer le centre-gauche libéral de l'ancien Premier ministre Matteo Renzi, la gauche non radicale, un M5S de gauche et le mouvement des Sardines ", qui a pesé de tout son poids pour faire barrage à la Ligue en Emilie-Romagne. " C'est la seule alliance compétitive qui peut se confronter à Matteo Salvini dans une élection et nourrir un espoir de victoire. "