Après cinq mois de contestation sociale, rythmés par une condamnation en justice et des dégradations devant son domicile, le chauffeur routier de 34 ans a annoncé mercredi prendre une "pause (...), voire plus peut-être".

Visage emblématique, initiateur de la première mobilisation sur les ronds-points le 17 novembre, il explique être "au bout de (ses) forces": "trop de menaces sur ma famille, trop de haineux, (...) trop d'insultes", s'est-il justifié.

Autre figure des "gilets jaunes", Jérôme Rodrigues "comprend" ce besoin de "se mettre au vert".

"Comme notre cher président, on a le droit de faire des burn-out de temps en temps", estime ce quadragénaire, catapulté au rang de symbole des violences policières après la perte de son oeil lors d'une manifestation en janvier.

D'autant "qu'on n'est pas des professionnels comme les politiques", rappelle celui qui reçoit fréquemment une centaine d'appels dans la journée, sans compter les messages sur les réseaux sociaux.

Dans cet océan de sollicitations, les menaces sont le lot commun des "gilets jaunes" médiatiques, assure-t-il. Même la flegmatique Priscillia Ludosky, autre initiatrice du mouvement à la communication très contrôlée, "se prend plein de mails racistes", selon lui.

"Moi tous les jours j'ai une demi-douzaine d'abrutis qui me disent: 't'es une lope, t'es une merde', ou 'on va te crever ton deuxième oeil'", raconte-t-il. "Même certains policiers me le disent en manif".

"On n'est pas programmé pour prendre autant d'insultes, de pression gouvernementale, de pression policière", poursuit-il. Eric Drouet "est chauffeur routier, je suis plombier, au bout du compte on est juste humains et on est confronté à nos difficultés de famille."

Essoufflement ?

"C'est dur de te faire cracher dessus par ceux-là mêmes que tu défends", confie l'écrivain Philippe Pascot, lui aussi "gilet jaune" et médiatique.

Dans ce mouvement sans leader, "on est de simple porte-voix, mais il y a toujours des menaces de la part des ayatollahs de l'horizontalité." Certains l'accusent de vouloir vendre ses livres, d'autres d'être "un espion du KGB" parce qu'il a participé à l'organisation d'événements musicaux en Russie.

"Sans les réseaux sociaux, on ne serait pas autant harcelé, mais les +gilets jaunes+ ne se seraient pas autant développés. C'est les deux faces d'une même pièce", relativise-t-il.

Pour autant, ces deux figures interrogées par l'AFP distinguent leurs difficultés de celles d'autres figures comme Jacline Mouraud ou Ingrid Levavasseur, honnies pour leurs vélléités politiques. "Si certains n'ont pas entendu ce que voulaient les gens qui marchaient dans les manifestations, c'est leur problème", élude Jérôme Rodrigues.

De même, ils refusent tous deux de voir la mise en retrait d'Eric Drouet comme le symbole d'une trêve ou d'un essoufflement chez les "gilets jaunes".

"Quand il y en a un qui met le genou à terre, d'autres se lèvent pour prendre la parole", assure Philippe Pascot. "C'est un combat de société, pas un combat personnel."

"L'engagement public sincère et brut, c'est infiniment complexe en tant que citoyen", observe Augustin Legrand, brusquement sorti de l'anonymat il y a plus de dix ans pour défendre la cause des sans-abris.

Entamée en 2006, l'occupation des rives du canal Saint-Martin par les tentes rouges de son association, Les Enfants de Don Quichotte, avait débouché sur l'adoption de la loi sur le droit au logement opposable, une mesure attendue depuis des années par les associations.

Malgré ce succès, le militant avait fini par se retirer, "découragé par le manque de mobilisation". Il se souvient encore des polémiques - "on m'accusait de vouloir ressembler à l'Abbé Pierre, de prendre la lumière sur le dos des SDF" - et des menaces contre lui ou ses proches.

"C'est difficile de ne pas se laisser emporter par l'émotion, de ne pas perdre le sens de ton message", estime-t-il. "En fait l'engagement c'est comme un round de boxe: il faut taper aussi fort que tu peux, aussi vite que tu peux. Parce qu'après, tu sais que t'es vidé."

