À quel point est-ce grave si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne sans aucun accord à la fin du mois de mars ? Curieusement, tout le monde n'a pas peur des conséquences douloureuses d'un retrait chaotique. Certains l'attendent même avec impatience. Il serait insensé de sous-estimer le penchant britannique pour l'autoflagellation. Mais comment le jeune Britannique, biberonné au WiFi et à Deliveroo, pourra-t-il survivre aux difficultés d'un "no deal"?
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À quel point est-ce grave si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne sans aucun accord à la fin du mois de mars ? Curieusement, tout le monde n'a pas peur des conséquences douloureuses d'un retrait chaotique. Certains l'attendent même avec impatience. Il serait insensé de sous-estimer le penchant britannique pour l'autoflagellation. Mais comment le jeune Britannique, biberonné au WiFi et à Deliveroo, pourra-t-il survivre aux difficultés d'un "no deal"?L'histoire britannique est parsemée d'échecs héroïques. Prenez 'Scott de l'Antarctique' qui a perdu sa course face aux Norvégiens pour atteindre le pôle Sud et y a laissé sa vie. Ou encore, le héros de guerre 'Gordon de Khartoum', qui contre la volonté de Londres, a défendu la capitale du Soudan face aux musulmans locaux pendant un an. En vain, il est mort deux jours avant l'arrivée des troupes humanitaires. Même Dunkerque, victoire de la morale nationale, est une défaite militaire. Mais dans l'histoire britannique, ces événements sont vus telles des victoires. Comme l'écrivain JB Priestley l'a déclaré en 1940 : "Nous avons une étrange habitude, et vous pouvez le constater tout au long de notre histoire, de mettre en avant ce genre de transformations. D'une vague d'humiliation noire et de désespoir, un soleil radieux et glorieux se lève".Le Brexit offrira aux Britanniques l'occasion de se mesurer à ces échecs honorables. Et les vrais 'brexiters' sont impatients de le vivre. Ant Middleton, instructeur militaire de l'émission SAS : Who Dares Wins, a tweeté le mois dernier : "Un 'no deal' est une bénédiction déguisée pour notre pays. La pauvreté et les difficultés qui s'ensuivront nous uniront, nous réuniront et ramèneront les valeurs britanniques de loyauté et d'esprit communautaire ! Nous avons besoin d'un changement extrême". Des émeutes de la faim et une famine ? Des faillites et des suicides ? Cela ne nous rendra que plus forts.J'attribue la nostalgie des "brextrémistes" à la mythologisation sans fin de l'histoire britannique. Selon l'interprétation britannique de la première moitié du siècle dernier, tous ceux qui n'ont pas vécu le Blitz ont raté quelque chose de formidable. Pas étonnant que les jeunes eurosceptiques aient envie de se débarrasser de leur image d'Epinal et de se mesurer aux tourments de leurs ancêtres.Au cours d'une de ces interminables discussions, pas totalement non alcoolisée, entre Noël et le Nouvel An, j'ai parlé avec des amis britanniques de leurs spécificités nationales. Les Britanniques sont-ils exceptionnellement stoïques ? Plus que les autres peuples européens ? Un peu plus tard (les meilleurs arguments surgissent en effet toujours quand la discussion est terminée) un mot m'est venu à l'esprit. Ou plutôt, trois lettres : KFC. En février 2018, le géant américain de la restauration rapide Kentucky Fried Chicken a dû fermer des centaines de filiales en Angleterre lorsqu'un nouveau fournisseur a fait faillite. La réaction dans le pays a été révélatrice de l'état d'esprit ambiant. Au lieu de chercher calmement des alternatives, la panique et la révolte ont grondé. A Manchester et au nord de Londres, des clients en colère ont appelé le numéro d'urgence de la police. Des représentants du peuple ont été harcelés pour résoudre la crise. Scotland Yard a même lancé un appel sur Twitter : " S'il vous plaît, ne nous appelez plus. Nous ne pouvons vraiment rien faire contre la fermeture de votre restaurant préféré". Rarement l'esprit du Blitz n'avait été aussi loin. Et puis, en 2000, il y a eu la révolte des agriculteurs et des camionneurs en colère qui ont bloqué des raffineries en signe de protestation contre l'augmentation des taxes sur le carburant. Cela a aussi fait craindre le pire. Avant que l'on puisse parler d'union nationale, les automobilistes qui voulaient faire des réserves de carburant avaient vidé les stations-service et, après que les propriétaires de pompes eurent fait monter les prix à des niveaux indécents, l'essence a été rationnée. Le gouvernement a dû promulguer une loi d'urgence pour que les services de secours puissent continuer à fonctionner. Ces mêmes Britanniques, qui ne supportent pas que l'approvisionnement en produits à base de volaille soient perturbé quelque temps, bloquent les autoroutes lorsque l'essence augmente de 2 % par litre et appellent les urgences parce que leur kebab n'est pas assez chaud, devraient maintenant s'habituer aux rayons vides des supermarchés, faire la file sur les autoroutes, prendre goût au poisson local comme le maquereau et récolter eux-mêmes leurs pommes de terre. Espérons que cela en restera là.