À deux semaines de la date fatidique du 1er janvier 2021 - date à laquelle un accord post-Brexit doit être officiellement signé - des blocages persistent et les négociations en matière de pêche s'éternisent dans un sempiternel combat de coqs.
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À deux semaines de la date fatidique du 1er janvier 2021 - date à laquelle un accord post-Brexit doit être officiellement signé - des blocages persistent et les négociations en matière de pêche s'éternisent dans un sempiternel combat de coqs.Quand il s'agit de parler de pêche en zones territoriales, les Britanniques se font intransigeants. Ils en ont d'ailleurs fait un symbole de leur souveraineté retrouvée après le divorce. À ce stade des négociations, des difficultés sérieuses persistent et le compromis semble s'éloigner toujours davantage. "Ca bloque sur tous les fronts" de ce sujet, a indiqué une source européenne.Les discussions se concentrent sur trois sujets épineux: l'accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, la manière de régler les différends dans le futur accord et les conditions que les Européens exigent des Britanniques pour éviter toute concurrence déloyale.L'inflexibilité des deux côtés de la Manche n'a pas permis de concilier des positions de départ aux antipodes: l'UE veut conserver un libre accès aux eaux britanniques, Londres veut les contrôler. Sans compter que, si les 27 conviennent qu'ils vont effectivement devoir restituer au Royaume-Uni une partie de ce qu'ils capturent chaque année dans ses eaux, ils sont encore loin de s'entendre avec Londres sur l'ampleur de cette restitution. Malgré son poids économique négligeable, un compromis est primordial pour l'UE, en particulier quelques États membres (France, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Danemark, Irlande) dont les pêcheurs veulent garder un accès aux eaux britanniques. Mais pourquoi ces eaux ont-elles tant d'importance pour l'UE ?Le secret pas bien caché de ces eaux ? Leur impressionnante faune aquatique. Les eaux britanniques sont en effet riches en poissons, une situation qui s'explique notamment par des mécanismes biologiques ancestraux, accentués par le changement climatique.Explication du mécanisme à l'oeuvre : toute la zone sud de la mer du Nord est une zone nourricière. C'est donc là que naissent une grande majorité des poissons. Mais à mesure qu'ils grandissent, ils vont s'éloigner des côtes françaises ou belges et prendre le large. " Et c'est pour ca qu'on va pêcher côté anglais ", constate Pierre Leprêtre, artisan-pêcheur des Hauts-de-France. " Car on veut pêcher du poisson adulte. "Ce phénomène concerne principalement les eaux de la mer du Nord, et a lieu le long des côtes françaises, belges, hollandaises... "Le sud de la mer est assez peu profond, assez sableux, et donc il y a beaucoup de poissons qui vont avoir le cycle suivant: les poissons adultes pondent dans les eaux centrales ou du nord, les oeufs sont transportés plutôt vers le sud de la mer du Nord et s'installent plutôt le long des côtes françaises et jusqu'au Danemark", explique à l'AFP Clara Ulrich, ingénieure halieute et directrice adjointe à la direction scientifique de l'Ifremer (l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer)."Quand ils deviennent adultes, ils partent vers les eaux un peu plus profondes, un peu plus froides et un peu plus poissonneuses et oxygénées du nord. Ça permet aussi de pondre en amont du courant, comme ça les oeufs sont transportés par le courant jusqu'à arriver aux zones favorables du sud de la mer du Nord".Avec le réchauffement climatique, ce phénomène s'accentue, et plus particulièrement pour certaines espèces de poissons, comme le cabillaud et la plie, qui sont les plus présentes partout en mer du Nord. C'est donc en partie ce mécanisme biologique qui fait la richesse des eaux britanniques. Parmi les autres espèces très présentes dans le nord, on retrouve également l'aiglefin et le lieu noir. La sole, quant à elle, est plus présente dans le sud de ces eaux.Avec environ 15.000 km de côtes, le Royaume-Uni est particulièrement bien doté en eaux poissonneuses. Le pays bénéficie même des eaux parmi les plus riches du monde, soit une centaine d'espèces consommables. Une richesse qui attise les convoitises :lapolitique commune de pêche (PCP) permet aux Etats membres de l'UE d'accéder aux eaux territoriales britanniques. Selon la BBC, plus de 60 % du tonnage débarqué des eaux britanniques est ainsi capturé par des bateaux étrangers.Mais ce libre accès aux ressources britanniques ne tient qu'au règlement européen. En cas de no-deal, Londres pourrait ainsi drastiquement restreindre l'accès à ses eaux. L'UE a donc beaucoup à perdre à ce sujet-là.Huit États membres de l'UE sont en réalité concernés par le sujet : à savoir la France, l'Irlande, l'Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Suède, l'Allemagne et le Danemark. Rien qu'en Belgique, on considère qu'environ 70-80 % de ses prises se font dans les eaux britanniques. En France, il s'agit de 30% des prises des pêcheurs français qui s'effectuent dans les eaux britanniques. Pour certaines régions, ce quota peut même parfois atteindre les 90%.La conséquence pour les consommateurs, met en garde le secteur, pourrait être une hausse substantielle du prix de ces poissons. En cas de no-deal, les eaux de la mer du Nord pourraient également être menacées de surexploitation des ressources halieutiques. Si l'accès aux eaux britanniques est fermé, tous les pêcheurs européens handicapés par cette mesure risquent de se retrouver côté sud de la mer du Nord. "Il va y avoir un gros problème de cohabitation et un gros problème de ressource", estime Pierre leprêtre.Une solution possible ? Pêcher dans ses propres eaux nationales, le temps de négocier de futures relations. Une situation qui pourrait malheureusement désavantager certains États.