On retrouve François Fillon le jeudi 30 janvier sur France 2 dans l'émission Vous avez la parole, presque tel qu'on l'avait quitté un soir d'avril 2017 après sa défaite au premier tour d'une élection présidentielle jugée imperdable pour sa famille politique. Droit et détaché, celui qui a tourné la page de l'engagement public et s'est reconverti dans les affaires ose, devant les journalistes Léa Salamé et Thomas Sotto, une critique des politiciens de son pays. "Cette haine, ces attaques personnelles, cette manière qu'on a [...] non pas de se battre pour des idées ou des projets mais simplement de dézinguer celui qui est en face de vous ou qui vous gêne dans votre ascension est une des causes de la crise démocratique que nous traversons. On ne peut demander aux Français, enchaîne l'ancien Premier ministre, de ne pas être violents, haineux, agressifs comme beaucoup le sont dans les débats publics d'aujourd'hui quand ils voient des hommes politiques qui, tous les jours, leur donnent cette image. La vie politique doit changer." Deux ans après le déclenchement du Penelopegate qui a tant contribué à discréditer les élites en France, le candidat déchu promeut l'apaisement.
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On retrouve François Fillon le jeudi 30 janvier sur France 2 dans l'émission Vous avez la parole, presque tel qu'on l'avait quitté un soir d'avril 2017 après sa défaite au premier tour d'une élection présidentielle jugée imperdable pour sa famille politique. Droit et détaché, celui qui a tourné la page de l'engagement public et s'est reconverti dans les affaires ose, devant les journalistes Léa Salamé et Thomas Sotto, une critique des politiciens de son pays. "Cette haine, ces attaques personnelles, cette manière qu'on a [...] non pas de se battre pour des idées ou des projets mais simplement de dézinguer celui qui est en face de vous ou qui vous gêne dans votre ascension est une des causes de la crise démocratique que nous traversons. On ne peut demander aux Français, enchaîne l'ancien Premier ministre, de ne pas être violents, haineux, agressifs comme beaucoup le sont dans les débats publics d'aujourd'hui quand ils voient des hommes politiques qui, tous les jours, leur donnent cette image. La vie politique doit changer." Deux ans après le déclenchement du Penelopegate qui a tant contribué à discréditer les élites en France, le candidat déchu promeut l'apaisement. Son procès et celui de son épouse s'ouvre le lundi 24 février devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour l'affaire des emplois présumés fictifs qui a brisé sa course à l'Elysée. François Fillon est poursuivi pour détournement de fonds publics, complicité et recel concernant les sommes perçues par son épouse comme collaboratrice parlementaire, pour complicité et recel d'abus de biens sociaux concernant l'emploi de celle-ci à La Revue des Deux Mondes, et, enfin, pour manquements aux obligations déclaratives à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (Hatvp) parce qu'il a omis de déclarer un prêt que le patron du périodique, Marc Ladreit de Lacharrière, lui avait octroyé. Les préventions de complicité et recel de détournement de fonds publics, complicité et recel d'abus de biens sociaux et recel d'escroquerie aggravée sont retenues contre Penelope Fillon. La ligne de défense de l'ancien responsable des Républicains repose sur trois principes. Primo, son épouse a bien effectué le travail pour laquelle elle a été rémunérée. Mais les enquêteurs n'en ont pas nécessairement trouvé les indices probants, notamment quand elle fut salariée par le député Marc Joulaud, successeur et supplétif d'un François Fillon devenu Premier ministre. Deuzio, embaucher un parent comme assistant était une pratique courante et n'était pas illégal. Aujourd'hui patron de la Région Hauts-de-France, l'ancien responsable Les Républicains Xavier Bertrand décrit, dans le livre Apocalypse Now. Les années Fillon, de Gérard Davet et Fabrice Lhomme (1), le climat qui prévalait à l'époque dans le milieu politique français: "Il y a toute une génération qui s'est dit: "La politique, c'est beaucoup d'engagement, c'est moins bien payé (NDLR: que le privé), mais il y a des avantages. Visiblement, ils ne sont pas illégaux, puisque c'est permis." Ils n'ont pas compris que cette époque-là était révolue. Que, pour les Français, c'était insupportable." Tertio, François Fillon estime avoir été la victime d'une justice anormalement expéditive et exercée principalement à charge. Et donc motivée par des arrière-pensées politiques. Pour preuve, jamais un candidat à l'élection présidentielle en France n'avait été ainsi entravé dans son action à quelques semaines de l'échéance, un constat rompant avec la tradition d'une trêve judiciaire dans ce contexte. Les journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, l'admetttent au terme de leur enquête. "Oui, François Fillon a bien "bénéficié" d'un traitement particulier de la part de la justice, un traitement de défaveur en quelque sorte; oui, encore, dans le suivi de cette affaire hypermédiatique, la magistrature a fait preuve d'un zèle jamais vu jusqu'alors; oui, enfin, tout a été fait pour que le candidat de la droite puisse être mis en examen le plus rapidement possible, en tout cas avant le premier tour de