A l'aube, 155 migrants ont mis la brume à profit pour franchir les clôtures de Ceuta, une des deux enclaves espagnoles au Maroc, avec Melilla, qui forment les seules frontières terrestres de l'Union européenne avec l'Afrique.

Tous originaires d'Afrique subsaharienne et de Guinée en majorité, "certains ont escaladé la clôture, d'autres ont cassé l'une de ses portes", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la préfecture locale.

C'est la première fois depuis un an qu'un assaut aussi important de migrants réussit à Ceuta. Depuis le début de l'année, 671 migrants étaient parvenus à entrer dans la ville, mais par d'autres moyens, notamment en se cachant dans des véhicules.

C'est moins qu'en 2018, année où l'Espagne était la première porte d'entrée de l'immigration clandestine en Europe. Elle a été dépassée cette année par la Grèce, où jeudi environ 540 migrants sont arrivés sur l'île de Lesbos à bord de 13 bateaux.

Dans l'ensemble de l'Europe, la pression migratoire a reculé, avec quelque 46.500 personnes arrivées clandestinement au 28 août selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), contre plus de 68.000 l'an dernier à la même époque.

Mais plus de 900 migrants sont morts depuis le début de l'année. Et ceux que les bateaux des organisations humanitaires recueillent en mer restent indésirables en Italie et à Malte.

Dure répartition

Ainsi quinze migrants secourus par le bateau Open Arms ont débarqué vendredi dans le sud de l'Espagne, après une odyssée de plusieurs semaines - le quota accepté par Madrid aux termes d'une répartition conclue avec l'Allemagne, la France, le Portugal et le Luxembourg.

Un navire de guerre espagnol est allé les chercher après le refus catégorique du ministre italien de l'Intérieur et leader d'extrême droite Matteo Salvini de les accueillir.

Le sort des migrants secourus en Méditerranée par des navires humanitaires fait régulièrement l'objet de délicates négociations pour se répartir leurs passagers.

Les pays du sud de l'Europe, en première ligne, réclament aux autres Etats de l'Union européenne de davantage prendre en charge les migrants débarquant sur leur territoire.

"Les pays qui n'ont pas de frontières maritimes doivent aussi assumer leur part de responsabilités", a déclaré jeudi la numéro deux du gouvernement espagnol, Carmen Calvo, devant le parlement.

Matteo Salvini doit être évincé dans les prochains jours du gouvernement italien après une crise politique qu'il a lui-même provoquée.

Son parti, la Ligue, va sortir du gouvernement, ses ex-partenaires antisystème du Mouvement Cinq étoiles ayant trouvé un nouvel allié, le Parti démocrate (centre-gauche), qui leur a permis d'éviter des élections anticipées.

La question migratoire va néanmoins se poser très vite au futur exécutif italien: un nouveau bateau humanitaire, le Mare Jonio, réclame une autorisation d'accoster sur l'île italienne de Lampedusa pour 34 migrants à son bord.

Et en Espagne, le débat fait rage aussi.

Jeudi, au Parlement, le gouvernement socialiste a été durement critiqué pour sa politique migratoire, par la droite et l'extrême droite comme par la gauche radicale, avec qui il doit absolument passer un accord d'investiture en septembre pour éviter de nouvelles élections.

"Ce que nous avons fait, c'est réduire les arrivées de plus de 40%!", a martelé la porte-parole du gouvernement Isabel Celaa, en réponse à la droite et à l'extrême droite qui accusent l'exécutif d'encourager les passeurs en acceptant les migrants.

Et en réponse à la gauche radicale, le ministre des Transports José Luis Abalos a, lui, souligné que l'Espagne était "le pays qui en fait le plus en matière de sauvetages en mer".