La fatalité, fût-elle soutenue par des conditions météorologiques exceptionnelles, est une réponse indigne si elle est avancée pour expliquer l'épouvantable mort de dizaines de personnes dans l'effondrement, en quelques secondes, d'un viaduc routier de plus de 50 ans d'âge. Jamais la vie des usagers de " l'autoroute des fleurs " qui traverse Gênes n'aurait dû être happée un mardi d'été dans un fracas de béton et de métal au fond d'un zoning industriel. Le pont Morandi, du nom de son ingénieur, trônait sur deux quartiers de la ville portuaire depuis 1967.
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La fatalité, fût-elle soutenue par des conditions météorologiques exceptionnelles, est une réponse indigne si elle est avancée pour expliquer l'épouvantable mort de dizaines de personnes dans l'effondrement, en quelques secondes, d'un viaduc routier de plus de 50 ans d'âge. Jamais la vie des usagers de " l'autoroute des fleurs " qui traverse Gênes n'aurait dû être happée un mardi d'été dans un fracas de béton et de métal au fond d'un zoning industriel. Le pont Morandi, du nom de son ingénieur, trônait sur deux quartiers de la ville portuaire depuis 1967. Le temps du deuil respecté, les familles des victimes ne pourront pas ne pas poser les légitimes questions que la catastrophe inspire. L'entretien de l'ouvrage d'art était-il scrupuleusement assuré ? Des signes de dégradation avaient-ils été décelés lors de sa rénovation en 2016 ? Si oui, avaient-ils reçu les réparations requises ? Les moyens mis à la disposition de ce genre d'infrastructures par l'Etat et les institutions dédiées sont-ils à la hauteur des exigences nouvelles ? La tragédie de Gênes est un défi supplémentaire lancé au jeune et inexpérimenté gouvernement formé par le Mouvement 5 étoiles et par la Ligue. Aux autres - la relance économique, le chômage, le déficit budgétaire - l'équipe du Premier ministre Giuseppe Conte n'a pas encore su ou pu, faute de temps, apporter les réponses requises. Quant à la pression migratoire, le ministre de l'Intérieur d'extrême droite Matteo Salvini ne l'a provisoirement réglée que par défaut. En refoulant les navires d'assistance humanitaire, comme l'Aquarius une nouvelle fois ces jours-ci, et en multipliant les discours de rejet, il n'a fait que déplacer le problème dans l'espace et dans le temps. Mais en s'épargnant néanmoins les critiques d'une Union européenne qui, pour avoir été incapable de répartir la charge des migrants entre ses membres, est singulièrement mal placée pour faire la leçon à Rome. Pour Matteo Salvini, le dossier migratoire est autant un fardeau qu'un viatique. Il lui permet de flatter des électeurs presque aussi éblouis par l'affichage de la fermeté que par sa concrétisation. Et il aide à masquer les turpitudes de son parti comme le dénonce l'écrivain antimafia Roberto Salviano dans l'interview qu'il a accordée au Vif/L'Express. Finis les faux-fuyants. La tragédie du pont Morandi ramène le ministre italien de l'Intérieur et ses collègues de gouvernement à la réalité d'un vieux pays avec son histoire, ses richesses, ses forces et, inévitablement, ses faiblesses. Mais l'avertissement ne vaut pas que pour les dirigeants italiens. L'état dans lequel la Belgique a longtemps laissé les automobilistes traverser ses tunnels bruxellois et ses autoroutes wallonnes doit incliner à la modestie. Gênes et d'autres catastrophes impliquant hier des infrastructures de transport ou demain - qui sait ? - des complexes nucléaires rappellent opportunément que si gouverner est prévoir, c'est aussi prévenir. Et assurer au quotidien le fonctionnement des piliers matériels, sociaux et démocratiques qui font de nos nations des pays en quête permanente de l'amélioration du bien-être de leurs citoyens.