"Agribashing" ou déconsidération du monde agricole et de ses pratiques, surtranspositions de règlements européens, accords de libre-échange, retards de paiements des aides européennes... les motifs de crispation sont nombreux dans le monde paysan français.

A l'appel des syndicats agricoles FNSEA et Jeunes agriculteurs (JA), les paysans se sont rassemblés mardi devant de nombreuses préfectures du pays pour interpeller à travers elles le président Emmanuel Macron. "Il y a un agriculteur qui se tue par jour et on a l'impression qu'il n'y a pas de prise de conscience au niveau du gouvernement et d'Emmanuel Macron", a affirmé à l'AFP Delphine Fernandez, présidente des JA du Gard (sud), où la situation s'est tendue à la mi-journée : un convoi d'environ 80 tracteurs s'est arrêté devant un bâtiment des services fiscaux de Nîmes, où des incidents ont éclaté entre plusieurs dizaines d'agriculteurs et les forces de l'ordre.

Outre les intrusions dans les élevages des militants antispécistes ou les pressions sur l'utilisation de produits phytosanitaires, avec la mise en place de zones de non-traitement par pesticides, nombre d'agriculteurs français déplorent des revenus en berne, en partie à cause de la guerre des prix des acteurs de la grande distribution. Entre 650 et 1.000 manifestants, selon la préfecture et les organisateurs, ont battu le pavé mardi à Strasbourg (nord-est), pour réclamer "une autre" politique agricole commune européenne (PAC), moins productiviste, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Parti du centre-ville, le cortège de cette "agroparade" est arrivé à la mi-journée devant le Parlement européen, où était organisé un "die-in". "On espère peser sur le débat" autour de la future PAC post-2020, a indiqué à la presse Jacques Morineau, président de la plateforme "Pour une autre PAC", qui fédère une quarantaine d'associations et syndicats impliqués dans les questions agricoles et alimentaires. A l'issue de cette manifestation, les organisateurs devaient "être reçus par une dizaine d'eurodéputés pour leur dire qu'on les soutient pour changer la politique agricole", a-t-il ajouté.