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L’UE est prête pour un accord, et aussi pour un « no-Brexit », selon Tusk

Le président du Conseil européen Donald Tusk a assuré jeudi que l’Union européenne était prête pour un « accord final » avec le Royaume-Uni en novembre, malgré la cascade de démissions qui a frappé le gouvernement britannique après la publication du projet d’accord sur le Brexit.

« Tout ce que je peux dire c’est que l’Union européenne est préparée pour un accord final avec le Royaume-Uni en novembre », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Bruxelles tenue après une série de démissions au sein du gouvernement de Theresa May. « Nous sommes aussi préparés pour un scénario d’absence d’accord. Mais évidemment, nous sommes le mieux préparés pour un scénario d’absence de Brexit », a ajouté le président du Conseil avec un sourire. Un peu plus tôt dans la matinée, M. Tusk, qui préside l’instance regroupant les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE, avait annoncé la tenue d’un sommet le dimanche 25 novembre en vue d’adopter le projet d’accord de retrait du Royaume-Uni conclu entre négociateurs.

« Si tout se passe bien, il y aura un sommet extraordinaire pour finaliser et formaliser l’accord du Brexit », avait-il déclaré. Entre temps, quatre ministres britanniques, dont Dominic Raab en charge du Brexit, ont démissionné. Jeudi matin devant son parlement, Theresa May a averti du choix qui attend le Royaume-Uni: « nous pouvons choisir de partir sans accord, risquer qu’il n’y ait pas de Brexit du tout ou choisir de nous unir et soutenir le meilleur accord que nous pouvions négocier, cet accord », a-t-elle lancé.

Les étapes du Brexit, du référendum à la conclusion des négociations

Du référendum du 23 juin 2016 au projet d’accord de divorce conclu mardi entre Londres et Bruxelles à l’issue de longues et âpres négociations, retour sur les moments clés du processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne:

– Oui au Brexit –

Le 23 juin 2016, quelque 17,4 millions de Britanniques (51,9% des voix) votent en faveur d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE, à l’issue d’une campagne axée sur l’immigration et l’économie. La participation est de 72,2%. Le Royaume-Uni, qui avait rejoint la Communauté européenne en 1973, devient le premier pays à décider de sortir de l’UE.

– Cameron out –

Au lendemain du référendum, le Premier ministre conservateur David Cameron, partisan du maintien dans l’UE, démissionne.

Fin juin, le leader du camp du Brexit, Boris Johnson, favori pour lui succéder, renonce à briguer le poste.

– Des ‘Brexiters’ aux manettes –

Le 13 juillet, Theresa May, une eurosceptique qui s’était finalement rangée dans le camp du maintien dans l’UE, devient Première ministre.

Un nouveau ministère dédié au Brexit, le DExEU, est confié à David Davis, ex-secrétaire d’État aux Affaires européennes. Boris Johnson devient ministre des Affaires étrangères.

– Vers un Brexit « dur » –

Le 17 janvier 2017, lors du discours dit de Lancaster, Theresa May expose ses plans pour le Brexit en défendant une rupture « claire et nette » avec l’UE.

Pour la Première ministre, « le Royaume-Uni ne peut pas continuer à faire partie du marché unique », incompatible avec la priorité de Londres: la maîtrise de l’immigration européenne. Elle plaide également pour une sortie de l’union douanière.

– Article 50 –

Le 29 mars 2017, le président du Conseil européen Donald Tusk reçoit la lettre de Theresa May activant l’article 50 du Traité de Lisbonne: le processus du Brexit est officiellement enclenché. Il doit durer deux ans et aboutir le 29 mars 2019 à 23H00 GMT.

– Législatives anticipées –

Désireuse d’asseoir davantage son autorité avant d’entamer les négociations avec l’UE, Theresa May convoque des élections législatives anticipées. Elles se soldent, le 8 juin 2017, par un revers.

Donné largement vainqueur, son Parti conservateur perd sa majorité absolue et doit s’allier avec le petit parti ultra-conservateur nord-irlandais DUP.

– Transition –

Le 22 septembre 2017, Theresa May affirme son intention de maintenir les liens actuels avec l’Europe pendant une période de transition d' »environ deux ans » après le Brexit.

Cette période d’ajustement offrirait au Royaume-Uni la possibilité de continuer à commercer librement avec le bloc européen, ce que réclament les milieux d’affaires, inquiets d’une sortie sans filet.

– Trois dossiers prioritaires –

Le 8 décembre 2017, Jean-Claude Juncker et Theresa May annoncent être parvenus à un accord initial sur les trois dossiers prioritaires de la séparation: le règlement financier, les droits des citoyens expatriés et le sort de la frontière irlandaise.

Ces « progrès suffisants » permettent d’ouvrir une seconde phase de discussions, incluant cette fois la relation future entre Londres et l’UE, sur le plan commercial en particulier.

– Plan de Chequers –

Le 6 juillet 2018, depuis la résidence de campagne de Chequers (nord-ouest de Londres), Theresa May expose son plan pour une relation commerciale post-Brexit: maintenir les échanges industriels et agricoles en créant une « zone de libre échange » avec les 27 et un « nouveau modèle douanier ».

Cet adoucissement de la position britannique provoque la démission de deux poids lourds du gouvernement: David Davis, remplacé par l’eurosceptique Dominic Raab, et Boris Johnson, à qui succède Jeremy Hunt.

– L' »humiliation » de Salzbourg –

Réunis à Salzbourg, en Autriche, les 19 et 20 septembre, les dirigeants européens rejettent les propositions de Theresa May. Le plan de Chequers « ne fonctionnera pas », affirme Donald Tusk, qui demande à Londres de « retravailler » ses propositions. La presse britannique juge Theresa May « humiliée ».

« Nous sommes dans une impasse », réplique le 21 la dirigeante, qui demande à être traitée « avec respect ».

– Le casse-tête irlandais –

Après l’intensification des discussions, la question du maintien d’une frontière invisible entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande après le Brexit demeure le principal point d’achoppement des négociations.

Londres rejette la solution du « filet de sécurité », approuvée en décembre 2017 et qui prévoit un statut particulier pour l’Irlande du Nord faute d’autre solution, mais ne parvient pas à convaincre Bruxelles avec une alternative.

Le sommet européen des 17 et 18 octobre ne permet pas de parvenir à un accord, contrairement au calendrier initial.

– Accord et tourmente politique –

Le mardi 13 novembre, Downing Street annonce que les négociateurs britanniques et européens sont finalement parvenus à conclure un projet d’accord technique. Le lendemain, un conseil des ministres britannique très divisé approuve cet accord après cinq heures de discussions.

Jeudi, quatre membres du gouvernement britannique démissionnent, dont le ministre du Brexit Dominic Raab. Theresa May défend l’accord devant la Chambre des communes, qui votera en décembre. Au cours d’une séance houleuse, un député pro-Brexit réclame un vote de défiance.

Le même jour, Donald Tusk annonce un sommet européen le 25 novembre pour signer le projet d’accord.

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