A un an et demi de l'élection présidentielle en France, le scénario de la répétition d'un duel final entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen perd, pour la première fois, de son inéluctabilité. Et pas seulement parce que, selon une étude d'opinion, deux tiers des Français n'en veulent pas. Des candidats qui bénéficient d'une certaine crédibilité se déclarent. Le parti présidentiel La République en marche se délite. Et le Rassemblement national n'arrive pas à se soustraire au plafond de verre promis aux extrémistes.
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A un an et demi de l'élection présidentielle en France, le scénario de la répétition d'un duel final entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen perd, pour la première fois, de son inéluctabilité. Et pas seulement parce que, selon une étude d'opinion, deux tiers des Français n'en veulent pas. Des candidats qui bénéficient d'une certaine crédibilité se déclarent. Le parti présidentiel La République en marche se délite. Et le Rassemblement national n'arrive pas à se soustraire au plafond de verre promis aux extrémistes. L'issue de la campagne dépendra, en partie, des réponses à trois interrogations. Existe-t-il un espace politique entre les créneaux occupés par le Rassemblement national et La République en marche d'Emmanuel Macron qui, rompant sa promesse de transcender le clivage bipartisan traditionnel, a gouverné à droite ? La gauche a-t-elle une chance d'accéder au second tour du scrutin si elle n'unit pas toutes ses forces ? L'élection se jouera-t-elle en définitive sur la capacité à séduire l'électorat allant du centre-droit au centre-gauche ? "Plus déterminé que jamais", le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, croit en un itinéraire victorieux entre Le Pen et Macron. Il réunit trois atouts susceptibles de plaire aux électeurs. Il dispose d'un ancrage territorial, précieux dans l'ambiance de dégagisme des élites prôné par les gilets jaunes. Il a une fibre sociale, utile dans un monde marqué par la crise sanitaire. Il peut se prévaloir de la réputation d'efficacité plus grande de la droite à traiter des questions sécuritaires, revenues au premier plan de l'actualité. Au contraire de Xavier Bertrand, la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, n'est pas encore prétendante officielle mais a entrouvert la porte à une candidature. Elle coche quelques cases qui pourraient en faire la leader naturelle de la gauche. Elle a une expérience du pouvoir, de plus en plus rare dans le camp socialiste. Elle sait rassembler, des écologistes à La France insoumise, à l'image de la coalition qu'elle dirige dans la capitale. Elle a mené une politique écologique proactive, devançant une tendance que les électeurs ont soutenue lors des municipales de juin. Ces deux candidats putatifs ont aussi des handicaps. Mais à tout le moins, ils offrent la possibilité d'une alternative à la confrontation Macron - Le Pen, idéale pour le premier. Ce constat explique la fébrilité qui a gagné l'Elysée. Mais pas seulement. Emmanuel Macron voit aussi péricliter le mouvement qu'il avait bâti pour forger sa victoire de 2017 : démission du délégué général adjoint, départ de députés, échec de l'implantation locale consacrée par la défaite aux municipales, absence de stratégie pour les régionales de 2021. Ce n'est pas étonnant. Une fois élu, il a toujours dédaigné La République en marche. Ainsi a-t-il une nouvelle fois mangé une de ses promesses de candidat, celle d'un débat interne producteur d'idées. Cette défiance à l'égard du rôle d'un parti semble partagée. Xavier Bertrand a quitté Les Républicains en 2017, et Anne Hidalgo "ne croit pas que l'échéance de 2022 se fera à partir des partis". Mais Macron peut-il être réélu sans macronie ?