Angela Merkel, gestionnaire pondérée mais pharaonne de l'inertie européenne, en a tiré la conclusion correcte : " Les temps où nous pouvions nous appuyer sur les autres sont révolus. " Cependant, comme toujours, il ne se passe pas grand-chose. Pourtant, la menace apparaît très réelle. Contrairement aux illusions courantes, le défi posé par Trump dépasse de loin sa seule personne. La majorité des cadres républicains sont devenus des supporters de Poutine, et des restrictions au droit de vote. Des dizaines de millions d'électeurs républicains soutiennent les outrances racistes et judiciaires de Trump. Lui-même peut partir demain,...

Angela Merkel, gestionnaire pondérée mais pharaonne de l'inertie européenne, en a tiré la conclusion correcte : " Les temps où nous pouvions nous appuyer sur les autres sont révolus. " Cependant, comme toujours, il ne se passe pas grand-chose. Pourtant, la menace apparaît très réelle. Contrairement aux illusions courantes, le défi posé par Trump dépasse de loin sa seule personne. La majorité des cadres républicains sont devenus des supporters de Poutine, et des restrictions au droit de vote. Des dizaines de millions d'électeurs républicains soutiennent les outrances racistes et judiciaires de Trump. Lui-même peut partir demain, eux resteront. Face à cette énorme mutation transatlantique, l'Europe a lancé en défense le projet Pesco. Il n'apportera guère de progrès concrets, ni pour la rationalisation drastique de la production d'armements, ni pour le regroupement des projets de recherche, ni pour la création d'unités communes. C'est si évident qu'on a lancé un projet intergouvernemental alternatif à côté. Comme toujours, on empile les bureaucraties en les confondant avec des résultats. En sécurité intérieure, le défi est peu compris. Quelle confiance pouvons-nous encore avoir dans un dirigeant comme Trump qui partage les informations de nos services secrets avec la Russie, qui lutte en réalité pour faciliter le hacking des élections, et est prêt à concéder n'importe quel avantage à un autocrate disposé à ouvrir une Trump tower sur son territoire ? En matière commerciale, l'Union européenne a d'abord réussi à adopter une réponse commune. Puis, dans un voyage très médiatisé, Jean-Claude Juncker est allé à Washington non pour la mettre en oeuvre, mais pour éviter l'application de tarifs américains aux automobiles européennes (le cauchemar de l'industrie allemande). La stratégie de l'Union semble de plus se limiter à conclure des accords commerciaux avec d'autres partenaires, ce qui sera totalement insuffisant si cette guerre commerciale s'étend. En matière économique, à chaque nouvelle menace, on entend des protestations, mais elles ne débouchent, là aussi, sur rien de concret. Par exemple, commentant les récentes sanctions américaines sur l'Iran, un ministre allemand évoquait l'idée de créer un système de paiements internationaux indépendant des Etats-Unis. Il n'a toutefois pas expliqué que ce serait impossible tant que l'Allemagne freine le développement international de l'euro, notamment en refusant un vrai budget européen et de vrais emprunts publics européens. Cette inertie deviendra beaucoup plus dangereuse en cas de réelle crise. Jusqu'ici, heureusement, l'administration Trump n'a pas encore eu à gérer une crise aiguë, soit diplomatique, soit économique. Cela constitue toutefois un risque très réel. Spécialement en économie, où Trump fait le maximum pour provoquer une récession. Il suffit d'imaginer un accident dans les pays émergents, ou une récession mondiale commençant aux Etats-Unis, pour réaliser l'ampleur du risque. Coordonner une réponse internationale deviendra alors un calvaire, pour lequel l'Europe devrait mieux se préparer.