l'élection présidentielle." Et les auteurs d'Apocalypse Now de tourner le regard vers un juge d'instruction et un président du tribunal de grande instance de Paris aux sensibilités de gauche affirmées. Mais pour ouvrir une instruction judiciaire, fallait-il encore au préalable que les soupçons sur un éventuel emploi fictif de Penelope Fillon soient mis au jour. C'est le cas dans un article du Canard enchaîné, fruit d'une enquête d'initiative, précise sa direction, publié le 27 janvier dernier. La question ne sera pas stricto sensu débattue lors du procès devant le tribunal correctionnel mais elle figurera en filigrane de tous les débats: qui a balancé les fiches de paie de l'épouse-collaboratrice et a-t-il, a-t-elle, agi sur commande? On entre ici dans l'univers impitoyable mais néanmoins nébuleux de la politique française, de ses chausse-trappes et de ses règlements de comptes évoqués par François Fillon dans l'émission Vous avez la parole. Car l'homme de la Sarthe avait réussi à cristalliser autour de sa personne de solides inimitiés. Techniquement, la divulgation de documents détaillés de façon aussi précise par l'hebdomadaire satirique pouvait avoir trois origines: la questure de l'Assemblée nationale dirigée alors par un député républicain réputé proche de Nicolas Sarkozy et la centaine de fonctionnaires qui y officient; l'administration des Impôts placée sous la tutelle du ministère de l'Economie tenu à l'époque par un certain Emmanuel Macron, et l'entourage même de François Fillon qui réceptionnait les fiches de salaires. L'ancien Premier ministre a évoqué l'hypothèse d'un "cabinet noir" auprès du président François Hollande qui aurait agi en coulisse pour le déstabiliser. Y avait-il intérêt, ne se présentant pas lui-même à l'élection et n'étant pas nécessairement désireux de favoriser son ancien grand argentier Macron? L'ancien président socialiste s'en est toujours défendu. La rancune à l'encontre du favori de la droite était en fait plus profonde au sein même de sa propre famille politique. Deux de ses ténors pouvaient puiser dans l'histoire contemporaine des Républicains les raisons de se venger et de vouloir lui nuire. Jean-François Copé s'est écharpé avec François Fillon, après la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012, dans la course à la présidence de l'UMP, ancêtre des Républicains. Et il n'a pas vraiment été soutenu par son rival quand a éclaté l'affaire Bygmalion, un dossier de surfacturation des prestations de cette agence de communication pour réduire et masquer les dépassements de budget de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Le contentieux entre ce dernier et François Fillon est encore plus lourd. En novembre 2014, la presse se fait l'écho d'un déjeuner que le second a sollicité auprès du secrétaire général de l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, un ancien ministre de Nicolas Sarkozy suffisamment centriste pour servir un président socialiste. Objet présumé de l'entretien selon les médias et Jouyet lui-même: une recommandation de François Fillon au pouvoir de gauche d'accélérer une enquête contre Nicolas Sarkozy pour dénoncer le paiement, par l'UMP, des pénalités pour frais excédentaires qu'il a engagés lors de sa campagne de 2012. Pour l'ex-ministre de la Santé de droite Roselyne Bachelot citée dans Apocalypse Now, "Sarko est passé du mépris à la haine ce jour-là. Il s'est dit: "Il est impossible que Fillon devienne président et je vais tout faire pour..." Il aura une autre occasion d'agiter cette menace. Distancié dans les sondages, François Fillon joue le tout pour le tout dans la campagne des primaires que la droite a organisée pour désigner son candidat à l'Elysée en 2017. Son programme prend une orientation très néolibérale et le ton de ses interventions est particulièrement agressif. Lors de son discours de rentrée politique en août 2016 dans son fief de Sablé-sur-Sarthe, l'outsider cible implicitement ses deux principaux rivaux Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, qui ont connu dans le passé des inculpations par la justice, en lançant: "Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen?" A la surprise générale, François Fillon remporte le premier tour de la primaire de la droite le 20 novembre 2016 avec un écart suffisamment confortable pour écarter tout doute sur son succès au second tour face à Alain Juppé. Nicolas Sarkozy est éliminé. Le lendemain, Jérôme Lavrilleux, cadre des Républicains impliqué dans l'affaire Bygmalion, reçoit un coup de téléphone d'un journaliste, révèlent Gérard Davet et Fabrice Lhomme: "Est-ce que vous êtes au courant de la rumeur sur François Fillon et sa femme, qui serait sa collaboratrice?" La bombe n'éclatera que deux mois plus tard. Rien ne prouve que Nicolas Sarkozy ou son entourage l'aient lancée. Mais il est acquis que mis au courant de l'intention de l'avocat de Robert Bourgi de dévoiler l'affaire des coûteux costumes-cadeaux du couturier Arnys qui "achèvera" François Fillon, il ne tentera pas de l'en empêcher... Sur le plateau de France 2, François Fillon a dit reconnaître des erreurs, mais pas celles qui lui sont reprochées par la justice: l'acceptation des costumes de Robert Bourgi, la conduite de sa défense pendant la campagne et ses attaques contre Nicolas Sarkozy...