Yannis Youlountas est un auteur et réalisateur engagé connu en Belgique pour ses documentaires : Ne vivons plus comme des esclaves (2013), Je lutte donc je suis (2015) et L'amour et la révolution (2018). Il y dépeint les mouvements sociaux en Grèce et la lutte des grec-que-s pour leur dignité volée par les mesures d'austérité imposées depuis tant d'années par les créanciers du pays. Grâce à son travail à la fois juste et sensible qui dévoile l'ampleur du drame que vit la Grèce depuis le début de la crise économique, il a réussi à nous transmettre ce que les médias européens ont arrêté de nous dire : les droits fondamentaux du peuple grec sans cesse bafoués et la solidarité sociale, seule issue pour beaucoup. A travers les documentaires de Yannis, on a découvert O allos anthropos (une cantine solidaire), Elliniko, (un dispensaire social qui soigne des milliers de personnes privées de leur droit à la santé), les luttes, en Crète, contre un grand projet d'aéroport et à Thessalonique, pour préserver l'usine autogérée Viome.

Ce jeudi 13 juin, il a été victime d'une agression perpétrée par un groupe de partisans d'extrême droite. Elle aurait pu être très grave si les agresseurs n'avaient pas été interrompus. Yannis Youlountas venait de sortir du centre social autogéré Favela qui fêtait ses 2 ans. Il portait le t-shirt que les camarades de Favela venait de lui offrir. Ainsi, en Grèce, le simple fait de porter le t-shirt d'un lieu de solidarité peut faire de vous la cible d'une attaque violente ! Dans un tel contexte de recrudescence des agressions fascistes en Grèce et à travers le monde [1], nous devons rester en alerte.

Cette agression est loin d'être la première en Grèce.

Nous n'oublions pas l'attaque mortelle de Pavlos Fyssas, rappeur grec engagé, le 17 septembre 2013, au Pirée.

Nous n'oublions pas l'attaque au Pirée, le 12 septembre 2012 contre des pêcheurs égyptiens dont Abouzid Embarak qui a reçu des coups d'une extrême violence lui laissant de graves blessures à la tête, de nombreuses fractures et autres séquelles pérennes.

Nous n'oublions pas, le 12 septembre 2013, à Perama l'agression de 20 membres du syndicat PAME (affilié au parti communiste grec). Ils les ont encerclés et frappés à coups de bâtons. Neuf des membres de PAME ont été gravement blessés.

Nous n'oublions pas, à Athènes, en 2011, une attaque contre deux femmes albanaises, en 2012, un incendie criminel visant des Roms à Etoliko, en 2013, l'assassinat d'un pakistanais Shehzad Luqman, la tentative d'assassinat d'un écolier, l'incendie criminel contre un magasin appartenant à un Camerounais.

Nous n'oublions pas Mamadou Bah, militant guinéen qui a obtenu le statut de réfugié en Belgique suite à une agression à Athènes en 2012.

Nous n'oublions pas que le 25 février 2018, Eleftheria Tobatzoglou, avocate de la famille de Pavlos Fyssas, et trois autres personnes, ont été blessés à l'intérieur même de Favela.

Nous n'oublions pas Zak Kostopoulos, connu pour ses performances drag sous le nom de Zackie Oh un activiste grec ouvertement gay et séropositif, lynché à mort le 21 septembre 2018, en plein centre-ville et en plein jour.

Nous n'oublions pas que Moria (centre de détention des migrants sur l'île de Lesvos) est constamment la cible d'attaque des extrêmes droites. Dresser une liste exhaustive serait impossible!

La plupart de ces attaques sont signées Aube Dorée. Et pourtant les membres d'Aube Dorée circulent librement, sont élus malgré le grand procès à leur encontre qui a débuté en 2015 et qui est d'une lenteur impardonnable par rapport à l'enjeu vital pour les habitant-e-s de la Grèce,

De nombreuses organisations se sont créées pour lutter contre cette montée des extrêmes droites. Mais les médias dominants, les grands patrons, la justice et la Troïka [2] ne s'en occupent pas du tout. Les grec-que-s souffrent toujours de la privation de leurs droits fondamentaux, depuis que, pour sauver les banques françaises et allemandes [3], les gouvernements successifs depuis 2010 leur ont coupé l'accès à la santé, les ont privés de leur droit au logement, ont réduit les budgets de l'éducation, ont menacé le droit à l'alimentation des personnes, et ont volé une grosse partie des pensions. Contre l'extrême droite, rien. Contre les médias complices, rien non plus. Contre la Troïka, ...

C'est dans ce contexte que des centres autogérés et des dispensaires sociaux se sont organisés dans toute la Grèce. Ils sont indispensables à une grande partie de la population locale et ne pourraient pas agir sans la solidarité, notamment internationale. Yannis fait partie des personnes qui se sont mobilisées et qui sont là pour faire connaître et renforcer cet effort de solidarité en dehors des frontières grecques. Grâce à son soutien, des convois solidaires se sont organisés en France et en Belgique. Sans leur aide, les nombreux bénévoles, médecins, pharmaciens et autres, auraient beaucoup de mal à trouver tous les médicaments nécessaires.

Il est temps d'arrêter de fermer les yeux sur ce qui se passe en Grèce en particulier, et ailleurs en général. Les attaques à répétition ne nous arrêteront pas. Nous continuerons à nous battre contre la montée de l'extrême droite sous toutes ses formes car aujourd'hui, et depuis quelques années, elle recommence à tuer impunément. Il est temps d'ouvrir les yeux, de faire connaître cette réalité et de s'organiser ensemble pour y répondre.

[1] Jusqu'en Belgique depuis la banalisation des discours xénophobes par la NVA et plus particulièrement depuis les dernières élections.

[2] FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne.

[3] Voir rapport préliminaire de la Commission pour la vérité sur la dette grecque : http://www.cadtm.org/Rapport-preliminaire-de-la

Liste des signataires

1/ Festival du cinéma d'Attac

2/ Initiative de solidarité avec la Grèce qui résiste

3/ CADTM - Comité pour l'abolition des dettes illégitimes

4/ Muriel Di Martinelli, Secrétaire fédérale CgSP Alr + Karim Brikci, Carine Rosteleur et Philippe Ferdinande (Membres de la CGSP et d'une délégation de solidarité au dispensaire social Elliniko)

5/ Convoi Solidaire Liège - Exarcheia