Après cinq mois de contestation sociale, rythmés par une condamnation en justice et des dégradations devant son domicile, le chauffeur routier de 34 ans a annoncé mercredi prendre une "pause (...), voire plus peut-être". Visage emblématique, initiateur de la première mobilisation sur les ronds-points le 17 novembre, il explique être "au bout de (ses) forces": "trop de menaces sur ma famille, trop de haineux, (...) trop d'insultes", s'est-il justifié.Autre figure des "gilets jaunes", Jérôme Rodrigues "comprend" ce besoin de "se mettre au vert"."Comme notre cher président, on a le droit de faire des burn-out de temps en temps", estime ce quadragénaire, catapulté au rang de symbole des violences policières après la perte de son oeil lors d'une manifestation en janvier. D'autant "qu'on n'est pas des professionnels comme les politiques", rappelle celui qui reçoit fréquemment une centaine d'appels dans la journée, sans compter les messages sur les réseaux sociaux.Dans cet océan de sollicitations, les menaces sont le lot commun des "gilets jaunes" médiatiques, assure-t-il. Même la flegmatique Priscillia Ludosky, autre initiatrice du mouvement à la communication très contrôlée, "se prend plein de mails racistes", selon lui."Moi tous les jours j'ai une demi-douzaine d'abrutis qui me disent: 't'es une lope, t'es une merde', ou 'on va te crever ton deuxième oeil'", raconte-t-il. "Même certains policiers me le disent en manif"."On n'est pas programmé pour prendre autant d'insultes, de pression gouvernementale, de pression policière", poursuit-il. Eric Drouet "est chauffeur routier, je suis plombier, au bout du compte on est juste humains et on est confronté à nos difficultés de famille.""C'est dur de te faire cracher dessus par ceux-là mêmes que tu défends", confie l'écrivain Philippe Pascot, lui aussi "gilet jaune" et médiatique. Dans ce mouvement sans leader, "on est de simple porte-voix, mais il y a toujours des menaces de la part des ayatollahs de l'horizontalité." Certains l'accusent de vouloir vendre ses livres, d'autres d'être "un espion du KGB" parce qu'il a participé à l'organisation d'événements musicaux en Russie."Sans les réseaux sociaux, on ne serait pas autant harcelé, mais les +gilets jaunes+ ne se seraient pas autant développés. C'est les deux faces d'une même pièce", relativise-t-il.Pour autant, ces deux figures interrogées par l'AFP distinguent leurs difficultés de celles d'autres figures comme Jacline Mouraud ou Ingrid Levavasseur, honnies pour leurs vélléités politiques. "Si certains n'ont pas entendu ce que voulaient les gens qui marchaient dans les manifestations, c'est leur problème", élude Jérôme Rodrigues. De même, ils refusent tous deux de voir la mise en retrait d'Eric Drouet comme le symbole d'une trêve ou d'un essoufflement chez les "gilets jaunes"."Quand il y en a un qui met le genou à terre, d'autres se lèvent pour prendre la parole", assure Philippe Pascot. "C'est un combat de société, pas un combat personnel.""L'engagement public sincère et brut, c'est infiniment complexe en tant que citoyen", observe Augustin Legrand, brusquement sorti de l'anonymat il y a plus de dix ans pour défendre la cause des sans-abris. Entamée en 2006, l'occupation des rives du canal Saint-Martin par les tentes rouges de son association, Les Enfants de Don Quichotte, avait débouché sur l'adoption de la loi sur le droit au logement opposable, une mesure attendue depuis des années par les associations. Malgré ce succès, le militant avait fini par se retirer, "découragé par le manque de mobilisation". Il se souvient encore des polémiques - "on m'accusait de vouloir ressembler à l'Abbé Pierre, de prendre la lumière sur le dos des SDF" - et des menaces contre lui ou ses proches. "C'est difficile de ne pas se laisser emporter par l'émotion, de ne pas perdre le sens de ton message", estime-t-il. "En fait l'engagement c'est comme un round de boxe: il faut taper aussi fort que tu peux, aussi vite que tu peux. Parce qu'après, tu sais que t'es vidé."