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Coauteure avec Nacima Baron-Yelles de L'Espagne en crises(s) (Armand Colin, 2015, 272 p.), Barbara Loyer décrypte l'évolution de la situation politique en Catalogne. L'indépendantisme catalan s'était exprimé jusqu'à présent de manière généralement pacifique. Comment expliquer les violences de ces derniers jours ? Depuis plusieurs années, par le biais de radios, de la télévision régionale et d'actes de désobéissance des élus, les indépendantistes catalans ont vendu à leur clientèle électorale que le joug de l'Espagne était insupportable et qu'ils allaient écrire l'histoire en rayant d'un trait de plume la monarchie espagnole sur le territoire catalan. Ils ont créé une attente et une frustration considérables alors qu'ils savent que plus de la moitié de la population est opposée à la perspective d'avoir à demander la nationalité catalane et de passer une frontière pour aller voir leurs amis ou leur famille ailleurs en Espagne. Il a fallu quelques jours pour que Quim Torra, le président de la Generalitat (NDLR : les institutions régionales), condamne les violences, faiblement. Le contexte européen et international des grands mouvements de foule contribue aussi à renforcer la détermination des groupes antisystème. La présidence indépendantiste de la Generalitat peut-elle durablement être le garant de la loi et appeler à la désobéissance civile ? Non, c'est là tout le problème. Le président et le parlement ne gouvernent pas pour tous les Catalans mais pour les seuls indépendantistes, et ils sont les meneurs d'un mouvement révolutionnaire. Mais il est vrai que les dirigeants emprisonnés assument le coût de la désobéissance civile. La sentence de la Cour suprême précise, par exemple, que la situation espagnole ne justifie pas la désobéissance civile et qu'en tout état de cause, les conséquences de cette désobéissance font partie du risque qu'ils ont pris. Le contexte de la campagne électorale des législatives du 10 novembre encourage-t-il les indépendantistes à réaffirmer leurs revendications ? Un appel circule sur le Web pour faire du 10 novembre un nouveau référendum. La Junta electoral central, qui veille au bon déroulement des élections, a interdit à la télévision et à la radio catalanes, qui comprennent beaucoup de journalistes indépendantistes, de transmettre des messages électoraux ou de parler des prisonniers politiques. Le Parti socialiste ouvrier espagnol est-il mieux armé pour négocier avec les interlocuteurs catalans que le Parti populaire ? L'enjeu est le choix entre des négociations bilatérales ou un débat sur la réforme de l'Espagne au sein du Parlement espagnol. Les socialistes d'aujourd'hui reconnaissent que la réforme du statut d'autonomie de la Catalogne, qui a mis le feu aux poudres en 2005, fut une erreur parce qu'ils l'ont menée avec les nationalistes catalans de l'ERC (Gauche républicaine de Catalogne) sans l'accord, et même contre le Parti populaire. Toute concession ou discussion bilatérale reproduirait cette erreur d'origine. En outre, le bilatéralisme condamnerait le gouvernement espagnol à devoir négocier ensuite avec d'autres pouvoirs régionaux, basque, galicien, valencien, des îles Baléares, canarien... Une réforme de l'Espagne doit se faire entre tout le monde en même temps. Mais les indépendantistes catalans ne veulent pas cela. Une discussion bilatérale les fait exister. Elle donne une légitimité à leur mouvement.