Avant même le résultat du vote des députés britanniques, qui ont rejeté l'accord de divorce qu'elle a négocié avec Bruxelles pour la seconde fois en deux mois, des rumeurs affirmaient que des membres de son gouvernement voulaient la voir partir avant l'été. Les appels à démission pourraient désormais se multiplier.

L'arrivée de cette sexagénaire, sans charisme particulier mais à la réputation de bûcheuse, à la tête du gouvernement britannique en juillet 2016, au lendemain du référendum qui a décidé de la sortie de l'UE, avait pourtant dans un premier temps rassuré les Britanniques.

Mais près de trois ans plus tard, le Royaume-Uni risque de sortir de l'Union européenne sans la protection d'un accord de divorce. Une situation attribuée à la dirigeante conservatrice, qui a sous-estimé les divisions au sein de son parti et la difficulté des négociations qui l'attendaient avec Bruxelles, estiment analystes et médias.

"Elle est d'abord apparue comme une unificatrice, mais elle a finalement fait preuve de peu de courage, d'imagination ou de talent dans sa gestion des négociations du Brexit", a jugé cette semaine le magazine conservateur The Spectator.

La perte de sa majorité parlementaire au printemps 2017, après des élections anticipées qu'elle a elle-même convoquées, convaincue de les remporter haut la main, lui a compliqué la tâche. Cette absence de flair politique l'a contrainte à s'allier avec le petit parti ultra-conservateur nord-irlandais DUP, qui dicte ses exigences sur le Brexit et affaiblit son autorité.

Depuis, ballotée de crise en crise, elle a affronté la démission de plusieurs de ses ministres de premier plan, deux motions de défiance - dont l'une de son propre parti - et le rejet massif par les députés à deux reprises de l'accord de Brexit qu'elle avait conclu avec Bruxelles.

Elle s'est jusqu'ici à chaque fois relevée, fidèle à sa réputation de persévérance, et voyant dans le Brexit une mission à accomplir. Mais "son autorité est désormais en lambeaux", a estimé mardi après le vote le chef du parti libéral-démocrate Vince Cable.

- Sens du devoir -

Elle puise son sens du devoir dans son expérience de fille de pasteur. "Quand on est fille de pasteur, on a certaines responsabilités", expliquait-elle au Daily Telegraph en 2012.

Theresa May est née en 1956. Fille unique, elle grandit à la campagne, dans le charmant décor des Cotswold, région vallonnée du sud-ouest de l'Angleterre. Discrète, elle n'en est pas moins déjà ambitieuse, rêvant dès l'adolescence de faire de la politique puis de devenir la première femme chef de gouvernement du Royaume-Uni.

Si Margaret Thatcher lui a soufflé ce titre, elle réussit à devenir la première femme secrétaire générale du Parti conservateur de 2002 à 2003. A ce poste, elle s'illustre lors d'un discours en appelant les Tories, alors marqués très à droite, à se débarrasser de leur image de "nasty party" ("parti des méchants"). "C'est une conservatrice qui croit en la justice sociale", dit d'elle son ancien proche conseiller Nick Timothy.

Après avoir soutenu David Cameron dans sa conquête du parti en 2005, elle est récompensée par le portefeuille de l'Intérieur lorsqu'il arrive à Downing Street en 2010.

Elle reste six ans à ce poste exposé, dans lequel elle s'illustre par sa gestion ferme des questions d'immigration. Mais les coupes budgétaires qu'elle opère dans la police l'exposent désormais aux critiques, après la série d'attentats revendiqués par le groupe jihadiste État islamique au printemps 2017 et la montée de la criminalité par arme blanche.

Décrite comme chaleureuse par ses proches, Theresa May, cheveux gris coupés court et silhouette longiligne, souffre d'une image de froideur dans ses interventions publiques qui lui vaut d'être régulièrement caricaturée en robot.

Sa seule touche apparente de fantaisie: elle aime arborer d'énormes colliers et des escarpins à motif léopard. Façon d'afficher que sous ses dehors lisses, elle sait "prendre des risques", selon son ancienne conseillère en relations publiques Katie Perrior.

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