"L'objectif est de pouvoir sensibiliser les pouvoirs publics aux carences", explique Me Steyer lors d'une conférence de presse, accompagnée de Cathy Thomas, soeur et fille des victimes, qui s'est portée partie civile.

Selon l'avocate spécialiste des violences faites aux femmes, la chaine policière et juridique n'a pas fonctionné et cette histoire est "la chronique d'une mort annoncée".

Le 4 août 2014, Patrick Lemoine avait tué par balles sur un parking de Grande-Synthe, son ancienne compagne, âgée de 49 ans, et les parents de cette professeure.

Quelques semaines avant, une plainte avait été déposée pour violences conjugales par son ex-compagne qui dénonçait "une tentative de meurtre".

Placé sous contrôle judiciaire, l'homme ne le respecte pas: il suit son ex-compagne au domicile de ses parents où elle s'est réfugiée et même jusqu'au bureau de son avocate, sans compter les appels, mails et sms à répétition. "Le parquet était au courant mais n'a donné aucune suite judiciaire", reproche Me Steyer.

Toutefois, pour l'Etat "la faute lourde alléguée n'est nullement caractérisée", selon des conclusions consultées par l'AFP. "Il n'est pas établi que l'absence de traitement de cette plainte est la cause du passage à l'acte", est-il encore écrit. Ni qu'un juge des libertés aurait placé cet homme au casier judiciaire vierge, en détention.

Une réponse "choquante" pour Isabelle Steyer. "Nous sommes dans une situation ubuesque où cela signifie que les outils dont on dispose ne sont en aucun cas efficaces", ajoute l'avocate.

En 2018, 121 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-conjoint, a annoncé mercredi la délégation aux victimes auprès du ministère de l'Intérieur.

Le gouvernement a annoncé un "Grenelle des violences conjugales" en septembre afin d'enrayer le phénomène des féminicides.

De son côté, la ministre de la Justice Nicole Belloubet a demandé une mission d'inspection pour revenir sur les éventuelles défaillances de l'Etat dans les dossiers classés à partir des années 2015.