Les économistes ne négligent-ils pas la dimension environnementale dans leurs analyses ?
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Les économistes ne négligent-ils pas la dimension environnementale dans leurs analyses ? Quand on regarde les politiques en matière d'énergie et de mobilité que la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) prône, la dimension environnementale et CO2 est toujours présente. Le plus dur est de réaliser le bon équilibre entre les aspects environnementaux, la dimension économique, avec la compétitivité, et la sécurité d'approvisionnement. En ce qui concerne les gouvernements, il ont des obligations à remplir en vertu des accords internationaux. Donc, qu'ils le veuillent ou non, ils doivent mettre en place des plans pour atteindre des objectifs. La grande difficulté est de les voir coopérer entre eux. On a quatre ministres de l'Energie, de l'Environnement, de la Mobilité... Cela rend les choses beaucoup plus complexes que partout ailleurs. Les dispositions sont-elles néanmoins prises ? Avec du retard et pas toujours avec la cohérence souhaitée. Le meilleur exemple est le burden sharing, la répartition des objectifs climat et énergie pour la période 2013-2020 qui a mis six ans à se faire. Pour les entreprises qui attendent de savoir dans quel cadre elles jouent, ce n'est pas évident. L'impact sur les initiatives des entreprises est-il direct ? Il y a très clairement des opportunités. Les entreprises les décèlent. Mais ce qui manque souvent, c'est la vision que les gouvernements veulent développer. Or, les entreprises ont besoin de connaître ces orientations parce que les investissements seront faits en fonction d'elles. Un exemple : les compteurs électriques intelligents vont bientôt être installés. Le cadre réglementaire est-il en place pour s'assurer que des initiatives pourront être prises pour en faire des outils très proactifs ? Les gouvernements ont un rôle très important pour fournir les règles du jeu. Les entreprises détestent se les faire imposer après-coup. L'application de la transition énergétique est-elle compatible avec le maintien du pouvoir d'achat ? Si le " panier de la ménagère " reste inchangé et si, par ailleurs, on souhaite orienter la consommation vers des produits plus respectueux de l'environnement, il y aura un problème. Par contre, si le " panier de la ménagère " s'adapte, par exemple en diminuant la consommation du diesel et de l'essence et en accroissant le recours au gaz et à l'électricité, alors le pouvoir d'achat sera plus facilement maintenu. Au besoin, par des aides publiques ? Il faut être très prudent avec les aides publiques parce qu'on en a déjà donné à beaucoup de choses. Notre préoccupation porte d'abord sur la façon la plus efficace d'atteindre les objectifs assignés. On a un vrai débat en interne sur les voies à privilégier. Il rejoint le questionnement des gilets jaunes sur la révision de la fiscalité : taxe-t-on l'utilisation, la possession, la pollution d'un véhicule ? Il y a là une opposition entre ceux qui veulent imposer des taxes CO2 sur le principe du pollueur-payeur et ceux qui ne veulent pas que les prix du carburant augmentent. Il est de toute façon important, quand on revoit la fiscalité, de laisser le temps aux gens de s'adapter sur cinq à dix ans. Si on modifie tout en quelques jours, cela fera grincer beaucoup de dents. Donc, annonçons le plus tôt possible le chemin qu'il faudra parcourir, mettons les outils en place, et soyons progressifs. Les entreprises et les citoyens pourront plus facilement s'adapter.