L'épisode se passe le 14 janvier, le jour-même où le Premier ministre de la République d'Irlande, Leo Varadkar, annonce la tenue d'élections législatives anticipées pour le 8 février. L'organisme en charge de la gestion des voies d'eau, Waterways Ireland, procède au " nettoyage " des berges du Grand Canal à Dublin, à la hauteur de Wilton Terrace. Un campement de sans-abris - le pays en compte quelque 10 000, dont de nombreux enfants - est évacué. Mais, négligence coupable, le conducteur d'un véhicule industriel emporte une tente qui abrite encore un occupant. L'homme est grièvement blessé. Entame de campagne électorale oblige, les réactions des politiques sont scrutées. De celle du chef de gouvernement sortant, beaucoup d'Irlandais ne retiennent que la tentative d'instrumentalisation politique : il dénonce surtout le défaut de précaution des employés et questionne la responsabilité du conseil municipal de Dublin, dirigé par Paul McAuliffe, membre du Fianna Fail, le principal concurrent du Fin...

L'épisode se passe le 14 janvier, le jour-même où le Premier ministre de la République d'Irlande, Leo Varadkar, annonce la tenue d'élections législatives anticipées pour le 8 février. L'organisme en charge de la gestion des voies d'eau, Waterways Ireland, procède au " nettoyage " des berges du Grand Canal à Dublin, à la hauteur de Wilton Terrace. Un campement de sans-abris - le pays en compte quelque 10 000, dont de nombreux enfants - est évacué. Mais, négligence coupable, le conducteur d'un véhicule industriel emporte une tente qui abrite encore un occupant. L'homme est grièvement blessé. Entame de campagne électorale oblige, les réactions des politiques sont scrutées. De celle du chef de gouvernement sortant, beaucoup d'Irlandais ne retiennent que la tentative d'instrumentalisation politique : il dénonce surtout le défaut de précaution des employés et questionne la responsabilité du conseil municipal de Dublin, dirigé par Paul McAuliffe, membre du Fianna Fail, le principal concurrent du Fine Gael au pouvoir lors du scrutin. Leo Varadkar serait-il définitivement imperméable à l'empathie ? Ce n'est pas cette image-là que le Premier ministre d'Irlande depuis le 14 juin 2017 projette en Europe. Jeune selon les standards de la politique (41 ans), métis (il est le fils d'un immigré indien de Bombay), homosexuel, médecin, Leo Varadkar incarne la modernité européenne. Une personnalité somme toute en phase avec l'évolution de cette République d'Irlande perçue, il y a peu encore, comme une terre catholique et conservatrice. L'adoption, en mai 2015, du mariage gay et, trois ans plus tard, du droit à l'avortement, chaque fois via un choix clairement exprimé par référendum (à plus de 62 % et plus de 66 % des voix), a illustré ces progrès. Mais c'est l'activisme de la société civile qui les ont rendus possibles, davantage encore que l'impulsion de Leo Varadkar. Pour l'abrogation du 8e amendement de la Constitution prohibant l'avortement, l'ancien médecin avait attendu le début de la campagne référendaire pour se prononcer en faveur du " oui ", lui qui, jusqu'alors, était un opposant revendiqué. Il avait justifié son revirement par les avis recueillis auprès des " femmes qui l'entourent, ses soeurs, sa mère ", ainsi qu'auprès de ses amis et collègues de parti. Les succès, Leo Varadkar les a davantage engrangés sur les terrains diplomatique et économique. Aux yeux des Irlandais, il est l'homme qui a évité le retour d'une frontière physique entre sa République d'Irlande et l'Irlande du Nord membre du Royaume-Uni, qu'un échec des discussions sur le Brexit risquait de faire réapparaître. Il peut aussi se targuer d'avoir contribué, avec son homologue britannique Boris Johnson, à la relance il y a quelques semaines de l'exécutif régional d'Irlande du Nord, paralysé depuis trois ans à cause de dissensions, liées notamment au retrait de l'Union européenne, entre ses deux composantes, le Parti unioniste démocrate (DUP, probritannique) et le Sinn Fein (ancienne vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise IRA, favorable à la réunion avec l'Irlande). Les résultats de l'économie qui, après la crise très préjudiciable de 2008, affiche un taux de croissance annuelle de 5 % du PIB, offrent un autre satisfecit au Premier ministre irlandais. Le taux de chômage, de l'ordre de 4,8 %, reflète cette embellie. Et pourtant, il semble que ses dividendes ne soient pas considérés comme suffisants pour convaincre une majorité d'Irlandais de reconduire Leo Varadkar. " Le citoyen n'y a guère gagné en qualité de vie. Le prix des logements reste très élevé ; 1 000 euros pour une location mensuelle à Dublin ou à Cork, soit les mêmes tarifs qu'à Bruxelles. La criminalité n'a pas reculé... ", confie un Irlandais de Belgique. Outre l'absence de changements concrets dans le quotidien de ses concitoyens, le chef de gouvernement irlandais pourrait pâtir d'une forme d'usure du pouvoir de son parti. En raison du complexe mode de scrutin, le rapport de force complet ne sera connu qu'après le décompte total, qui peut prendre plusieurs jours. Il doit reprendre lundi. Les électeurs ne votent pas pour une liste constituée, mais élaborent leur propre liste en classant les candidats par ordre de préférence.A l'issue du premier tour du décompte entamé dimanche matin, le Sinn Fein a été placé en tête de liste par 24,5% des électeurs, devant les deux grands partis de centre-droit, le Fianna Fail avec 22,2% et le Fine Gael du Premier ministre sortant avec 20,9%, selon la radio télévision publique RTE.Dans sa circonscription de Dublin ouest, Leo Varadkar, devancé par le candidat du Sinn Fein, n'a été réélu qu'au cinquième tour du décompte.La presse irlandaise souligne que la percée du parti nationaliste, dans un pays traditionnellement dirigé - alternativement ou en coalition, comme dans le gouvernement sortant - par les deux grands partis de centre-droit, rebat les cartes du jeu politique irlandais. Rideau sur Leo Varadkar ?(Avec l'AFP)